Ifaid
32/l KISTOIBE O'UBBACN V.
I) avait amené avec lui las cardinaux tiui do Boulogne, de Bragose, d'Aigre feuille, de Monlaigu, Mare de Yiterbe, (Japoccio et Guillaume Sudre. Ci* princes de relise profilèrent du relard que mettait Urbain V à prendre la mer pour le dissuader encore de son projet. Ils menacèrent même do l'abandonner, de le laisser aller seul pu Italie. Ils ne purent lu fléchir. Leurs murmures et leurs menaces excitèrent sa colère, et dans un moment d'indignation il arracha quelques poils de l'hermine qui bordait sa calotte, et les montrant aux cardinaux récalcitrants : u Ne savezvous pas, leur dit-il, gu'nvtc ceci" je pourrais faire d'autres cardinaux '/ » Il voulait leur prouver que les cardinaux tirent leur lustre et leur autorité du l'ape, tandis que le Pape n'a pas besoin des cardinaux, et peut en Taire autant qu'il veut. Ce fut cotte considération qui le poussa à décorer de la pourpre le jeune neveu du cardinal d'Aigre feuille, Guillaume d'Aigrefeuille. Il était docteur en droit ecclésiastique et protimotairo apostulique '. Soi) âge ne faisait pas supjioser qu'il dut arriver sitôt à cette liante dignité, il avait à peine vingt-huit ans. Tout le monde Tut étonné de ce choix, et lui plus que personne. An reste, il était digne par son esprit et par sa piété des liunneurs que lui décernait Urbain V. Les historiens ajoutent qu'aux grandes qualilés de l'esprit et du cceur il joignait une taille majestueuse et des traits pleins de noblesse. Urbain V voulut témoigner ainsi sa reconnaissance an vieux cardinal d'Aigrefeuille, qu'il avait eu dans sa jeunesse pour condisciple et pour ami, qui fut l'instrument dont le ciel se ser vit pour l'élever à la papauté. Le premier, il prononça dans le conclave le num de Guillaume de Grimoard, et n'oublia rien pour faire réussir celle élecliun. Urbain V, qui toute sa vie se souvint des services rendus, récompensa le vieux cardinal d'Aigrefeuille eu donnant la pourpre à son neveu.
Celle promotion eut lie»
nouveau cardinal le titre Cœlius.
Trois jours auparavant, Saint- Victor la huile Quav
quitter sa patrie et la priv, un dernier témoignage d'afTec célèbre. La guerre de Castil Transi a m are congédia les ro chasser du trône Pierre le Cri répandirent de nouveau dans
d'urbain v. 325 le 12 mai. Le Pape assigna nu de Saint- Élienne sur le mont
iblié dans l'église de
sa présence, il lui donna m dans une huile devenue
étant achevée, Henri de iers qui l'avaient aidé à I. Ces hommes de sang se ont le royaume. Urbain V
l'ennemi commun. La sentence d'excommunication qu'il avait portée autrefois contre les routiers, il l'avait retirée quand Huguesdiu vint u entre le siège drvant Avignon. L'impunité pouvait donc fournir des armes aux ennemis de la société. Urbain V le savait et, neuf jours avant son dépari, il renouvela toutes les peines qu'il avait déjà décrétées. 11 en ajouta de plus sévères encore. Urbain V tenait dans celte bulle ce hngage plein de noblesse <>t d'élévation :
« Le sang des chrétiens répiinijn à profusion, les meurtres nombreux, les églises et les monastères incendiés, les vierges sucrées enlevées ;i leurs pieux asiles cl livrées au déshonneur, les villes, les châteaux et les terres pillés, des crimes de toute espèce attestent la cruauté de ces hommes que pousse l'amour de l'or. Les fidèles de Jésus- Curist ont vu ces eNCèsavec un étonnement mêlé d'horreur. Plusieurs bulles ont déjà été lancées centre eux, soit par nous, soit par les Pontifes romains nos prédécesseurs. Mous renouvelons tentes les peines qu'elles coniiennenl et nous voulons qu'elles aient un plein effet.
