GOUVERNEMENT DU VIZ[R MOUÇTAFA-PACHA
C'était un vieillard plein de gravité, que l'on appelait le bossu. Il était agha des janissaires lorsque la faveur impériale vint le trouver et le fit arriver au poste de Bagdad. Du temps de la conquête de Mourâd IV, il avait passé quelque temps dans cette ville avec le grade de tchorbadji ou capitaine; ensuite il y avait obtenu celui d agha; enfin il y revenait pour la troisième fois avec le haut rang de vizir. 11 connaissait de longue date les gens de la ville et s'était habitué à eux; il s'occupa, dans les limites de ses moyens, de faire disparaître les désordres et de conserver le dépôt qui lui avait été confié; il sup-
prima d'un trait de plume les réclamations de ceux qui s'adressaient à lui pour obtenir vengeance ou le payement du prix du sang; il s'en remit à la prédestination et au terme fixé par Dieu pour ce qui concernait ceux qui étaient noyés, brûlés ou écrasés, c'est-à-dire qu'il se refusa à poursuivre les auteurs des faits, de sorte qu'en cette matière personne ne fut molesté par lui; en outre, il supprima l'impôt vexatoire et nouveau qui, sous le nom de qonaq-aqtchési (argent de relais) était un prétexe sous lequel s'abritaient les kiayas de la ville et des quartiers pour extorquer de l'argent au pauvre monde. Chaque mois il payait de sa poche à ses aghas la location des demeures où ils logaient, et il mérita la reconnaissance des pauvres.
Le l\ ramazan d073 (13 avril 1GG3), le grand-vizir Kieupruhi Ahmed-Pacha, nommé généralissime, partit pour aller défendre les chrétiens de la Transylvanie (Erdèl), protégés par la Turquie, contre l'empereur d'Allemagne. Le 20 sèfer 1074 (23 septembre 1663), il s'empara de la forteresse d'Ujwar (Neuhiiusel) et l'annexa aux Etats du Grand-Soigneur*. On en célébra des réjouissances à Bagdad.
Ce vizir était un vieillard éclairé et un bon minisire, mais il avait un faible pour les gâteaux de chènevis [bèrs) et l'opium. Parfois il se mettait en colère sans motif et se livrait sans honte à la violence; poussé par l'ivresse, il réprimandait ou menaçait terriblement la plupart de ses serviteurs. Ayant entendu parler de certains actes irréguliers attribués à son kiaya ou intendant, qui était chargé de la conduite de toutes ses allaires, il voulut le châtier; mais celui-ci, craignant pour sa vie, préféra renoncer à ses biens et à ses gains et prit la fuite.
Son gouvernement dura un an, dix mois et huit jours, du 10 rédjebl072 (1" mars 1062) au 27 djoumada 1 107i (27 décembre 1663).
\. La date exacte de cet événemont est le 24 scplcmliro. tlamnier, op. laud., t. XI, p. 145.
DANS LKb TEMPS MODERNES 109
GOUVERNEMENT DU VIZtR MOUÇTAFA-PACHA
Ce ministre, élevé dans le sérail, était org-ueilleux et d'un caractère juvénile; il était couuu sous le sobriquet de Pemhviig/i (coton). 11 vouait d'Erzeroum quand on le nomma à Bagdad. C'est pendant sou administration qu'un courrier vint apporter la nouvelle de la naissance du sultan Mouçtafa II, le 8 zou 'i-hidjjé 1074 (2 juillet 1664); on célébra, à celte occasion, des réjouissances qui durèrent sept jours et sept nuits. Ce vizir, trop jeune pour son emploi, se montra org-ueilleux et présomptueux; il flatta, par suite de son inexpérience, certains malfaiteurs et personnages médisants, se montra dur envers les indigènes, intéresse et rapace pour amasser de l'argent. Près de son palais particulier, il demeurait de pauvres gens pour lesquels il aurait fallu avoir des égards, à cause des relations courtoises que les voisins doivent entretenir les uns avec les autres; au contraire, il s'empara de leurs maisons en leur payant un prix plus que modique et les joignit à sa propriété. En outre, quoiqu'il n'ait pas commis d'acte plus honteux que celui que nous venons de rapporter, le bruit se répandit dans le peuple qu'il avait l'intention d'étendre la main, par n'importe quel moyen, sur certaines propriétés; il se vit l'objet de la malédiction de tout le monde. On prétend même que lorsqu'on parla, devant un des personnages menacés, des actes du pacha, celui-là répondit : « Il y a ici Mançoùr Ilallàdj, qui rejettera ce coton'. »
La durée de ce gouvernement de débauche et de plaisir ne fut pas longue; ce pacha mourut d'une maladie d'intestins et fut enterré dans le voisinage du mausolée d"Abd-el-Qâdir el-Gîlânî. Il n'avait exercé ses fonctions que pendant près de
1. Jeu de mots sur la signiticalion de Hàlladj « cardeur de coton » et de Pambough « coton», surnom du gouverneur. Huséïn ben Mancour Hallâdj est un célèbre saint do l'islamisme qui fut mis à mort près de la Porte de l'Arcade {Bdb et-Tnq), à tJagdad, le 5 zou '1-qa'dé 309 (7 mars 922). Cf. Pavet de Gourteille, Le Mémorial des Saints, p. 227.
