‹ Histoire de Bagdad dans les temps modernesChapitre 76 sur 93 · Wâçif, t. I, p · texte numérisé non relu

Wâçif, t. I, p

l'on pensait, du temps de Nlcbuhr, qu"Adilé, la veuve de son prédécesseur, avait eu la plus grande pari à sa disgrâce. Cette femme altière ne pouvait se consoler de voir le pouvoir lui échapper, et elle réussit à soulever contre lui le corps des janissaires. Obligé d'abandonner la ville, 'Ali-Pacha y rentra bientôt avec l'aide des Bédouins et la complicité morale des grands personnages qui lui étaient attachés. Il eut à lutter contre les Kurdes, qu'il défît, et contre la tribu chiite des Khazâ'il, aux environs de Lemloùn, qui le battirent. Adilé-Khâtoùn, profitant de ce que 'Ali-Pacha était accusé de pactiser en secret avec les chiites, réussit à mettre dans son parti cinq des principaux mamlouks, qui soulevèrent la ville. Le gouverneur s'enfuit de nouveau, habillé en femme ; reconnu à l'une des portes de la ville, il fut arrêté sur-le-champ et exécuté *.

1, La version que nous a conservée Wâçif (t. I, p. 151) est légèrement difTérente et mérite d'être rapportée ici en détail. « 'Ali-Paclia qui, pendant qu'il était miitéiieUim de Rassora, avait été nommé gouverneur des deux provinces grâce à l'appui de l'ancien grand-vizir Râghih-l^acha, était entré à Bagdad; mais avant qu'une action quelconque, bonne ou mauvaise, eût pu être accomplie par lui, un certain nombre de gens de désordre qui avaient rempli les fonctions de kinija de feu Suléïmân excitèrent les passions des </amarys (élèves-janissaires) et l'intérêt personnel des notables de la ville. Une foule d'écervelés s'emparèrent de la citadelle intérieure et en expulsèrent 'Ali- Pacha, qui alla camper avec son armée sur l'autre rive du Tigre et s'occupa de mettre en œuvre des ruses subtiles. Il séduisit à prix d'argent la plupart des rebelles qui réclamaient sa mort, et en les mettant de son côté, fil taire les autres, qui demandèrent pardon de leur sotte conduite et le supplièrent de rentrer dans la ville. Quelques jours plus tard, le pacha fit de nouveau son entrée en grande pompe.

« Bien qu'il ne fût pas nécessaire de mettre une si grande hâte dans la répression, il s'occupa de faire mettre à mort, l'un après l'autre, ceux des yamaqs et des janissaires qui avaient trempé dans la révolte. Les kiai/as dont nous avons parlé l'apprirent, et craignant pour eux-mêmes, suscitèrent de nouveaux troubles. Ils se rassemblèrent et s'enga-rèrent, pour sauvegarder leurs biens et leur vie, à poursuivre la nomination d'un des leurs, 'Omar-Kiaya, à qui ils firent jurer sur sa foi qu'il ne commettrait pas de trahison semblable. Ils firent savoir au peuple leur complot, et séduisirent les notables en les efTrayant sur le projet d''Ali-Pacha à leur endroit. Immédiatement des cris de révolte s'élevèrent, la place qui est contiguë à la citadelle intérieure se remplit de monde; ou braqua des canons sur le serai, on barricada les rues et les chemins, et l'on se pré-

'Omar-Pacha, alors kinya, marié avec la fille cadette d'Ahmed-Pacha, sœur d''AdiI6-Kh;\loùn, fut choisi pour lui succéder et confirmé par la Porte dans l'été de 1764. Ce n'était pas un homme d'un génie extraordinaire, ni même un bon officier; mais il était populaire à cause de sa femme, fort douce et fort aimée, tout le contraire de sa sœur 'Adilé. La première année de son gouvernement, il fit une campagne heureuse contre la tribu de Khazâ'il et brûla Lemloùn, mais fut obligé néanmoins de conserver le même chef à la tête de cette tribu belliqueuse*.

La peste terrible qui survint en l'année 1186 (commençant le 4 avril 1772)* fut fatale au gouvernement local par la perte de troupes excellentes et d'agents expérimentés. Dès

para au combat. Quand 'Ali-Pacha se fut assure de la situation, n'ayant pas pu, malgré ses avis et ses conseils, les ramener à de meilleurs sentiments, et ses ennemis, de plus, ayant dispersé les gens de sa maison et l'empêchant de sortir de la ville pour en avoir fermé les portes et les chemius, il fut obligé de sortir déguisé du palais et de se réfugier dans une maison, où il se tint caché pendant quelques jours. Les habitants ne cessèrent pendant ce temps de poursuivre leurs recherches, et finalement ils firent une descente dans la maison où il se cachait, le prirent et l'enfermèrent dans la forteresse; puis ils osèrent le mettre à mort. Les fauteurs de cette révolte se rassemblèrent dans le lieu dit Bâr en-Nédwè, délibérèrent et décidèrent de rédiger une pétition falsifiée et menteuse dans laquelle ils prétendaient que le feu gouverneur avait entretenu des rapports avec les Persans, qu'on savait qu'il leur avait demandé conseil sur la manière de leur livrer la ville; que la négligence de la Porte, déjà avertie, était cause que les scènes de violence avaient été inévitables; et que, les choses en étant arrivées là, 'Omar-Kiaya, qui est un esprit droit et sincère et qui peut, à rencontre des gouverneurs venus du dehors, maintenir la ville dans l'obéissance, est digne, de l'avis de tout le monde, du rang de vizir. Les nécessités du temps obligèrent la Porte à délivrer au nom d"Omar-Iviaya les diplômes d'investiture des provinces de Bagdad et de Rassora, qu'on lui fit tenir par la poste.

'( 'Ali-Pacha était un homme d'État capable, intelligent, raisonnable, courageux à l'extrême, généreux et brave. Il était innocent du crime qui lui avait été imputé faussement, et s'il avait vécu, il aurait été, pour l'empire, un ministre à hautes vues et capable. »

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