‹ Histoire de Bagdad dans les temps modernesChapitre 74 sur 93 · Wàçif, l. I, p · texte numérisé non relu

Wàçif, l. I, p

2. D'Ohsson, Tableau de l'Empire othoman, l. IV, p. 191 ; [RousseauJ, Description du pachalik de Baglidad, p. 25.

approvisionnements nécessités par la campagne de Perse, soit pour les rations des ambassadeurs se rendant de Constanlinople en Perse ou vice versa, qui avaient été forcés, par la mort de Nâdir-Châh, de prolonger leur séjour à Bagdad', et se servant habilement d'un argument tiré de l'impuissance du gouverneur de Bassora à résister aux incursions des Alontéfiks et des Ka'b'y il demanda qu'on lui confiât celte dernière province, à la condition de payer entièrement de sa propre bourse les sommes réclamées et de délivrer les régions infestées de l'oppression des Bédouins, en châtiant vertement ceux-ci. Il fit également appuyer sa demande par une pétition signée par les réclamants.

Accédant à sa demande, le gouvernement ottoman le décora du titre de vizir et lui confia la province de Bassora; lui, de son côté, tint également ses engagements, satisfit les créanciers d'Ahmed-Pacha et châtia les rebelles. Cette conduite lui créa une véritable popularité parmi les habitants de Bagdad, qni conçurent une grande affection pour lui pendant le séjour qu'il y fit pour régler les créances des particuliers. Cela déplut à Mohammed-Pacha Téryâqî, qui conçut également de son côté l'espoir de réunir sous son pouvoir les deux provinces de Bagdad et de Bassora, qui l'avaient déjà été plus d'une fois. Les succès obtenus par Suléïmân dans la répression des tribus révoltées contribua à entretenir la jalousie du gouverneur de Bagdad, qui, voyant croître de jour en jour la gloire et la puissance de son concurrent, prévint la Porte que celui-ci désirait s'emparer de Bagdad et réunissait les moyens d'y parvenir. Le

1. Il s'agit ici de Kèsriyèli-Alimed, qui avait été envoyé en Perse antérieurement à sa nomination comme gouverneur. Cf. Hammer, op. laud., t. XV, p. 119, 148 et 166.

2. ,^prononc»? tchiab par les Bédouins : « Horde d'Arabes pillards qui désolent le pays de Hawiza par leurs brigandages continuels, et infestent le golfe Persique par leurs pirateries. » Mélanges d'histoire et de littérature orientales, par M*** [Rousseau], Paris, Eymery, 1817, p. 2, note 3. Sur le chéïkli Suléïmân, qui commandait cette tribu et s'empara en 1765 de plusieurs navires anglais, voir les intéressants détails donnés par Niebulir, Description de l'Arabie, p. 276.

gouvernement ottoman, pour prévenir tout trouble, nomma généralissime le vizir Mohammed-Pacha, gouverneurde Siwâs, et chargea le vizir Ibrâhim-Pacha, gouverneur de Mar'ach, des fonctions de commandant de la forteresse de Bagdad, en lui adjoignant un certain nombre de vizirs et d'émirs. Le généralissime eut pour instructions de se rendre en toute hâte à son poste et de tenter de ramener dans la bonne voie, par de justes conseils, Suléïmân-Pacha, avec ordre de recourir aux armes dans le cas oii celui-ci refuserait de les écouter, de le châtier et de le déposer.

Quand Suléïmân-Pacha connut le contenu des demandes formulées par le gouverneur de Bagdad, il s'empressa de se disculper en proclamant hautement sa sincérilé et sa loyauté, et en mettant sous les yeux de tous des preuves condamnant Mohammed-Pacha. La Porte, trouvant la question obscure, désigna le second écuyer du palais, Mouçtafa-Bey *, pour procéder à une enquête, et celui-ci, sans se laisser prendre aux apparences, démentit dans son rapport^ les avis de l.ladjî Mohammed-Pacha et confirma les dires de Suléïmân.

Quant à Mohammed-Pacha, inquiet du résultat de Tenquête menée par Mouçtafa-Bey, il n'attendit pas l'arrivée des troupes désignées pour le suivre et envoya immédiatement contre Suléïmân son kiaya et son trésorier avec des troupes tirées de sa province même. Suléïmân, de son côté, fit franchir aux siennes les limites de son gouvernement' et, après avoir

1. Kutchuk mîr-âlihor agha, dit le firman de Suléïmân-Pacha, rapporté en entier par Wâçif, t. I, p. 137.

2. C'est évidemment sur ce rapport que la chancellerie impériale rédigea le firman reproduit par Wâçif {ibid.), car il est dit dans celte pièce : « Ayant vu que les termes de tes dépêches et les paroles de mes gens de confiance étaient d'accord, et cela ayant plu à mon cœur sincère, j'ai été persuadé que tout ce qui avait été dit sur ton compte n'était que mensonges et inepties. »