six mois, du 28 djoumada I 1074 (28 décembre 1663) à la fin de zou '1-hidjjé de la même année (juillet 1664).
gouvernement du vizir qara mouçtafa-pacha ^^four la deuxieme
fois)
Ce Moiiçtafa-Pacha avait déjà été gouverneur de Bagdad de 1061 à 1063 (1651-1633) * ; il avait été ensuite chargé successivement des gouvernements de Diarbékir, d'Alep et d'Egypte; puis la mauvaise fortune et les manœuvres de ses ennemis suscitèrent contre lui lacolère du sultan : il fut destitué. Pendant qu'il s'en retournait à Conslantinople, il apprit que Abaza Hasan-Pacha avait été désigné par la Porte pour s'emparer de lui; il laissa donc, là où ils se trouvaient, ses riches trésors et ses bagages considérables et se rendit tout seul, sous un déguisement, à Conslantinople oii il se tint caché ; il échappa à toutes les recherches ; cela lui valut le sobriquet de Firârî « déserteur ».
Après s'être tenu coi pendant sept ou huit ans, il fut l'objet du pardon impérial et obtint le gouvernement de Van, puis la faveur du sultan l'éleva de nouveau au poste de Bagdad. Devenu ennemi du faste, il voulut, comme un derviche, ne plus porter de vêlements qu'en loile grossière, comme s'il était dégoûté de toute pompe terrestre. 11 fréquenta les indigènes avec condescendance, comme s'ils étaient de sa famille. De son temps l'ivrognerie se répandit; la sécurité fut complète, et il lit oublier aux citadins le temps des khalifes abbassides. Il lit célébrer les fêtes de la circoncision de sou lils Mohammed-Bey, qui était né lors de ses premières fonctions; ces fêtes durèrent une semaine, pendant laquelle il olfrit des festins à tout le monde, ilatla et cajola chacun suivant sou état. 11 se levait devant toute personne qui avait l'honneur de lui rendre visite et rendait chacun heureux des égards qu'il lui manifestait.
i. Voir ci-dessus, page «3.
Son second gouvernement dura en tout huit mois et vingtsix jours, du dernier jour de séfer 1075 (21 septembre 1664) au 26 zou '1-qa'dè de la même année (10 juin 1665).
GOUVERNEMENT DU VIZIR IBKAIUM-PACUA
Ce gouverneur s'était fait connaître, alors qu'il était chef des bostafidjis du Palais impérial, par sa loyauté; c'était un ministre respectable, qui avait su plaire aux petits et aux grands; on l'avait surnommé Ouzoun{\e long). Quand il fut nommé gouverneur de Bagdad, il arriva, par le jeu du hasard, que le vizir Uuséin-Pacha, alors gouverneur de Bassora, fut la cause, par suite d'une ancienne inimitié qui régnait entre lui et Mohammed-Pacha, gouverneur de Lahsâ, de la destitution de ce dernier par la Porte et de sa ruine ; de plus, cette province lui fut livrée, et s'étant procuré un ordre impérial par un moyen quelconque, il y envoya des troupes indisciplinées et des pillards arabes et persans. L'ancien pacha avait déjà quitté ce pays avec ses serviteurs et sa maison lorsqu'il se produisit, à la Porte, un revirement complet. Le sultan apprit que, dans les excès commis par la soldatesque envoyée en Arabie, plusieurs femmes musulmanes avait été violées par des étrangers ; il reprit cette province au pacha de Bassora et la rendit à son ancien maître, en lui envoyant des secours pour s'y réinstaller. En même temps il chargeait le vizir Ibrahîm-Pacha de châtier Huséïn-Pacha, en qualité de général ayant sous ses ordres un autre vizir, Ibrahim-Pacha, gouverneur de Diarbékir, Tluséïn-Agha, commandant militaire d'Alep, Gurdjî Ibrahîm-Pacha, gouverneur de Mossoul, Çàry Mohammed-Pacha, beylerbey de Raqqa, et le vizir Kèn'ân- Pacha, gouverneur de Ghèhri-zor, chargés de mener à bien cette mission, avec les troupes de leurs provinces.
