CHAPITRE VIII
Suite des gouverneurs généraux jusqu'à Suléïman-Pacha, fondateur du (j^ouverncnient des mamiouks de Itagdad.
Le successeur de Qaplân Mouçtafa-Pacha fut 'Omar-Pacha, ancien gouverneur d'Ég-ypte, de Diarbékir et d'Erzeroum ; sous son g-ouvernement, de nouveaux janissaires qui avaient été envoyés pour remplacer les anciens se mutinèrent vers le milieu de l'année 1089 (1678), mirent à mort leur agha qui s'était caché et qui fut remplacé, au bout de quatre jours, par l'un des plus anciens tchorbadjis (capitaines), ce qui apaisa la sédition. Cette même année fut marquée par une expédition heureuse contre les Béni-Lâm, dans les environs deHowéïza. 'Omar-Pacha fit faire des réparations au mausolée du Grand- Imam, et l'entoura d'un jardin; il fit aussi reconstruire la coupole et le portique de celui de l'imâm Aboù-Yoùsouf, auquel il dédia de nouvelles fondations pieuses. Il bâtit une école dans les environs de la mosquée Qamèriyyè, et y nomma des professeurs; il fit achever la digue d'A'zhamiyyè, à l'extrémité de laquelle il éleva une mosquée. Le caravansérail d'Azâd-Khân, situé à l'occident de la ville, ruiné depuis longtemps et qui servait de repaire aux voleurs, fut relevé par lui et muni d'une garnison qui rétablit la sécurité dans les environs.
Après 'Omar-Pacha, qui était resté au pouvoir trois ans et neuf mois, le vizir Ibrahîm-Pacha, ancien agha des janissaires, puis gouverneur d'Erzeroum. fut envoyé à Bagdad (1092 = 1681). C'est lui qui introduisit dans la province l'emploi du calendrier gréco-syrien pour la comptabilité des redevances fixes. En cette mAme année 'Abd-ul-'Azîz-Khân, souverain de la Transoxiane, se rendant en pèlerinage à la Mecque,
\',i^ HISTOIRE DE BAGDAD
passa par la ville. Ce gouverneur réussit à maintenir dans l'ordre les nouveaux janissaires toujours prêts à se soulever; il mérita la reconnaissance des habitants on refrénant les excès des yasaktchis (agents de police) et en faisant établir une balustrade sur le pont de bateaux. Il construisit, sur le bord du Tigre, la mosquée de Tchélébi-Sultân Séyyid-'Alî. Il fut destitué au bout de trois ans et cinq mois, le 4^'chèwwàl 1093 (li septembre 1684) et remplacé par son prédécesseur 'Omar- Pacha.
Pendant la seconde mission de celui-ci^ son kiaya Ahmed- Ao'ha fit élever une coupole à l'occident de la mosquée de Tchélébi Hasan-Pacha, sur la rive du Tigre. Trois ans et vingt-sept jours s'écoulèrent jusqu'à ce qu'il fut relevé de son poste à la fin de Tannée 1098 (1687). Le vizir Ahmed- Pacha, surnommé Ketkhodâ ou l'intendant, lui ayant succédé, fit reconstruire les tours des remparts connues sous les noms de Tc/idonch-Qoullèsi et de Çàboûndji-Qoullèsi, et élever une nouvelle mosquée près du tombeau du chéïkh Mohammed Fâzil. Au bout d'un an et onze jours, 'Omar-Pacha fut encore une fois choisi comme gouverneur (1099 = 1688) ; il ut achever le caravansérail qui s'élève dans la plaine entre Bagdad et le village de Bèhroùz; son intendant Ahmed-Agha agrandit la mosquée du chéïkh Ma'roûf, devenue trop petite. Une sédition provoquée par la crainte de la disette fut marquée par l'assassinat, sous le prétexte d'accaparement, de l'uléma Ghorâb-Zâdè Mahmoùd-Efendi.
En 1100 (1689), Ilasan-Pacha fut investi du gouvernement; c'était un homme modeste et rempli de mansuétude; élevé dans le sérail, intendant de la Sultane-Validé, puis gouverneur d'Egypte, où il ne resta que trois ou qualre mois, il fut envoyé à Chio oii il se lia d'amitié avec Kieuprulu Mouçlafa- Paclia, qui lui concéda la province de Bagdad lorsqu'il fut lui-même nommé grand-vizir. La disette qui régnait depuis un an remplit la ville de mendiants arabes et kurdes qui venaient implorer un morceau de pain. Malgré la cliarité des
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riches habitants, nombre de ces pauvres gens, sans abri et affaiblis par les maladies, ne tardèrent pas à périr. La peste fit également son apparition et anéantit dans la ville seule, en trois mois, plus do cent mille personnes. A la fin de cette même année, les émirs kurdes Mîr-Suléïmân et Mîr-Ilasan, relevant de la province de Chèhri-zor, s'élant distingués par leurs exactions, le gouverneur de Kerkoùk, DilAwèr-Pacha, essaya de les faire rentrer dans le devoir; mais il fut tué en combattant et les habitants s'adressèrent au gouverneur de Bagdad qui nomma un mutésellim pour diriger les affaires de la province. A la suite de la pénurie du trésor, provoquée par les troubles et les révoltes qui se produisirent dans la province de Bassora et s'étendirent à celle de Bagdad, ITasan- Pacha fut rappelé sur sa demande le 17 zou '1-hidjdjé 1102 (H septembre 1691) et remplacé par le vizir Ahmed-Pacha, connu sous le sobriquet de Bâzirgân (le marchand), qui était atteint d'une maladie chronique et ne tarda pas à en mourir le 2 chèwvvâl 1103 (17 juin 1692). Les ulémas et les notables de la ville firent sortir de la citadelle l'ancien gouverneur Ilasan-Pacha qui y était enfermé à raison de certaines réclamations du fisc; la Porte renonça à poursuivre ces réclamations, mais en même temps elle accorda le gouvernement de la province à Ahmed-Pacha, l'ancien ketkhodâ ou intendant d"Omar-Pacha, tandis qu'elle lui conférait le grade de vizir; il mourut d'une maladie inconnue le ^ djoumâda I HOo (2 janvier 1694).
