GOUVERNEMENT DU VIZIR MOUSA-PACUA
Ce gouverneur était connu sous le nom de Semyz (le gras); c'était un eunuque du sultan. Il était atteint d'une obésité extraordinaire, et ne pouvait ni se remuer ni marcher. Il obtint ce gouvernement, comme si cela avait du le guérir de sa difformité. Le caravanséraï de Bagdad fut le siège où il élutdomicile ; il se livra entièrement aux gens malintentionnés, refusa de suivre la voie du discernement et des informations, et au lieu du pardon, source de la vie, il s'abandonna à la colère et à la violence. Ayant entendu parler de ce que disaient certains brigands du corps local de Bagdad au sujet de l'affaire d'Ibrahim-Pacha que nous venons de raconter, il les blâma tous sans exception, les accusa d'actes irréguliers, les expulsa de la ville, puis les fit poursuivre par des troupes qui tombèrent sur les traînards, à qui l'on coupa la tête. Il fit également périr beaucoup de malheureux qui n'avaient pas trempé dans ces désordres et s'étaient cachés dans la ville et dans les environs. Des musulmans qui avaient abandonné leur pays et leurs amis entendirent, alors qu'ils étaient encore dans l'espoir de voir ces diflicullés prendre bonne tournure, parler de cette action sans pitié; heureux d'avoir la vie sauve, ils se rendirent en Perse où ils menèrent une vie misérable, et disparurent.
Pour prévenir d'autres désordres, on se résolut à augmenter la garnison de Bagdad. Le vizir Mohammed-Pacha, fils du Tchâouch, mirmiran de Diarbékir, Ahmed-Pacha, fils de Tayyâr, et Dja'fèr-Pacha recurent l'ordre de contribuer à la former avec les troupes de leur province. A cette même époque, Mohanimed-Qouli, ambassadeur du Chah de Perse, porteur de présents nombreux et suivi de deux éléphants, passa par celle ville pour se rendre à Constantinople.
Il y eut aussi, au même moment, des troubles dans la capitale et de l'agitation parmi le peuple. Plusieurs ulémas et hommes d'Etat influents, attribuant ces désordres au souverain, le déposèrent et le remplacèrent par son fils le sultan Mohammed, âgé de sept ans. Le sultan déposé allait s'enfuir pour se retirer dans la retraite et se cacher aux yeux du peuple lorsque, dit-on, les hommes d'État, troublés à la pensée qu'il pourrait, par le moyen de ses partisans, nuire au règne du nouveau souverain, le firent mettre à mort par la main du bourreau (1058 r= 1648).
Moûsa-Pacha, qui était revêtu du haut titre de \inwan-ibâb (proprement titre de la Porte) était considéré pour ainsi dire comme le commensal du sultan défunt. Mourâd-Pacha, qui se trouvait à Constantinople depuis sa destitution et monta alors au rang de grand-vizir, entretenait avec lui une vieille inimitié ; prenant pour prétexte les exactions éhontées qu'il avait commises à Bagdad, il le fit exécuter aux Sept-Tours, Son pouvoir avait duré un an, un mois et vingt-un jours, du 2 zou '1-qâdé 1057 (29 novembre 1647) au 21 zou '1-hidjjé 1058 (2 janvier 1649).
GOUVERNEMENT DU VIZIR MÈLÈK AHMED-PACUA
C'était un homme d'un caractère doux, angélique, afîablo; on le connaissait sous le nom de Mèlèk (ange). Il était gouverneur de Diarbékir lorsqu'il fut nommé à Bagdad. On dit que sous son gouvernement un pauvre diable, qui était obligé
pour vivre de faire le métier de manœuvre, fut écrasé un jour sous un mur qui s'écroula. Quand Ahmed-Pacha apprit cet accident, il fit apporter son corps dans son propre oratoire, en disant que celui qui est mort pour gagner sa vie est mort en martyr, et il prononça lui-même les prières funèbres.
En 1060 (IGoO), il fut nommé grand-vizir. Craignant que s'il faisait administrer en régie {émanètèn) les impôts des districts et des villages de la province de Bagdad, ce serait peu profitable à l'Etat, vu que les régisseurs n'agissent pas correctement, il envoya un firman pour que les revenus de tous les districts fussent concédés k iovî'A\\. [maqtoiVan)\ ils furent, en conséquence, soumis à une redevance fixe [mouqâtea). A partir de ce jour la tyrannie et Toppression régnèrent en maître sur les sujets infortunés, et comme si les officiers avaient reçu carte blanche pour les vexations, ceux-ci ouvrirent la porte de l'oppression et de l'injustice ; sans honte et sans vergogne, ils pillèrent les biens des pauvres. Pour produire l'argent dont la perception avait été concédée à forfait, le grand-vizir protégea les officiers et n'autorisa pas ceux qui avaient à se plaindre à en appeler à son équité ; ceux qui parlaient trop furent punis de coups violents ou emprisonnés pendant longtemps. Par l'application d'une règle aussi inadmissible, les habitants furent réduits à la misère et la province ruinée. En outre les gouverneurs de Bagdad trouvaient déjà leurs revenus trop abondants, puisqu'ils envoyaient chaque année à lacour impériale cent bourses d'argent ; comme Ahmed-Pacha était par lui-même abstinent et compatissant autant que possible, il faut attribuer sa conduite à sa simplicité, qui ne lui permit pas d'entrevoir les résultats fâcheux des mesures qu'il avait adoptées, ou tout au moins aux suggestions de certaines personnes intéressées; c'est la meilleure interprétation.
11 eutpour secrétaire de sa chancellerie GhannAï Mohammod- Efendi, bon jurisconsulte et habile dans la rédaction, et gouverna dix mois et vingt-huit jours, du 22 zou 'l-hidjjé 1058
(3 janvier 1649) au 20 zou '1-qa'dé 1059 (25 novembre de la même année).
GOUVERNEMENT DU ViZlK ARSLAN-PACHA
Celui-ci était un héros des combats; on l'appelait Noghâï- Zâdè. Il maintint d'une main ferme la tranquillité dans la province ; il contint les habitants des villes et les nomades des plaines. Il ne vécut pas longtemps; enlevé par des coliques, il fut enterré dans le voisinage du mausolée du Grand-Imam.
Sous son gouvernement, qui dura environ six mois, du 21 zou '1-qa'dé 1059 (26 novembre 1649) au milieu de 1060 (mai-juin 1650), il ne se passa rien d'important. Deux ou trois mois s'écoulèrent encore jusqu'à ce que la nouvelle de sa mort parvînt à la Porte et qu'on envoyât un nouveau mutésellim.