Ce pacha, ayant établi son gouvernement à Bagdad, s'y arrêta quelque temps ainsi que les troupes qu'il commandait, puis il se mit en devoir d'attaquer l'ennemi. Cependant il
informa par écrit de sa mission Iluséïn-Pacha, au moyen d'un messager rapide, en lui représentant que pour remédier à celte affaire fâcheuse, se soumettre aux ordres de la Porte et demander son pardon, il fallait prodiguer l'or et l'argent; les conseils et les menaces étaient lépandus dans sa communication. Malgré ses elïorts pour éteindre l'incendie qui se pi-éparait, il n'aboutit à rien; il ne reçut qu'une réponse insolente et présomptueuse de la part de Huséïn-Pacha, qui envoya sa famille et ses enfants,, ainsi que tous ses trésors, sur la frontière de Perse, s'enferma avec ses partisans, ses serviteurs et ses troupes dans la forteresse de Qourna, et s'y prépara à la lutte. Le général en chef, de son côté, mit ses troupes en mouvement au milieu de djoumada 1 1076 (lin novembre 166o), et partit de Bagdad dans la direction do Bassora; mais trompé par les vains avis et les conseils sans valeur de certains individus qui prétendaient que son adversaire n'aurait pas l'audace de se déclarer ouvertement rebelle à la Porte, il méprisa son ennemi et commit beaucoup de fautes dans les préparatifs du siège. Il s'imaginait qu'un jour ou l'autre il allait voir apparaître les envoyés de Huséïn-Pacha chargés de solliciter son pardon, et c'est ainsi qu'il passait le temps. Cependant son armée arriva au relais de Roumàhiyya; eu cet endroit, voyant que son idée lixe ne se réalisait pas et que Iluséïn-Pacha ne manifestait aucune intention, il écrivit à celui-ci une nouvelle lettre pleine de bons conseils, lui représentant que son orgueil et sa hauteur seraient probablement la cause de sa ruine. Cette lettre fut portée par un messager spécial. Néanmoins ses bonnes intentions ne suffirent pas pour éteindre le feu de la rébellion; et comme on ne lui répondit que : « Advienne que pourra », le généralissime se décida a continuer sa marche avec ses troupes et ce qu'il lui fut possible de réunir en fait d'armes de combat. Il entra sur le territoire de Bassora, et vint camper dans la localité de Mançoùriyya', où une foule
1. Hourgadc à 40 kilomètres environ de Qourna, sur la rive gauche de l'Euphrate. Cf. Itousseau, p. 58; ISiebuhr, II, p. 'J03.
de séïmens et de Bédouins armés de fusils, envoyés par ]|iiséïn- Pacha, engagèrent la lutte. Le combat dura quatre à cinq heures consécnlives et s'étendit depuis la prière de Vaçr (après-midi) jusqu'au milieu de la nuit. L'armée du serdfh' l'emporta et l'ennemi prit la fuite; un grand nombre de gens furent tués. Après ce combat, le général vint camper dans les cantons du Djézàïr, construisit un grand pont près de Mançoùriyya, au moyen de nombreuses barques, et s'apprêta à tenter le passage, ce qu'il réussit parfaitement. C'est dans la direction de Qourna qu'il passa le Chatt-el-'Arab; cette place, comme nous avons déjà eu l'occasion de le faire observer, est la clef de la province de Bassora ; elle est très forte, et servait de demeure et de refuge au gouverneur de cette province.
Le vizir Ibrahîm-Pacha investit rapidement celle forteresse; mais comme les moyens dont il pouvait disposer pour en faire le siège étaient peu nombreux, l'attaque en fut suspendue jusqu'à l'arrivée du parc de siège [djhbè-klwnè) de Bagdad; l'ardeur des combattants se refroidit, et le parti de l'ennemi reprit une nouvelle vigueur. L'arrivée rapide du parc d'artillerie renouvela la lutte ; on éleva des batteries, on dressa des pièces de siège, et l'on commença les opérations.