«Cependant la sollicitude pastorale avec laquelle nous
UIST01KE d'uubain V.
veillons sur le troupeau du Seigneur nous fait craindre que, !e monde croissait de jour en jour en malice, les hommes ne prennent l'habitude du crime et ne le com-
où le danger parait plus menaçant, où celte calamité s'est fait sentir avec le plus de fureur, et que ces mêmes hommes ne cherchent à se faire des imitateurs. D'un autre cùté, réfléchissant aux nombreux services que dans toute la suite des âges ce royaume a rendus à la foi catholique et à tout le peuple chrétien, nous souvenant du zèle avec lequel les rois très-chrétiens ont répandu de tous côtés la foi catholique, soutenu l'Église romaine dont ils furent, dans tousles siècles lis plus dévoués défenseurs, combattu avec courage pour la foi catholique, protégé les églises et les ecclésiastiques de leur royaume, comme l'attestent les anciennes annales et l'évidence des faits, nous croyons faire un acte de justice et être utile au roi et à son peuple
ces hommes de crimes, autant que nous le pouvons avec l'aide du Seigneur. Poussé par ces graves considérations, après avoir délibéré longtemps avec nos frères et pris leurs conseils, pour conserver la paix et la tranquillité des fidèles et leur laisser la libre possession de leurs biens, pour mettre un terme, autant qu'il est en nous avec la grâce de Dieu, ;mx mines des méi.bioiis, aux périls ipn menacent lus âmes, aux meurtres et à la ruine des églises, à la perte des biens de l'Église et des biens des particuliers, nous décrétons avec l'autorité apostolique et nous défendons, par la teneur des présentes, à tome personne ecclésiastique ou non, quelque élevée en dignité qu'elle soil, à quelque rang, ordre ou condition qu'elle appartienne, de former à l'avenir des sociétés de ce genre, de les introduire dans le royaume ou de les aider. »
Le pape défend ensuite aux fidèles toute espèce de rapport avec les routiers. Ils ne pourront ni recéler le fruit de
KiSTomB d'uhbàin v. 327 leurs rapines, ni leur vendre des vivres, ni leur acheter ce qu'ils ont vole. Ceux qui n'observeront pas ces défenses en-
cniiiTom par le seul f.iil IVxc'.iumiimraliiin majviiïi.'. Leurs
villes et leurs terres seront frappées d'interdit. Urbain V, voulant jeter dans les âmes une terreur salutaire, ajoute aux peines ecclésiastiques les peines temporelles. Il ôte aux routiers et à leurs fauteurs, les villes, les châteaux, les hiens ''l les ] iriv: li-:;i'S qu'il- |in.;s;-il"nt. à qui'lqne titre que ce soit. Los évêqncs devront an plus lot s'emparer de leurs domaines, les joindre â leurs églises ou les donner à d'autres, s'ils le jugent plus convenable. Enfin, dans sa juste siîviîrïie-. le Pape, non content d'enlever a ces ennemis de la société les biens spirituels et les biens temporels, inventa de nouvelles peines et frappa les routiers dans ce qu'ils avaient de plus citer, leur honneur et leurs enfants.
« Nous voulons, ajoutait Urbain V, que les hommes qui se sont rendus coupables de ces crimes soient inhahilas, eux et leurs descendants, jusqu'à la quatrième génération, à tontes dignités, personnels, nllicrs et bénéfices ecclésiastiques avec on sans charge d'âmes. Quant aux serviteurs et aux vassaux de ceux qui violent celte constitution et la défense que nous faisons aujourd'hui, nous les absolvons entièrement du serment de fidélité et de toutes les obligations qu'ils leur avaient. De plus, nous voulons et nous décrétons qu'à partir de ce jour, les membres de ces compagnies, leurs fauteurs, leurs défenseurs et autres dont nous avons fait mention soient et demeurent infâmes, de sorto qu'on ne puisse les admettre à témoigner en justice, ou à jouir des autres droits de citoyen. Ils ne pourront ni tester, ni hériter, soit par testament, soit ab intestat. S'ils exercent les fonctions de notaire public, nous voulons que leurs actes n'aient aucune valeur et soient condamnés comme ceux qui les ont faits. Leursenfants et leurs petits enfants jusqu'à la troisième génération ne pourront être rêvé-
devenir des ministres de Reliai et des suppôts d'iniquité, en outre des peines portées plus liant, nmis les privons, par le seul fait, flu t:i;s ilifîniti-K, persnrmnls, offices, canonicats, prébendes, bénénees ci administration. »
Enfin, le Pape ordonne aux évêques de considérer ces bénéfices comme vacants, el d'y nommer d'autres clercs. Il conlinueainsi : « Cummeon nepeut infliger des peines assez graves à ces crimes horribles, craignant que la témérité de ces hommes ne fasse des imilalcurs, après avoir consulté nos frères les cardinaux, nous livrons aux fidùles les biens de ces routiers, nous donnons ;m\ seigneurs le pouvoir de confisquer leurs terres et leurs maisons; enfin nous permettons à tous les fidèles de mettre la main sur les routiers et de les réduire en esd a va ko... Afin que cette sentence soit connue des routiers ot des autres personnes dont noire bulle fait mention, nous voulons qu'elle soit affichée aux portes de la cathédrale d'Avignon... qu'il ne
histoire d'urbain V. 329 soil donc permis à personne d'enfreindre on de contredire témérairement notre bulle, constitution, inhibition, rtédaration, privatii . inhabililiilion, commandement, et si quelqu'un ose le faire, il doit savoir qu'il encourra l'indignation d;i Dieu tout-puissant et celle des bienheureux Apôtres Pierre et Paul. Donné à Marseille le septième jour avant les ides de mai et la cinquième année de notre pontificat.»
