CHAPITRE XV
Conciles. Pr^rniûïu i: .!■- i ..r.li unit. Mort iu pire
Parmi toutes 1rs préoccupa lions de la politique, lorsque tant d'événements s'accomplissaient autour <ie lui et qu'il préparait activement son retour à Rome, Urbain V trouvait encore le temps de travailler à la réforme de l'Église. Les grandes ames qui savent bien définir ce qu'elles conçoivent, ce qu'elles veulent, et méditer leurs plans, peuvent poursuivre à la fois plusieurs buis différents. Comme leurs idées sont claires, la confusion ne se met pas dans leurs desseins. Elles ont assez de force pour exécuter les plans qu'elles forment. Toutes les grandes pensées avaient leur1 place dans l'esprit d'Urbain V, et cette volonté ferme avec laquelle il avait opéré la cioisade, préparé son retour à Rome, rétabli la paix entre les princes chrétiens, il savait aussi l'employer à réformer l'Église. 11 ne se contenta pas des mesures qu'il avait prises au commencement de son pontificat. Ces sages règlements devaient bientôt tomber en désuétude si le Pape ne prenait des mesures plus effl-
caces. Il écrivit donc à lous les évoques et leur recommanda la tenue des conciles cl des synodes.
L'Église gouvernée par le Saint-Esprit a compris de tout temps que les lois votées et discutées dans les saintes assemblées exerceut plus d'autorité sur les âmes. Jamais elle été plus !l!>i'iss:ititi! qu'aux temps où ces ,vsemblées se tenaient régulièrement. Urbain V le comprenait admirablement. 11 parlait ainsi à l'archevêque de Narbonne :
n Les saints canons nous prouvent qu'autrefois les Pères, les souverains Pontifes et les évéques des autres églises, pleins de vigilance pour le troupeau du Seigneur, eurent soin de célébrer des conciles, où l'on prenait les moyens d'extirper les'vices, de jeter la semence, de toutes les vertus dans le peuple et dans le clergé, de défendre la liberté de l'Église, de conserver les biens des églises et des établissements pieux... Mais, ô douleur! la négligence des évéques s'augmentant insensiblement, on a interrompu la célébration des conciles, et les vices pullulent, l'indifférence du peuple s'aerroil île jour en jour, la liberté de l'Église reçoit mille atteintes. Le culte divin est négligé, les clercs sont opprimés par les laïques... C'est pourquoi, désirant que votre sagesse et celle de vos frères remédient à tant de maux , nous excitons votre fraternité avec le zèle de la sollicitude apostolique, nous vous requérons, nous vous exhortons fermement et nous vous ordonnons, par ces lettres apostoliques, de convoquer au plus tôt que vous le pourrez le concile de votre province... Quand vous l'aurez fait, vous aurez soin de nous en prévenir, comme aussi vous nous donnerez communication de tout ce que vous aurez décidé dans ce concile, afin que vous et vos sulTragants vous nous demandiez avec confiance ce que vous croirez devoir être utile. » (25 novembre 13G&). Tous les métropolitains reçurent des ordres semblables, * et partout on s'empressa d'obéir au Papy. La vie renaissait
302 HiSTOine d'urbain v.
dans l'Église, ei partout se rouvrirent ces grandes assembittes qui onl fuit dans tous les temps ta gloire et la joie de l'Église. On n'a pas les actes de tous les conciles tonus sous Urbain V. Ceux qui restent font regretter la perle des autres. L'histoire a conservé le souvenir des conciles d'Apt, d'Angers, de Périgueux, d'ïork el de Lavaur.