Du côté opposé Iluséïn-Pacha avait envoyé son fils aux Persans, s'était allié avec ceux-ci et avait rassemblé un parti de fusiliers ; en outre, sa résistance s'appuyait sur les deux ou trois mille soldats turcs [roimii] qu'il avait avec lui et sur environ cinq mille fusiliers du Djézàïr. Il fit mouiller dans le port de Qourna les navires de commerce tout chargés qui se trouvaient à Bassora, et s'empara des marchandises qui appartenaient à des particuliers, en renvoyant d'une façon méprisante les équipages de ces vaisseaux. Ceux-ci s'en retournèrent à Bassora; ayant trouvé la province privée de son gouverneur et craignant la naissance de troubles, ils écrivirent une lettre au généralissime, sur le conseil des chéïkhs de la ville, et lui demandèrent d'envoyer un pacha ou un ?nutéscllim (agent financier) pour administrer cette province et
la conserver au sullau. Un ordre du général en chef désigna comme mutésellim un personnage nommé Solaq Huséin (Huséïn le gaucher) ; des lettres pleines de condescendance el de propositions flatteuses furent envoyées, et les négociants s'entendirent avec les chéïkhsles plus connus pour le grand nombre de leurs disciples et de leurs suivants, et conclurent un pacte avec eux. Ces individus^ sans se douter que ce n'était pas leur affaire,, se formèrent en parti et, se sentant devenir forts, se saisirent de l'administration de la province et se mirent en devoir de la défendre ; ils se montrèrent les adversaires de Iluséïn-Paclia.
Un ancien client du gouverneur de Bassora, nommé Boudaq-Zâdè, qui se trouvait dans la ville, lui fit connaître par lettre la situation de la province et lui promit de faire tous ses efforts pour supprimer l'opposition, si on lui envoyait quelques renforts et si on lui en cédait le gouvernement. Uuséin-Pacha lui répondit par des promesses et des flatteries, lui donna le conseil de détruire les révoltés et lui fit savoir qu'il envoyait à son secours un parti de Bédouins fusiliers. Cet individu, sans attendre l'arrivée des Bédouins désignés, entreprit d'attaquer, avec un petit nombre de partisans dénués de courage, le lieu oii se réunissaient les négociants et les chéïkhs ; on se battit pendant une ou deux heures; finalement les négociants et les chéïkhs restèrent victorieux ; Boudaq-Zâdèet ses partisans furent tués, et les rues deBassora teintes de leur sang. Ceux qui appartenaient au parti victorieux sortirent sur la place du combat, et chacun put savourer le plaisir de la victoire ; mais comme ils n'avaient pas songé à fermer les entrées de la province, les Bédouins envoyés au secours de Boudaq-Zàdè se montrèrent par troupes du côté du ChaH el-'Arab et entrèrent à Bassora en battant des timbales et en jouant de la flûte [mt'zmar).
L'entrée en scène des Arabes nomades remplit d'effroi les cheikhs et les négociants qui se dispersèrent; les assaillants attaquèrent tout d'abord les maisons des chéïkhs de la famille
DANS LES TEMPS MODERNES llo
d"Abd es-Sélâm, les pillèrent et les dévastèrent ; en ce jour, plusieurs religieux connus appartenant à cette famille, entre autres les cliéïkhs nommés Kè(l et Sora, ainsi que plusieurs nég-ocianls vieillis dans les voyages, furent mis à mort par ces bandits. Enfin les gens de la province, bien malgré eux, se soumirent de nouveau à Iluséïn-Pacha, et ceux qui étaient suspects se cachèrent. Les religieux musulmans qui avaient échappé ù ces désordres se réfugièrent au camp du généralissime ottoman et le remplirent de cris et de douleur en racontant ce qui s'était passé.
Sur ces entrefaites, l'émir 'Ali Ghédîd, un des chefs de la tribu des Mawùlis, partit de Bagdad avec trois cents Bédouins environ, armés de lances, pour rejoindre l'armée du généralissime et lui amener des renforts; il se mit en marche pour liassora, mais, quand il fut arrivé à l'endroit appelé Koùt- Mo'ammar*,lc chéïkh des Montéfiks, des Bédouins de Bassora, qui suivait le parti de Huséïn-Pacha, se porta à sa rencontre, et repoussa les Mawâlis à coups de lance, avec un certain nombre de cavaliers à l'étrierde bois et de fusiliers sans force ; et les Mawâlis, peu désireux de promener leur défaite honteuse sur les tapis du généralissime, n'essayèrent pas de le rejoindre et s'en retournèrent par où ils étaient venus.