Ce terrible anathème prononcé sous les voûtes de Saint- Victor eut dans loute la France un grand rei en lisse ment. Ce fut le coup de foudre qui terrassa les grandes compagnies, jeta l'effroi d;ins leurs rangs, les dispersa et empêcha leurs chefs de faire do nouvelles recrues. On vit ce que pouvait l'Église et quelle force elle possédait en appliquant des peines plus terribles que les peines corporelles. Le Pape formait comme un droit nouveau. Il enlevait de son autorité apostolique les terres à leurs légitimes possesseurs
autorité sur les personnes or condamnai) à l'esclavage ceux qui avaient contrevenu a ses ordres. 11 mettait ainsi hors la loi ceux qui voulaient détruire la société humaine. C'était justice qu'un crime exceptionnel fût frappé d'une peine exceptionnelle. I.e pouvoir du Pape allait au delà des limites où s'ar rvte celui des princes. On comprenait à cette époque l'appui mutuel que les deux pouvoirs se priaient et la force que l'autorité eccltîsia^iiqui- communiquait à l'autorité civile. Union admirable qui faisait la force et le nerf de la société chrétienne I
Jamais l'Élit n'eût triomphé des dangers que lui faisait courir la révolte d'hommes imbus de faux principes, si l'Église n'eût condamné leurs erreurs avec l'autorité qu'elle a reçue de Dieu, si elle n'avait infligé aux ennemis de la société les peines exceptionnelles dontelle a le secret. Sanselle, la société humaine eût été dissoute, et si de nos joursles erreurs qui attaquent tout principe d'autorité se sont répandues avec tant de rapidité", c'est quo l'Église a sur les âmes
moins de pouvoir qu'autrefois. Les peuples redoutent moins les peines qu'elle inflige, et les rois ne la croient pas assez puissante pour implorer son appui. Au temps d'Urbain V, la foi était vive dans le peuple. Les peines de l'Église lui inspiraient une juste terreur. Les princes, qui savaient le pouvoir qu'elle exerçait sur les âmes, avaient recours à elle, et la priaient d'appliquer un remède aux maux qu'ils ne pouvaient guérir. La bulle d'Urbain V fut le dernier coup porté aux routiers. Ils cessèrent peu à peu leurs ravages, leurs bandes se dispersèrent. La paix vint régner dans les campagnes. Quand la lutte éclata de nouveau entre les Anglais et les Français, on ne vit plus ces terribles compagnies qui avaient feulé lu France pendant la minorité de Charles V. Si, aux semences de division qu'Isabeau de lia vitre jt'la en France: si, aux partis des Bourguignons et des Armagnacs; si à l'invasion étrangère étaient venus se joindre les ravages des compagnies, c'était fait de notre pays, et comme, au témoignage des historiens, Urbain V détruisit les compagnies, on doit voir en lui le sauveur de la France'.
Aussi, quand il partit pour Home, la France entière l'accompagna de ses vœux et de ses regrets. Un long cri de reconnaissance s'éleva d'une extrémité du royaume à l'autre. Le roi, les seigneurs, le peuple bénirent ce grand Pape qui avait déjà fait tant de grandes choses pour sa patrie et lui laissait, en partant pour d'autres rivages, un dentier témoignage d'amour.