Le concile d'Apt sa tint dans l'église cathédrale. La clôture en fut faite le 15 niai 1365. Les évoques des trois provinces d'Arles, d'Embrun et d'Aix s'y réunirent sous la présidence des trois archevêques. C'était l'hilippe de Cnbassole, patriarche de Jérusalem el administrateur de l'église de Cavailhm. li s évéques d'Orange, de Carpontras, do Marseille, de Vaisons. de Sa int-Pnul-T rois-Châteaux, de Toulon, de Digne, de Sériez, de Vence, de Nice, de Riez, de Sisteron et d'Apt. Le frère du Pape, Anglic de lirimoard, ainsi que lus évéques de. Grasse, île I.^niijévrs, Je Gap et
de Fréjus, s'étaient fait représenter par procureur. Le concile lit trente canons dont voici la substance :
C, m. Chaque lundi on célébrera dans toutes les églises une messe pour les morts. — C. vi. Le devoir de la résidence est rappelé aux évéques. — C. vit. 11 est défendu aux évéques d'avoir des bouffons el des chiens de chasse. — C. vin. Toutes les défenses que !e Pape avait faites au sujei des souliers à la poulaine et des vêtements immodestes que la mode autorisait seront observées par les Papes et les écuyers des évèques. — C. tx. L'usage avait prévalu eu beaucoup d'endroits que les prieurs des couvents et les curés des églises, voulant être exempts de la visite de l'évéque et ne pas payer les droits de procuration qui y étaient attachés, entraient en composition avec les vicaires de l'évéque et leur donnaient une certaine somme d'argent, moyennant quoi ils étaient exempts de toute visite. Le concile réprouve un pareil abus, comme contraire aux saints canons, et oblige les vicaires généraux â rendre dans ie délai d'un mois les sommes d'argent qu'ils ai-onl
perçues. — C. xvn. Les évêques feront jeter en prison les religieux qui quitteront l'habit de leur ordre pour prendre l'habit séculier. — C. om. Quand un débiteur redisait de payer ses dettes, le créancier le faisait excommunier. Son nom était publié dans toutes les églises. Si le débiteur mourait insolvable, les créanciers Forçaient les curés des églises à publier son nom parmi les excommuniés. Cet usage fui aboli. — C. xxvui. Si un évèqne encourt l'interdit, la suspense ou l'excommunication, son vicaire pourra la relever de ses censures.
Le concile de la province de Tours fut célébré dans la ville d'Angers sous la présidence di? l'archevêque de Tours. La dernière session fut tenue lel2 mars 1366. Us évêques do Dol, du Mans, de Rennes, de Saint-Malo, de Léon et de Tréguier assistèrent au concile. On y fit trente-quatre canons. Voici les plus importants : le cinquième et le sixième prescrivent à tous ceux qui sont élus à quelque bénéfice d'en venir prendre possession dans le délai de six mois. Le concile voulait par la mettre de l'ordre dans la distribution des bénéfices et en empêcher la pluralité. Le douzième ordonne aux clercs de porter une longue robe fermée par devant, et, par-dessus la robe, des chapes ou manteaux fermés. Les cornettes sont prohibées. Les chanoines qui n'observeront pas ce décret n'auront plus voix au chapitre. Le treizième proscrit les souliers à la poulaine. Le seizième règle la table des ecclésiastiques. Ils ne pourront avoir que deux plais, môme les jours de fûie. Le dix-septième ordonneaux curés la résidence, sous peine de perdre leur bénéfice. Le dix-neuvième et le suivant défendent aux Bénédictins et aux chanoines réguliers de porter des habits courts. Le trentième décrète l'excommunication contre les adultères et les conçu binaire s. Enfln, le trentetroisième permet aux évêques, suivant l'usage alors établi, d'autoriser les chapelles privées, mais à la condition qu'on n'y célébrera pas la messe îe premier dimanche do l'Avent
et du Carême, le dimanche de la Pentecôte et les dimanches dans ruM.iv*: de l'Kpipbnnie cl de l'Assomption'.
Le concile de la province de Bordeaux se tini a Périgueux. Le prince de Galles veilla au bon ordre de l'assemblée. Dix-sept évèqnes y assistèrent. Le discours
théologien et habile administrateur. Dans son discours, il donna des louantes excessives au prince de Galles, qui était présent. On disail même qu'il avait osé le comparer au r'ils de Dieu, Des hommes jaloux de sa renommée voulurent le perdre et l'accusèrent de blasphème auprès du Pape. Quand il connut la mauvaise impression que ses paroles avaient produite sur l'esprit d'Urbain V, il vintso justifier. Le Pape était alors en Italie. 11 accueillit I'évéque de Sarlat avec bonté, et, comme personne ne se présentai! pour l'accuser, il en augura qu'il était innocent. Pour l'honorer devant sa cour, il l'invita à sa table. Or, c'était au moment où l'on venait de recevoir la nouvelle do la mort de Pierre le Cruel lue par son propre frère. Urbain V parla do ce grand événement, et demanda s'il était permis ou non de se réjouir de la mon d'un roi ennemi de l'Église, fauteur des Juifs et des Sarrasins, appui des infidèles. Il cita l'exemple de ce prélre qui, ayant conçu de la jalousie contre suint iVnoît, tomba de son siège en punition de cette faute, et mourut sur-le-champ. « Saint Maur s" étant réjoui do cette mort subite, saint Ronoit, ajouta Urbain V, imposa une pénitence à son disciple, a L'évéque de Sarlat répondit avec respect au Pape qu'il su réjouissait de la punition des crimes de Pierre le Cruel, mais qu'il plaignait l'homme, ajoutant qu'il fallait haïr le péché et non les hommes, puisque la charité nous unit et que nous sommes tous frères. Urbain V, qui voulait embarrasser l'évéque, reprit aussitôt : « Mais ne lisez-vous pas dans le livre des
t. CaUcclim rto conciles d'Hirdouin.