La forteresse de Qourna, par l'accumulation des batteries, des barricades et des fossés qui y avaient été construits, semblait une montagne formidable qui crachait le feu de tous côtés; malgré les efforts des assiégeants, elle résista à toutes les attaques. On envoya derechef de Bagdad le corps de janissaires de la capitale ainsi que celui de Bagdad même, on y joignit des djébédjis et descanonniers, en tout cinq à six cents hommes. Les janissaires de la capitale reçurent l'ordre de former la garnison de la localité de Mançoûriyya, les autres furent employés au siège et aux combats. Bref, malgré tous
les efforts, la victoire se montra rétive et l'investissement se
1. Voyez, sur celle localité, McLuhr, op. cil., l. JI, p. 203.
proIong-ea.'De jour en jour le parti de l'ennemi se renforçait et prenait l'avantage ; les Bédouins apporUiienl des grains et de la paille, et pillaient les gens du camp ottoman envoyés en fourrageurs ; les environs immédiats du camp n'étaient plus sûrs, la cherté et la disette y régnèrent, les chances de victoire disparurent, et tout espoir s'éloigna.
Dans ces conjonctures, le vizir Ibrahim-Pacha, gouverneur de Diarbékir, entreprit un commerce de lettres avec Huséïu- Pacha et tenta d'amener un accommodement. On tomba d'accord sur les points suivants : que le gouverneur de Bassora, comme précédemment, payerait à la Porte cinq cents bourses à titre d'argent de service [naqdiyijè-ï khidmèf); que dorénavant il enverrait au Palais impérial, chaque année, l'expression de sa loyauté accompagnée de deux cents bourses ; qu'il rembourserait aux propriétaires la valeur des marchandises saisies à bord des navires marchands ; que, moyennant ces conditions, son fils Afrâsiyâb serait nommé au gouvernement de la province de Bassora; qu'àsa volonté, il metlraitMohammed-Pacha, gouverneur de Lahsâ, en possession de cette province ;que lekiayadece pacha, Yahyâ-Agha, irait livrer à la Porte les biens avoués et reconnus ; et qu'il enverrait des messagers de sapart au généralissime, présenterait des excuses pour ses fautes et promettrait de marcher dans la voie de l'obéissance et de la soumission. Le généralissime, voyant que tout le monde approuvait les négociations d'Ibrahim-Pacha et les résolutions arrêtées de concert entre lui et ce rebelle, s'y résigna ; il accorda les demandes du gouverneur de Bassora, et fit disparaître, par cette sage conduite, toute cause de conflit. Ensuite il envoya Mohammed-Pacha ù Lahsâ avec des navires et deux cents soldats, à la condition que ceux-ci seraient considérés comme volontaires de Bagdad, puis il revint en hâte dans le chef-lieu de sa province avec les bateaux du parc d'artillerie et les navires marchands. Dès son retour, il fit savoir en haut lieu ce qui s'était passé, et les services rendus à cette occasion furent approuvés par le sultan. On
accepta alors comme soldais réguliers les équipages (téwâïf) enrôlés récemment '.
C'est en celte môme année que les danses des derviches tourneurs furent interdites par la Porte, à l'instigation de Mohammed-Efendi, prédicateur de Van.
Le gouvernement du vizir Ibrahîm-Pacha dura un an, dix moisel sept jours, du 27 zou '1-qa'dé 1075(11 juin 1665) au 43 chèwwal 1077 (8 avril 1667).
r.OUVERNEMENT DU VIZIR QARA MOLT.TAFA-PACHA (fOL'R LA TROISIÈME fois)
Mouçtafa-Paclia, surnommé le Noir {gara), avait déjà été chargé à deux reprises du gouvernement de Bagdad *.
Comme nous venons de l'expliquer, les protestations de soumission, les présents et les excuses de Huséïn-Pacha, gouverneur de Bassora, furent agréés par le sultan; ses fautes lui furent pardonnées et, sur sa demande, son fils Afrâsiyâb lui succéda dans sa province. Ce gouverneur possédait de riches trésors amassés par son père et son grand'père, et c'est d'eux qu'il avait hérité cette province; il était généreux et ressemblait en quelque sorte aux satrapes arsacides [miiloûk-i tévoaïf). Mais la présomption et l'orgueil voilèrent son intelligence; il alluma d'abord dans le Lahsâ le brandon de la discorde et des troubles ; enfin son différend avec Ibrahîm-Pacha, comme nous l'avons dit, prépara les causes de sa chute. Forcés d'émigrer par suite de sa tyrannie impitoyable à l'égard des chéïkhs, des meurtres et des pillages qu'il avait autorisés, une foule considérable de ces chéïkhs et d'autres habitants de la ville se rendirent à Constantinople pour y porter plainte en versant d'abondantes larmes et en déchirant leurs habits. Le sultan était juste ; il se mit en co-