Auteur du Rauzat ul-Ebrnr; voir lintroduction
30 HISTOIRE DE FîAGDAD
en fils, le Chéïkh 'Ali, le Ghéïkh Ibràhîm continueront les traditions de leur ancêtre. Enfin le fils de ce dernier, le Ghéïkh Djounéïd, s'assit sur le siège de celte famille de derviches. Il eut beaucoup d'élèves et sa renommée ne tarda pas à parvenir aux oreilles de Djihàn-Châh, fils de Qara-Yousouf, des Turcomans du Mouton-Noir, qui régnait alors en Perse. Jaloux de l'influence exercée par ce religieux et craignant qu'il ne se formât auprès de lui un foyer do révolte, il l'expulsa d'Ardébîl et l'exila hors du royaume. Ce Chéïkh quitta son pays d'origine et se dirigea vers Diarbékir, où régnait Ilasan le Long, petitfils de Qara-'Othmàn, des ïurcomans du Mouton-Blanc, qui, par pique à Tégard de son adversaire Djihàn-Chàh, le reçut avec beaucoup d'honneurs et lui donna en mariage sa sœur Ivhadîdjé-Bégum, tandis qu'il faisait épouser à Haïdar, lils du Chéïkh, sa propre fille Halîmé-Bégum.
Au bout d'un certain temps, la nostalgie s'empara de Djounéïd et le conduisit de nouveau à Ardébîl, berceau de sa famille. En sa qualité de beau-frère de Hasan le Long, sa fortune élait considérable, et il menait un grand train de maison. En 890 (1485), Ismâ'il, qui devait devenir célèbre plus tard sous le num de Ch.àh-Ismâ'îl, naquit de Ilalîmé Bégum. Enfin, le Chéïkh Djounéïd étant mort, son fils Ilaïdar lui succéda. C'est hii (]ui imagina, en souvenir des douze imâms, de coiiïer ses disciples d'un turban de drap rouge à douze tours; c'est pourquoi on les désigna depuis lors sous le nom turc de Qyzijlbach ou Tète-Kouge*.
Après un laps de temps, ce Chéïkh et ses disciples eurent l'idée de porter la guerre sainte vers le Derbènd du Chirwâu, c'est-à-dire contre les Géorgiens; mais le souverain du Chirwàn, attribuant celte entreprise au simple désir de faire des
1. Pieli'O délia Vallc, qui se trouvait à la cour des Çalawis au début du XVII'' siècle, rapporte des rensei,i,Micnients analoj,'ues : « Ce lut cet Ismael
Sofi qui donna aux soldats turcs, qui coinbaloienl sous ses enseignes,
un bonnet rouge pour porter sous le turban, orni' sur le soniniot d une houpe rouge, haute à proportion, qui sort du milieu du turban, et accompagnée de douze petits plis qui l'environnent, pour conserver le souvenir des douze décendans d'Ali »{Voyaijcs, t. II, p. 392).
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conquêtes, s'y opposa énerg^iquement et combattit ces religieux partis en guerre; il les atteignit dans le Tabaristan, et le Cliéïkh Ilaïdar perdit la vie dans le combat; ses serviteurs et vassaux furent dispersés. Ceux qui échappèrent reconnurent pour chef, à Ardébil, l'un des fils de Haïdar, nommé 'Ali, et l'excitèrent à venger le meurtre de son père ; mais Ya'qoùb- Mîrzâ, fils de l.lasan le Long^ qui en avait assez de ces gens turbulents, se fâcha devant eus menées et pour y remédier, lit enfermer dans la forteresse d'istakhr' ce même Ali, son frère Ibràhîm, un autre de ses frères, le petit Ismâ'îl alors âgé de trois à quatre ans, et leur mère Halîmé-Bégum.
Comme il a été dit plus haut, les fils de Ilaïdar furent l'objet des faveurs de Kuslèm-Mîrzâ; mais en l'année 898 (1492-93) l'amitié qui régnait entre eux se brouilla; dans une rencontre avec l'armée envoyée contre lui, 'Alî fut tué; Ibrâhîm et Ismâ'îl, restés impuissants, s'enfuirent au Gîlân et se réfugièrent auprès de Mirzâ 'Alî, gouverneur de la ville ruinée de Lâhidjân, qui faisait partie de cette province. Au bout d'un an, Ibrahim, ennuyé de résider à Lâhidjân, confia àlsmû'îl le turban à douze tours de Haïdar, changea de vêtements et de coiffure, abandonna sa mère et son frère, et partit seul en voyage ; on ne sait ce qu'il est devenu.
Ismâ'îl consacra la durée de son séjour à Lâhidjân à étudier la secte Chiïte, dont cette ville était le centre; jeune encore, il avait acquis la science d'un Chéïkh. Il quitta cette ville pour retourner à Ardébîl où, ayant rassemblé les anciens disciples de son père et de son grand-père, il en forma une armée. Il séjourna quelque temps à Ardébîl, dans l'Azerbaïdjan et à Erzingian. En 905 (1499-1500), il marcha avec son armée vers le Chirwân, et y mil à mort le Chirwân-Châh qui avait été le meurtrier du Chéïkh Ilaïdar, et qui se nommait Fèrroukh-Yasâr*. Elvènd-Mîrzâ, desTurcomans du Mouton-Blanc, effrayé
1, Voyez ci-dessus, p. 28, note 2.
