‹ Histoire de Bagdad dans les temps modernesChapitre 34 sur 93 · GOUVERNEMENT DE DHOU L-FAQAR · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT DE DHOU L-FAQAR

Dhou '1-Faqàr, iils de Nukhoùd-Sultàn, Irère d'Êmîr-Khùn et d'Ibrâhîm-Khân, chefs de la tribu kurde des Moùçloù, s'était attiré les cœurs par sa générosité et sa bravoure. Grâce à l'appui et aux secours des Kurdes de Kèlhour', il s'était emparé de la plupart des forteresses de ce district, où tout le monde obéissait sans conteste à ses ordres. Son oncle Ibrâhîni-Khàn, après avoir laissé son frère Émîr-Kliân, ses enfauts et ses parents à lîag-dad, était parti, à la tête de cinq mille hommes, pour aller rejoindre le Chah de Perse. Lorsqu'il fut arrivé au relais dit Màhî-dècht^ Dhou'l-Faqâr l'attaqua de nuit à la tète de trois cents cavaliers et le tua; ses serviteurs passèrent à leur nouveau maître. Ce dernier se dirigea alors vers Bagdad et s'installa autour de la forteresse en semant la terreur dans la ville; au bout de quelques jours, la forteresse lui fut livrée par capitulation. Il fit mettre à mort son autre oncle, Émir- Khân, qui était resté dans la ville, et y régna comme un souverain indépendant.

Les poètes contemporains ont fait sur lui les vers persans qui suivent :

1. L'une des (jualre grandes tribus kurdes. Cf. Cliannoy, Chéref-ndmch, t. I, p. 351.

2. Ou Dcchti-Mialii, a Ircnteélapc? de Bagdad. Cf. Cliarnioy, Vhôrcf-ndmeh, t. I, |i. :i,s7.

Un envoyé est venu de Bagdad, un homme intelligent et noble, — Disant : « Le destin a préparé les voies de la violence; il a ouvert, pour les bons et pour les méchants, la porte des discordes.

« Le ciel a pris une toutautrc tournure; le monde a adopté une nouvelle forme. Dhou'l-Faqàr s'occupe d'y régner; mais il n'a fait qu'y ouvrir la porte de la discorde et des luttes ». (Mètre motaqdrih.)

Cet homme était brave et ijéiiéreux ; aussi la plupart des habitants lui obéirent sans murmurer; il devint le maître absolu de toute la contrée. Il fit prononcer la khotba (prône du vendredi) et battre monnaie au nom du sultan ottoman Suléïmàn I"; il lui envoya aussi des ambassadeurs pour faire acte de vassalité'.

Cependant Châh-Tahmùsp avait appris avec chagrin la nouvelle de la perle de Bagdad et les tentatives de Dhou "1- Faqâr pour chercher un appui auprès du puissant souverain de Constantinople. Il réunit une armée et se mit à sa tête, en juillet 936 (1530), pour réduire le chef kurde et faire rentrer dans l'obéissance la cité révoltée. Dhou '1-Faqâr résista courageusement; il fit plusieurs sorties pour dégager les alentours de la place; mais à la fin ses frères 'Ali-Beg et Ahmed-Beg, séduits par les promesses de Châh-Tahmàsp, complotèrent sa mort de connivence avec dix-sept autres conjurés. Un jour, profitant de ce que Dhou '1-Faqâr se reposait dans sa maison, 'Ali-Beg et les conjurés l'assaillirent à l'improviste et lui fendirent la peau du ventre d'un coup de sabre ; malgré cette effroyable blessure, le vaillant Kurde saisit son meurtrier par le collet et allait se venger, quand son autre frère Ahmed- Beg, survenant sur ces entrefaites, lui coupa la tête.

Cette trahison causa la plus grande joie à Châh-ïahmâsp ; il accorda leur pardon à tous les émirs de Bagdad, gratifia Ahmed-Beg et 'Ali-Beg de toutes sortes de bienfaits, et donna l'investiture du gouvernement de cette ville à Mohammed- Khàn, fils de Chéref ud-din, originaire do la province du

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