‹ Histoire de Bagdad dans les temps modernesChapitre 51 sur 93 · GOUVERNEMENT DU VIZIR IBRAHIM- PACHA · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT DU VIZIR IBRAHIM- PACHA

C'était un homme au beau visage, jeune, qui, à cause de sa jeunesse, avait un certain penchant pour Torgueil et la vanité ; il ignorait les conséquences des affaires ainsi que la manière de traiter l'armée et les sujets. Cette période fut marquée par des troubles. Il s'était montré l'ennemi du corps d'armée de Bagdad; ces troupes conçurent l'idée de le tromj)or et do le perdre. On allait en venir aux mains, lorsque, prétend-on, le bruit courut parmi le peuple que le protecteur d'Ibrahîm-

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Pacha, le grand-vizir Çâlih-Pacha, venait de mourir. Quand ce bruit parvint aux oreilles du gouverneur, il s'imagina que c'était une calomnie et une ruse de certains de ses ennemis, dans l'idée que le gouvernement ottoman serait tenté de lui nuire, et rempli comme il l'était de pensées vaines et inutiles, il fit inviter dans un lieu secret les orateurs qui menaient le corps d'armée de Bagdad^ et s'élant entendu avec eux, se crut à l'abri de toute entreprise et se reposa sur le coussin de l'indolence. Tout à coup, parut le nmtésellhn (agent financier) de Moùsa-Pacha, qui lui apprit la vérité.

Certains individus du corps d'armée refusèrent d'admettre les allégations du nouvel agent; ils s'opposèrent aux mesures qu'il voulait prendre et tentèrent de le renvoyer par où il était venu, en lui disant : « Il n'y a rien qui nécessite la destitution de notre gouverneur; nous nous adresserons à la Porte et la prierons de le maintenir. » D'autres hommes expérimentés appartenant aux janissaires de la maison impériale en garnison à Bagdad, persuadés qu'il fallait étouffer l'étincelle prévue, avant que l'incendie éclatât, réunirent les divers partis dans le Méïdân et la citadelle intérieure et prièrent le pacha, qui ne savait rien de ces arrangements, de venir à leur réunion. Celui-ci délégua quelqu'un de sa part; mais ils l'invitèrent de nouveau à venir en personne, et cet homme au cœur simple, insouciant des ruses de ses ennemis, se rendit à la citadelle intérieure comme s'il ne savait rien de l'affaire du mutésellim. Immédiatement les janissaires l'entourèrent à la façon d'un halo, l'empêchèrent de bouger et firent de lui leur prisonnier par cette ruse étrange. Ils ramenèrent le mutésellim, le maintinrent au gouvernement et avisèrent la Porte, De l'autre côté, les troupes locales de Bagdad, qui tenaient aussi une réunion, s'écrièrent : « Quel crime a commis le gouverneur pour mériter un traitement aussi vil? » Ils se soulevèrent contre les janissaires.

La lutte entre ces deux partis dura près de trois mois. Cela donna une base excellente aux accusations portées contre le

gouverneur, qui n'en pouvait mais, par les ennemis qu'il avait à la Porte et qui le craignaient. A l'arrivée du petit écuyer du sultan, envoyé en qualité de commissaire, l'ancien gouverneur fut mis à mort dans les environs du mausolée du Grand-Imam.

Sous son gouvernement il y eut fête pour célébrer la prise de Rélhymo en Crète par Iluséni-Pacha. Ibrahim avait occupé le siège du pouvoir pendant un an et deux mois et demi, du 16 cha'ban 1056(27 septembre 1646) au l*^"" zou '1-qa'dé 1037 (28 novembre 1647).

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