2. Tdrikh Munedjjim-bachy , t. III, p. 177, ad imum, qui donne la date de 906.
des progrès d'Ismâ'îl, se disposa à la lutte dans la plaine de Nakhtchèvân oùlsmà'îl vint le rencontrer, le défit et l'obligea des'entuir; son armée fut taillée en pièces. En 906 (1500-1501), Ismâ'il, ne trouvant plus d'obstacles devant lui, se rendit à Tébrîz et y monta sans opposition sur le trône des rois de Perse; il y échangea le froc et le turban des derviches musulmans contre le brocart et la mître des souverains de l'Iran. Telle fut l'origine de la fortune de la brillante dynastie des Çafawîs, qui devait régner sur la Perse deux siècles et demi.
Elvènd-Mîrzâ, ne se tenant pas encore pour battu, s'occupait de rassembler des troupes à Erzingian; Chàh-Ism;Vîl — nous lui donnerons dorénavant ce litre — s'empressa de marcher contre son compétiteur qui, ne pouvant résister, s'enfuit à Bagdad et de là à Diarbékir, où il mourut en 907 (1501-1502). Puis Ismâ'îl continua le cours de ses conquêtes; il se tourna du côté de Sultan Mouràd, fils de Ya'qoûb-Mîrzà, dont nous avons vu les aventures résumées à la fin du chapitre précédent, et le battit dans les environs de llamadân; il s'empara du Fàrs, puis de Kàchân et de la plupart des villes de l'Iraq 'Adjèmi qu'il fit administrer par des lieutenants et des gouverneurs.
11 conquit le Gîlân en 908 (1502-3); l'année suivante, sous le prétexte de lever des troupes, il se rendit à Erzingian où des gens du Tekké et de Hamîd, provinces de l'Asie-Mineure, vinrent le rejoindre et embrassèrent les doctrines chiites. En 910 (1504-1505), Sultan Mouràd, toujours en fuite, vint à grand'peine à Bagdad, et après s'y être reposé quelque temps, se réfugia auprès d"Alâ ed-Daulè, sultan de la dynastie des Dhou '1-Qadriyyé, pour lui demander des secours en vue de reconquérir les Etats dont il avait été dépossédé ; il devint son gendre, et 'Alà ed-Daulc s'avança vers Diarbékir à la tète d'une armée pour défendre ses droits; il s'empara même de plusieurs places, de vive force; mais quand il apprit que Chah-Ismà'îl s'était mis en marche pour venir le combattre, il
se tourna dans la direction d'El-Bîstàn*; les deux armées se rencontrèrent sur les bords de la rivière qui traverse cette ville ; après deux jours de lutte, l'armée des Dhou '1-Qadriyyé, sur le soir du troisième jour, fut entièrement défaite. En 913 (lo07-8), il y avait déjà plusieurs années que Sultan Mourâd séjournait dans le pays; lorsque 'Alâ ed-Daulè mourut de la main du sultan ottoman Sélim 1"', il se rendit à la cour de ce dernier.
De l'autre côté Châh-Ismâ'îl, à la suite de sa victoire sur les Dhou 'l-Qadriyyé, s'étaitemparé de Diarbékir eten avait nommé gouverneur Oûstdjâlou Moliammed-Khân. A cette époque, Bagdad, qui relevait encore des étals du sultan Ya'qoùb, successeur de Sultan Mourâd, était gouvernée par un individu nommé Bârîk. En 914 (1508-1509), Châh-lsmâ'îl envoya Làlâ Hoséïn^ avec une armée, pour s'emparer de cette ville; Bârîk, ne pouvant résister à cette attaque, s'enfuit à Alep, et Bagdad tomba aux mains de Lâlâ.
Châli-lsmâ'îl s'y rendit ensuite lui-même; il fit démolir les tombeaux des Imâms et des Cheikhs qui reposaient sur cette terre sacrée, et mettre à mort plusieurs hommes pieux qui partageaient les doctrines sunnites. Ensuite il se rendit en pèlerinage à Nédjef et à Kerbélâ; il fit creuser à nouveau et terminer le canal d'eau courante qui avait été construit par 'Atâ-MélikDjowéïni^etqui s'étaitruiné parla suite des temps; il V Siippdla. Nahr-i Chdhî « le canal royal «.Enfin ilfit commencer la construction du seuil de ï'imdrèi ou hospice de l'imam Mousâ Kâzhim.
La campagne de Sélim P' en Perse, sa victoire de Tchaldyran et son occupation momentanée de Tébrîz mirent fin, pour quelque temps, à l'expansion du pouvoir des Çafawîs.
1. Nom moderne de i'Abolostéïn des géographes arabes, en arménien AJjiaslIia, au nord de Mar'acli. Cf. Yâqoùt, t. I, p. 93; V. Cuinct, t. II, p. 241; Cliarmoy, Chère f-ivtmeh, t. I, p. 497.
2. Le 29 rébi' U 921 (12 juin 1515), postérieurement à la campagne de Perse, selon Haminer, Histoire de l'Empire ottoman, t. IV, p. 213.