HISTOIBE u'ilKBAIN V. 305
psaumes : Uetabitur juslus cum viderit vindictam peccatoris? L'évêquc répondit modestement qu'il abandonnait cette question à la décision et à la volonté du Pape. Il liiiwa Pierre le Cruel pour parler d'autre chose
Le zèle qu'on montrait en France pour la célébration des conciles était le même en Angleterre. Les évéques de la province d'York se réunirent en concile dans cette ville, au mois de septembre 1367, sous la présidence de l'archevêque d'York. On y fit dix décrets. Le premier défend de tenir les marchés et les assemblées publiques dans les églises et les cimetières suivant la coutume. Aux funérailles et la veille des fêles, on commettait dans les églises d'Angleterre des excès que le second décret proscrivit. Le septième fait défense ans prêtres de porter l'habit court et les souliers à la poulaine. Enfin, le neuvième remédie au désordre des nuri^es e'iiiidesin-;. ].<■ renede 1rs répnnivr et défend aux prêtres d'y assister.
Mais te plus célèbre de tous les conciles tenus sous le Pape l'rbain V est sans contredit le concile des trois provinces d'Audi, de Narbonne et de Toulouse. Les archevêques de Narbonne et de Toulouse demandèrent au Pape la permission de réunir les évoques des deux provinces, ce qui leur fut accordé. L'archevêque d'Auch, Arnaud Alberti. qui était neveu d'Innocent VI, obtint la même faveur, et les évéques des trois provinces se réunirent à Lavaur. La clôture du concile eut lieu le 6 juin 1368. L'archevêque de Toulouse, celui de Narbonne ainsi que le vicaire de l'archevêque d'Auch présidèrent l'assemblée. Arnaud Alberti était alors en Italie. Les trois provinces étniuni représentées par les évéques de ISt'/ieis, de Ci réassume, d'Alais, de Lavaur, de Lombcz, de Comminges, deïarbrs, de [Sazas, d'Oléron et de Lescoures. On y fit trente-liois canons. — C. VI. il est ordonné aux évéques de célébrer chaque année le synode
1. Qualrièmt vif d'Urbain V, Muratori, Ktrum Ilalicarum, L III.
diocésain. — C. iv.L'excom m» ni cation est de nouveau fulminée contre ceux qui s'enrôleront dans les compagnies. Toutes les sociétés civiles ou religieuses qui présenteront une organisation pareille à celle des compagnies seront dissoutes. — C. xxiv. Des sectaires qui prenaient le titre d'apôtres parcouraient les villes et les campagnes et semaient leurs erreurs. Le concile veut qu'on les saisisse et qu'on les jette en prison. — C. lxxxiv. L'excommunication est prononcée contre ceux qui, après avoir reçu les avertissements canoniques, s'obstineront à ne pas assister au sacrifice de la messe les dimanches et les fêtes, — C, xciv. Le clerc qui aura cité un autre clerc devant le juge séculier sera excommunié. — G. eut. Les Juifs doivent porter des habits particuliers qui les distinguent des chrétiens .— C. cxm. 11 est expR'Wtiiiii'Ui. défendu aux nourrices chrétiennes de donner leur lait aux enfants des Juifs et d'habiter sous le même toit. — C. cxvu-cxvw. Les adultères, les concubinaires publics, les voleurs et les incendiaires sont excommuniés. On doit leur refuser la sépulture ecclésiastique. — C. cxxvr. Les évêques auront soin d'établir des confesseurs pour les cas réservés en nombre suffisant pour la ville épiscopale et le reste du diocèse.
En se séparant, les évêques voulurent montrer leur piété pour l'église de Lavaur en accordant des indulgences à tous ceux qui concourraient a sa reconstruction.
