‹ Histoire d'Urbain V et de son siécleChapitre 58 sur 162 · u„ m., lib. xm · texte numérisé non relu

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fut ie premier en Europe qui apprit la victoire des chrétiens et leur lâcheté. Le bienheureux Pierre Thomas lui écrivit du vaisseau qui l'emmenait d'Alexandrie à Chypre, au milieu de la tempête. Lorsque le désespoir se peignait sur tous ies visages, que chacun tremblait a la crainte d'une mort prochaine, lui, calme et ne s'eff rayant pas du naufrage, après avoir jusqu'à la fin accompli son devoir avec zèle, il écrivait au Pape et à l'Empereur une lettre où il raconte les grands événements qui venaient de s'accomplir. Après avoir dit comment la flotte chrétienne, poussée par un vent favorable, avait pu mouiller dans lo port d'Alexandrie, il continue en ces termes : « Quand le peuple d'Israël cumbaitait contre Amalec, la mort moissonnait le peuple toutes les fois que Moïse accablé de fatigue laissait tomber ses bras : mais ici ni le peuple ni le prêtre n'ont eu le temps d'éprouver la fatigue. Le combat n'a duré qu'une heure, aucun des nôtres n'a péri, tous étaient invincibles. Quand Josué livrait des combats, les murailles tombaient devant lui et le peuple entrait dans les villes ; mais ici, o mon Dieu I ies tours et les remparts ont été abandonnés comme de simples retranchements. Pourquoi ferais-je de longs discours? ies infidèles n'opposent aucune résistance, la flamme dévore les portes de fer, une partie des habitants est massacrée, le reste prend la fuite. Ainsi fut prise une ville populeuse comme Paris, belle comme Venise, riche autant que Gènes, une ville pleine de délices, parcourue par de larges canaux, fréquentée par les commerçants du monde entier, une ville qui est la reine de l'Egypte et le boulevard des infidèles, une ville qui serait aujourd'hui l'avant-poste des ch retiens en Orient s'ils avaient pu la garder. « Pierre Thomas termine sa lettre en exhortant le Pape et l'Empereur à poursuivre l'affaire de la croisade.

Le légat ne se contenta pas d'écrire au Pape, il voulait venir lui rendre compte à Avignon de la prise d'Alexandrie

et l'engager à prêcher une autre croisade. Mais le chagrin altéra sa santé. 11 fui atteint par la maladie au moment ou il faisait ses préparatifs de départ. Il était à Fa ma go liste. Comprenant que la maladie était mortelle, il se disposa à paraître devant Dieu. 11 fit appeler son confesseur, s'entretint longtemps avec lui, édifia tous les assistants par ses discours et par sa piété. « Mon frère, disait-il à son ami Philippe de Maizières, je suis un grand pécheur, mais j'ai dans le ciel un bon juge, un juge aimable et miséricordieux c'est mon Dieu à qui j'ai recours, et qui, je l'espère, me pardonnera. » Il reçut avec une piété angelique la divine eucharistie et le sacrement des mourants. Quand lamonfutproche, il fit apporter une corde, la jeta autour de son cou en disant : o Cette corde ne suffit pas pour un grand pécheur comme moi. >< Il demanda qu'on le couchât sur la cendre. Comme on voulait le reporter sur son lit, il dit avec une expression do bonheur indicible : » Il ne convient « pas qu'un chrétien expire autrement que sur la cendre et n le cilice. « A tous les instants il baisait la croix en versant un torrent de larmes. Sur la demande qu'il en fit, quelqu'un lut la passion de Notre-Seigncur Jésus-Christ. Son ami Jacques de Hossi s'étant approché de lui et l'ayant regardé tristement, le bienheureux voulut le consoler, et, d'une voix mourante, il lui dit: «Mon fils, je me trouve bien, ne pleurez pas. Il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus. Pour moi, je suis au nombre des appelés et des élus. Le Christ m'appelle : je vais au-devant du Christ; ne pleurez pas, mou fils, ne pleurez pas; n et il le bénit. Enfin, il rendit sa b.'lle finie au Créateur, le 6 janvier 1366*.

Ainsi mourut cet homme digne des plus beaux temps de l'Église. Il fut avec le Pape Urbain V l'àme de cette croisade. Il portait un cœur ardent. Il eût ébranlé l'Europe, il l'eut précipitée sur l'Orient, comme le fit saint Bernard, s'il

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eut para dans un siècle de foi. Mais Pierre Thomas vint à une époque où les hommes ne s'occupaient que de mesquines querelles, n'étaient mus que par la vengeance et l'intérêt particulier. Les grands intérêts de la foi, l'avenir de la société chrétienne, les progrès des infidèles, la captivité des lieux saints no les touchaient plus, et les èmes généreuses comme Pierre Thomas n'étaient plus de leur siècle.

Il semblait que la fortune des chrétiens périssait avec Pierre Thomas. Les malheurs vinrent les accabler. Les musulmans, ivres do fureur, voulurent venger leur honte dans le sa n i; 'les chrétiens. Le *niriaii d']'>\|ite fil mourir dans les tourments deux cents esclaves chrétiens qui le servaient. Une persécution cruelle s'éleva dans tout l'Orient contre l'Église. L'ordre des Frères Mineurs compta de nombreux martyrs '.Les Arméniens, qui, excités par les lettres et les envoyés d'Urbain V, se montraient disposés, l'année précédente, à abjurer le schisme et a s'unir aux croisés pour attaquer les Turcs !, sont maintenant réduits à se défendre. Les Turcs parcoururent l'Arménie et mirent tout à feu et à sang. Le peuple se déroba par la fuite à leur fureur, et chercha un refuge en Grèce, à Mytilène, à Rhodes. Les Turcs, les Arabes, les Sarrasins d'Égypte se liguèrenlpour enlever l'Ile de Chypre aux chrétiens. Amurat poursuivait le cours de ses conquêtes. C'est à cette époque sans doute qu'il établit b' limitcux tribut d'esclaves dont parlent les annales de !Vm;>ire ottoman. Les villes chrétiennes soumises aux Ottomans devaient leur donner le cinquième de leurs enfants. On choisissait ceux qui étaient les mieux faits et les plus robustes. On les élevait dans la religion de Mahomet, et, d'un trait, on les enlevait ainsi à l'affection et à la religion de leurs familles.

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