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CHAPITRE II

Règ'ne des Ilékâniens ou Djélàïrides.

Aq-boghû, fils dTlékàn, fils de Djélâïr, était em/r ul-umérâ sous le règne de Kaïkhâtou. Il périt dans les désordres qui accompagnèrent le règne de Baïdou. Son fils Emir Iloséïn épousa la fille d'Argoùn; sous Abou-Sa'îd, il était chef des nomades du Khorasàn. Il eut pour fils ce Cheikh Ilasan Ilékâni qui s'empara du gouvernement de l'Asie-Mineure sous Abou- Sa'îd et dont nous venons de voir les principales aventures avant qu'il se déclarât souverain indépendant à Bagdad, en 740 (1339-40). Il avait épousé Dilchàd-lvhâtoùn, fille de Dimachq-Khâdjè, seconde femme d'Abou-Sa'îd, et en avait eu Sultan Owéïs, qui lui succéda ensuite.

Ayant donc élé vaincu dans sa dernière lutte contre Ilasan Tchobàni, comme nous venons de le voir, il retourna à Bag-

dad dont son fils Sultan Owéïs était gouverneur, et se proclama indépendant. Il rég^na dix-sept ans, fit construire des monuments à Nédjcf, et mourut à Bagdad eu 757 (ISoti)*; il fut enterré à Nédjef même, dans le voisinage du tombeau d"Ali, le gendre du Prophète.

Son fils Sultan Owéïs lui succéda; la date de son intronisation nous a été conservée par une ode du poète Selmàn Sàvvèdji*, dont les (juatre premiers vers sont cités dans Khondémîr :

Ceux qui annoncent l'heureuse nouvelle, sur le haut portique, crient à toutes les provinces de l'univers :

En l'an sept cent cinquante-sept, au mois de rédjeb (juillet 1356), par l'accord unanime du peuple et l'aide du Créateur,

Le Chosroès du monde entier s'est assis, avec plein droit, sur le trône des sultans, dans la capitale de T'Irâq ;

C'est le maître des souverains de l'époque, Chéïkh Owéïs, refuge et protecteur des rois du monde, absolument. (Mètre modjtass.)

En cette même année, le Tigre déborda et détruisit une grande partie de la ville. Cet événement est aussi retracé dans ces vers du même poète :

En l'an sept cent cinquante-sept, la grande ville a été détruite par l'eau; que le diable emporte le fleuve!

Hélas! pauvre jardin de Bagdad, ville paradis, dont le misérable ciel a fait des ruines! (Mètre modjtass.)

\. D'Ohsson, id. op., t. IV, p. 742; Khondémir, Hahîb us-Siyèr, t. III, 1" partie, p. 135.

2. Hammer, Geschichte der schOnen Redekunsle Persietis, p. 260; Lulf- 'Ali-beg, Atechkcdè, éd. de Ronibay, art. Sdivèh; von Erdtnann, dans la Zeitschrift der deutsch. morgenldnd. Gesellschaft, t. XV, 1861, p. 758; H. Elhé, Grundriss der iranischen Philologie, t. II, p. 248.

Au printemps de Tan 759 {13o8), Sultan Owéïs entreprit une campagne contre Akhi-Djoq, qui s'était emparé de FAzerbaïdjan. Cette entreprise fut couronnée d'un médiocre succès. Trahi par la mollesse d'un de ses lieutenants, il s'en revenait à Bagdad, abandonnant l'Azerbaïdjan à son nouveau maître, lorsque Khàdjè-Merdjân, qu'il avait laissé comme gouverneur à Bag-dad, s'y révolta, profitant de ce que la ville était entourée par l'eau de l'inondation; mais Owéïs prit la cité par le moyen de quatre cents navires et pardonna à Khâdjè-Merdjân sur l'intercession des habitants*. Néanmoins il lui enleva le gouvernement de la ville qui ne lui fut rendu qu'à la mort de Sultàn-Ghâh Khâzin (le trésorier), survenue en 769* (1367- 68). Khâdjè-Merdjân lui-même mourut à la fin de l'année 775 (commencement de 1374) et fut remplacé par Khâdjè-Sèrvèr.

En "76 (1374-73), une autre inondation envahit la ville, y détruisit nombre de constructions élevées; près de quarante mille personnes furent écrasées sous les décombres. C'est à l'occasion de cet événement que Khâdjè-Nâçir Bokhâri prononça les vers suivants :

Le cours du Tigre, cette année, ressemble étrangement à la démarche d'un homme ivre;

Les pieds dans les chaînes et l'écume sur les lèvres : on dirait un fou furieux ^

Le gouverneur de la ville, Khâdjè-Sèrvèr, fut tellement affecté par ce désastre, qu'il en tomba malade et mourut; le gouvernement de la province fut alors donné à l'émir Wadjîh ud-dîn Ismâ'il, fils de l'émir Zakariyâ, le ministre.

Owéïs, dontKhondémîr se plaît à vanter l'équité, protégea les hommes de lettres : il fut l'objet des louanges de Selmân

1. D'après Khondémir, Habib us-Siyèr, t. JIL f» partie, p. 136, ces événements eurent lieu, non pas au retour de la campagne de Tébrîz contre Akhi-djoq, mais plus tard en 705 (136:5-64). Le rebelle aurait rompu le pont du Tigre, mais se serait néanmoins l'cndu le lendemain.

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