Les Pères de ce concile durent, suivant l'usage, envoyer au Pape le texto de leurs décrets pour en demander l'approbation. Urbain V les approuva donc. Dans la lettre qu'il adressa aux archevêques des trois provinces, il relève un abus très-grave qu'on lui avait signalé. Certains évêques prêtaient aux seigneurs de fortes sommes d'argent appartenant à leurs églises, sommes que les seigneurs ne rendaient pa9 toujours. Quelquefois même les évêques et les abbés sacriliairni les imèrOis de leurs églises à la crainte que leur inspiraient les seigneurs, et leur aban-
histoire d'urbain v. 307 donnaient les biens de l'église. Urbain V s'éleva avec force contre la faiblesse des évoques. Il leur défendit de donner ou de prêter de l'argent aux seigneurs sous peine d'excommunication. Cette défense devait Ctrc affichée à la porte de toutes les églises, si les évoques le jugeaient convenable.
Rien n'échappait à la vigilance du Pontife, il se faisait rendre compte de tout, et les événements qui se passaient dans tous les pays du monde arrivaient à sa connaissance. S'il s'appliquait à corriger les abus qui s'étaient glissés dans les églises éloignées, il faisait observer autour de lui la discipline la plus sévère. L'église d'Avignon réclamait d'une manière spéciale son attention. Il lui avait donné pour évéque son propre frère Anglic, mais il présidait luimême par ses conseils au gouvernement de celte église. Voulant procurer la réforme des mœurs et le rétablissement de la discipline, il donna, le 7 mars 1366., dos statuts synodaux au clergé d'Avignon. Ces statuts sont les mêmes que Pierre de Sampson avait rédigés à la prière de Raymond Amaury, évéque de Nîmes. Comme le fait remarquer le prologue de ces statuts synodaux, on s'y est proposé deux choses, la réforme des clercs et des règles sures pour l'administration des sacrements. I! y a quinze chapitres, qui traitent du baptême, de la pénitence et de l'eucharistie, de la célébration des messes, du respect dfi aux églises, de l'aliénation des choses sacrées, de la vie des clercs, des testaments, des fiançailles et du mariage, de l'interdit et de l'excommunication, du parjure, des rapports avec les Juifs, l.e chapitre final, divisé en vingt-six
a de plus remarquable dans ces8 statuts, c'est la formule d'absolution différente de celle en usage aujourd'hui dans toute l'Église catholique, la défense faite aux Juifs de se produire en public les derniers jours de la semaine sainte et l'obligation où ils étaient de porter sur leurs habits
une petite roue gravée qui les distinguait des fidèles'.
Ce u'était pas assez de ces mesures, Urbain V voulut réunir le synode de l'église d'Avignon. Son frÈre Anglie le tint l'année suivante. On y fil quatorze statuts. Dans chaque paroisse un religieux devait une fois par mois annoncer au peuple la parole de Dieu. Les prieurs, vicaires et chapelains des églises indiqueront à l'évi'que les ornements, les livres et tous les objets servant au culte divin dont ils peuvent être dépourvus. On leur donnera tout ce qui leur manque. Cet article est le plus bel éloge qu'on puisse faire d'Anglic et du pape Urbain V. Si un bénéficier ne réside pas, il ne pourra percevoir les fmils et les revenus de son église, que le juge ecclésiastique tiendra sens le séquestre. Il est question dans ces statuts de deux vicaires de l'évêque, l'un pour le for gracieux et l'autre pour le contentieux. Cette coutume de nos églises n'est pas nouvelle; elle remonte à l'époque où les vicaires généraux venaient de remplacer les archidiacres dans l'administration des diocèses1.
Pendant que le synode d'Avignon se tenait sous les yeux du Pape, Urbain V écrivit à tous les évequos de l'univers pour leur recommander la célébration de ces assemblées, et comme dans sa pensée le premier devoir des synodes c'était d'obliger à la résidence tous ceux qui avaient charge d'àmes, il ordonna aux évéques de dresser dans le synode l'étal de tous les bénéfices de leurs diocèses avec le nom des titulaires et le revenu des menses. Dans le délai d'un mois l'évêque fera remettre ce registre au métropolitain, lequel le transmettra au Pape. Urbain V prononce l'excommunication contre les évéques qui n'exécuteront pas ses ordres'.
Dans le synode d'Avignon, Anglic avait fait quelques