3. Ainsi d'ailleurs qu'il en avait reçu l'ordre de la Porte. « Ton prédécesseur le vizir Mohammcii-Pacha », dit le firman d'investiture (Wâçif, ibid.], « ayant été, pour évilci' toute discorde, nommé gouverneur do la province de Itoumélie, un messager {muubdcki)') a été envoyé pour le faire sortir immédiatement de Ragdad, pour le conduire du côté de la lioumélie et pour lui faire vider la place avant ton arrivée. Dès la réception de

choisi comme kiaya 'Ali-Agha, sous-g-oiivcrnour de Ilaské*, l'envoya en avant jusqu'aux environs de Ililla où était campé le kiaya de Bagdad avec des troupes nombreuses. Ce dernier s'empara d"Ali-Agha et le fit conduire à Bagdad où il fut, dès son arrivée, jeté en prison'. Suléïmân, à cette nouvelle, partit lui-même en toute hâte pour Ililla, et après avoir acheté à prix d'argent les léwends, chargea avec toutes les forces dont il pouvait disposer; il tailla en pièces du premier coup les troupes du kiaya de Bagdad, et fit même prisonnier ce dernier, mais au lieu de le garder, il le renvoya à son maître avec beaucoup d'égards et en lui faisant rendre ce qui lui avait été pris. Puis il marcha dans la direction de Bagdad et vint camper à Touest de la ville, à deux milles et demi de distance, dans l'endroit où est situé le village de Kâzhimiyyé; il y cantonna ses troupes, fit connaître à la Porte ce qui s'était passé et attendit des ordres,

A la suite de ces événements, le gouvernement de Bagdad fut joint à celui de Bassora et confié à Suléïmân, tandis que Ilâdji Mohammed-Pacha était envoyé à Djedda. Suléïmân organisa une excellente administration et eut l'occasion de rendre beaucoup de services à son pays; mais cependant il fut la véritable cause de la formation d'un gouvernement de mamlouks, comme en Egypte.

En effet, Hasan-Pacha, le conquérant d'Hamadân, qui avait été élevé dans le Sérail, créa, à l'instar de l'administration intérieure du palais impérial, des chambrées analogues à celles des serviteurs particuliers {khâçç)y des magasiniers [khâzin) et des cellériers, y établit des écoles soumises à certains règlements, et acheta un certain nombre d'esclaves qu'il fit

mon auguste rescrit, lu partiras avec tous les gens de ton palais (littéralement : « de ta porte »), les léwends qui sont avec toi et la foule des milices {séiodd-i djamHyyèt), tu te rendras à Bagdad et tu t'empareras de cette place forte. »

à. Bourgade de la province de Bagdad, à la limite de celle de Bassora.

2. Ce même 'Ali-Pacha, un des affranchis d'Ahmed- Pacha, fut gouverneur de Bagdad après Suléïmàn-Pacha. Thâbit-Efendi, op. laud., p. 11.

élever avec soin en même temps que plusieurs fils de bonne famille [zâdègan). Après sa mort, son fils suivit son exemple ; leurs successeurs, il est vrai, ne s'occupèrent pas de ces détails; mais Suléïmân renouvela ces coutumes elles fit revivre; il fut imité par ses successeurs, de sorte que les règles établies par Ahmed continuèrent d'être observées jusqu'à la disparition du gouvernement des mamlouks.

Dans ces diverses chambrées, il y avait, d'une façon permanente, environ deux cents jeunes gens; ceux d'entre eux qui avaient atteint l'âge de puberté étaient répartis dans les écoles, puis passaient, en qualité d'aides ou apprentis [ijamaq), sous les ordres des gédiklis' pour compléter leur éducation. Ensuite on les faisait entrer dans le rang des itch-aghm ou aghas de l'intérieur*. Chaque école avait de nombreux précepteurs [lâlâ], professeurs [khodja) et maîtres [oîistu], qui leur apprenaient à la fois à lire, à écrire, à tirer à la cible, à monter à cheval et à manier les armes. De plus, pour leur enseigner la natation, on avait établi en face de leurs appartements des bains froids en planches'. Par ces moyens, ils étaient naturellement arrivés à dépasser leurs compagnons et à se distinguer d'eux, ainsi que les jeunes gens qui sortent des écoles; aptes à remplir la plupart des emplois publics, ils se montrèrent en outre d'un zèle excessif dû à leur camaraderie d'armes et d'école, en dehors de leur communauté d'origine, finirent par avoir le dessus de toutes parts et eurent en main Tautorité dans toutes les affaires.

i. Il est sans doute question des gédikli zd'îms, corps de troupes particulier pris parmi les possesseurs des fiefs militaires connus sous le nom de zVdmèt; on peut consulter d'Ohsson, Tableau de l'Empire othoman, t. VII, p. 377.

2. Ce qui est la même chose que iich-oghlan ou page, mot passé en français sous la forme icorjlan. Cf. d'Ohsson, op. hiwl., t. VII, p. 17; Marcel Devic, Dictionnaire étipnologique, s. h. \°. Comparez Nicbtihr, op. laud., t. H, p. 264.

3. (rétai<Mil des conslruclions en planches analoE^ucs aux écoles de natation si connues de la Seine. Th;\hit-Efcndi, qui nous a conservé ce ddail, n'avait vu que celles de Constanlinoplc et se sert, pour les désigner, de l'expression « bains de mer » tf JlJ.^ j5j.

Suléïmâa- Pacha mourut h Bagdad en 1175 (1761), à l'âge de soixante-six ans'. On composa à cette occasion des élégies qu'on entendait souvent, du temps de Niebuhr, réciter dans les cafés et les rues de la ville. Ce qu'on lui reproche le plus, c'est d'avoir été sous la domination de son épouse, 'Adilé- Khâloùn, qui avait ses jours d'audience, oh les plaintes des particuliers lui étaient soumises par l'intermédiaire d'un de ses eunuques, et qui était ainsi fort au courant des affaires de la province*. Elle fit élever une mosquée et un caravausérail qui portent son nom.

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