Hâdji Ahmed-Pacha vit croître les efforts des Montéfiks, qui déjà, sous leur chef Màni', avaient battu à plusieurs reprises les troupes envoyées contre eux, et qui s'emparèrent d"Ardja, de Samâwât, de Roumâhiyya et des cantons du Djéwâzir. 'Alî-Pacha lui succéda en 1107 (169o-96).
Pendant que les Cosaques inquiétaient la frontière de l'empire sur le Dnieper, les Arabes infestaient les bords de l'Euphrate aux environs de Bassora. Le sultan Mouçtafa II fit construire dix navires destinés à proléger la navigation de
ce fleuve ; en outre, le gouverneur de Raqqa^ Huséïn-Pacha, reçut l'ordre de marcher contre ces Arabes avec une armée renforcée de Bédouins tributaires, deTiircomans et de Kurdes, et enfin des troupes du gouverneur de Bagdad. Quinze mille aspres furent allouées au premier et trente mille au second, afin qu'ils pussent satisfaire aux dépenses de cette expédition. Iluséïn-Pacha étant venu à mourir, on désigna pour lui succéder le silihdnr de Raqqa, Ahmed. Le défaut d'approvisionnements provenant de la disette força les troupes à se débander; l'expédition projetée ne put avoir lieu.
Néanmoins 'Ali-Pacha réussit à contenir les Arabes Chammar, dont une fraction, d'environ trois cents hommes, se livrait à des brigandages sur le Nahr-'Isa. Pendant qu'il chargeait Hiiséïn 'Abbâs, chef des Mawàlis, de châtier les Arabes du désert de Syrie, il se mit lui-même à la tête d'une expédition contre la tribu de Zobéïd qui commettait des désordres dans la région du Dodjéïl et la battit, ainsi que celle des Béni- Lâm.
En 1408 (1090-97), il y ont des troubles sérieux dans T'IrAq. Le chéïkh Màni' s'était soulevé dans la province do Howéïza et avait bravé les gouverneurs de Bagdad et de Bassora. A la suite de la défaite de son frère Dja'fèr, les émirs et les chéïkhs de cette dernière ville envoyèrent une députation à Hasan-Pacha, que la Porte venait de nommer gouverneur, et qui était resté à Bagdad, pour l'engager à venir prendre possession de son gouvernement. Le vizir 'Ali-Pacha, alors gouverneur de l'ancienne capitale des khalifes, envoya Derwîch, agha des janissaires, pour s'assurer de leurs véritables intentions ; les habitants, pour dissiper tout doute, offrirent de lui remettre la forteresse de Qourna, clef de la province. Quand cette nouvelle parvint à Bagdad, Ilasan- Pacha enrôla trois cents soldats, se mit à leur tète et marcha sur Qourna, qui lui fut remise par le chéïkh arabe Ibn-Çàbih. Alors les habitants de Bassora le pressèrent de gagner leur ville <'t de l'occiipor avpc un corps de mille hommes ; mais il
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ne put profiler de cette occasion, soit qu'il n'eût plus de fonds pour lever celle troupe, soit que 'Ali-Pacha ne voulût pas l'y aider.
Peu de jours après, on vit arriver un messager du gouverneur persan de Howéïza qui demanda la permission d'occuper Bassora pour lui-même, autorisation qui paraît lui avoir été donnée par écrit, au nom d'Ali-Pacha, par le beylerbey de la ville. Ce fonctionnaire persan réunit des forces imposantes, marcha sur Bassora, occupa la ville et même la forteresse de Qourna, du môme coup, et en chassa définilivemeutles Arabes du cliéïkh Muni'. Cotte conquête ne resta pas aux mains des Persans : le chah ITuséïti, qui venait de monter sur le trône, fit, comme un gage des intentions pacifiques de la Perse, remettre à Moiiçtafa II les clefs de ces places fortes par son ambassadeur Rustèm-Khân *.
EnH10(l698), Isma'il-Pacha, ancien gouverneur d'Egypte, fut nommé à Bagdad. C'était un homme libéral, mais irascible, qui avaitsoulevé contre lui, par ce défaut, ses administrés. Il avait auparavant occupé successivement les fonctions d'agha des janissaires, de gouverneur de Roumélie, et de qaîm-méqâm ou lieutenant du grand-vizir. Moins de deux ans après, il fut destitué par le grand-vizir Iluséïn Kieuprulu, à la suite du pillage de Kerbélâ par les troupes débandées et des plaintes des Persans et appelé au gouvernement de Van, qu'il refusa parce qu'il croyait sa tête menacée ; il s'enfuit en Perse. En 1112 (1700), l'ambassadeur Mohammed-Pacha fut envoyé dans ce dernier pays pour faire part au Chah deL a conclusion du traité de paix de Carlowicz, et il est probable, dit Hammer*, qu'il était également chargé de lettres confidentielles relatives au transfuge. Quoi qu'il en soit, Isma'îl- Pacha mourut l'année suivante.
A quatre lieues à l'est de la ville de Roumàhiyya sur l'Eu-