‹ Histoire de Bagdad dans les temps modernesChapitre 77 sur 93 · Niebuhr, op. laud., t. II, p · texte numérisé non relu

Niebuhr, op. laud., t. II, p

2. On trouve une allusion à cette peste, qui semble passée sous silence par Wâçif, dans un rapport du baron de Thugut, plénipotentiaire autrichien au congrès de Fokchani, cité par Hammer, op. laud., t. XVI, p. 318, à la note.

que les Persans eurent connaissance de cet état de choses, ils firent, d'une part, marcher des troupes dans la direction de Bassora et de Chèhri-zor, en vue d'une démonstration offensive, tandis que d'autre part ils envoyaient à la Porte des dépêches contenant des plaintes contre 'Omar-Pacha.

Le gouvernement de Constantinophe fit demander des informations aux fils d'^Abd-ul-Djélil, alors gouverneurs des provinces de Chèhri-zor et de Mossoul; ceux-ci, qui avaient à se plaindre d"Omar-Pacha à cause de leurs relations de voisinage, s'empressèrent de démentir ses rapports et de confirmer les dires de la cour de Perse ; en cherchant à faire destituer le gouverneur de Bagdad, ils montraient bien clairement que le fond de leur pensée était de purger cette ville de la domination des mamlouks, alors à son berceau. 'Omar-Pacha se défendit avec toute la vigueur dont il était capable ; mais « comme un vieux lion dont les ongles sont tombés », il fut inopinément destitué et remplacé par Mouçtafa-Pacha Ispanaqdji. Il se hâta de se conformer aux ordres de la Porte et de remettre la province à son successeur; mais dès que cela fut accompli, Mouçtafa-Pacha, qui voulait s'emparer de ses biens, le fit injustement mettre à mort sous une imputation de rébellion.

Après la mort d"Omar-Pacha, qui avait fourni aux Persans l'occasion de se plaindre, ceux-ci se montrèrent de plus en plus menaçants et occupèrent même la ville de Bassora et un certain nombre d'autres localités de cette région. Quand ce fait parvint à la connaissance de la Porte, les ministres reconnurent la faute qu'ils avaient commise de destituer 'Omar- Pacha, et ils se repentirent d'autant plus de ce qu'ils avaient fait, qu'ils étaient préoccupés de la pensée que Ivérim-KhAn, alors maître de la Perse', était le chef d'une tribu kurde et pouvait compter sur les indigènes de la province de Chèhri-

1. De la [dynastie des Zendcs, monta sur le trône en 1758 et régna jusqu'en 1779 (Rousseau, Notice historique sur la l'erse, Marseille, 1818, p. 79).

zor, tous kurdes, à rexception d'une infime minorité. Devant ce danger, ils remirent à plus lard l'étude des moyens propres à supprimer le pouvoir des mamiouks, et ils confièrent le poste de gouverneur de Bagdad, d'abord à ' AbduUah- Agha, esclave et kiaya d"Omar-Pacha, puis à llasan-Agha, en décorant ce dernier du titre de vizir. Malgré ces mesures, l'intelligence et la capacité de ces deux hommes restèrent impuissantes à effacer les discordes intestines et à refouler les attaques venues du dehors ; les troubles et les dissensions croissaient de jour en jour; les esprits étaient fatigués et abattus par ces désordres, lorsque la mort subite de Kérîm- Khân vint mettre un terme au danger extérieur, en même temps qu'elle faisait disparaître les difficultés intérieures.

Après que les Persans eurent assiégé Bassora pendant quatorze mois, Suléïmân-Agha, 7mttésellimde cette province, l'un des mamiouks qui s'étaient courageusement voués à la défense de cette place, n'ayant plus la force de résister davantage et désespérant de recevoir des secours et des renforts de Bagdad, fut contraint de livrer la ville par capitulation ; quant à lui, il fut emprisonné dans la ville de Chirâz'. Le courage et la fermeté dont il avait fait preuve en résistant courageusement, pendant plus d'un an, à soixante-dix mille hommes, lui avaient attiré quelque renommée parmi les Persans.

La mort de Kérîm-Khân et les compétitions qu'elle amena parmi les membres de sa famille rendirent difficile l'administration de la ville de Bassora, à ce point que Çâdiq-Khân, qui en était gouverneur, la quitta furtivement par crainte de Zékî-Khân, qui avait succédé à Kérîm. Suléïmdn-Agha était l'ami intime de Zéki et avait entretenu avec lui des rapports suivis bien avant de monter sur le trône ; il fut chargé du

1. C'est en 1775 que Kérîm-Kliân assiégea Bassora. Voyez les détails de cette canipa^^ne dans Olivier, Voyage dans l'Empire othoman, t. II, p. 399 et suivantes. Bassora resta au pouvoir des Persans jusqu'à la mort de Kérîm-Khân. D'après Olivier, le siège avait duré treize mois et non quatorze. Comparez MatdlV ss-so'ûM, p. 5.

gouvernement de Bassora et envoyé dans cette ville en compagnie d'un miJimàndàr et d'une suite nombreuse et complète ; mais tandis que d'un côté il se confondait en remerciements à l'adresse des ministres de Zékî et leur faisait toutes sortes de promesses, d'un autre côté il demandait à la Porte le grade de vizir et l'investiture du gouvernement de Bassora ; c'est par l'entremise de l'ambassade anglaise, résidant alors à Chirâz, qu'il faisait parvenir ses requêtes et sa correspondance. En attendant une réponse, il se déclara publiquement investi du gouvernement de Bassora parla Perse et se mit en route pour cette ville.

Hasan-Pacha, gouverneur de Bagdad, dès qu'il apprit la fuite de Çâdiq-Khân, qui laissait Bassora sans défense, s'empressa de nommer l'un des notables de Bagdad, appelé No'màn-Efendi, au poste de mutésellini et de l'envoyer au lieu de sa résidence, oii il prit effectivement possession de son poste. Suléïmân-Aglia, qui était déjà en route, s'arrêta dans l'endroit même où il se trouvait, quand il apprit que la place était déjà prise, et demanda à Ilasan-Pacha qu'il voulut bien le désigner pour être mutésellbn ; mais il comprit, par la réponse qu'il reçut, que le gouverneur de Bagdad élait déjà informé de sa marche; il craignit son ressentiment et décida d'attendre les événements. Sur ces entrefaites, Thâmir, chéïkh des Monléfiks, qui, pendant le siège de Bassora par les Persans, avait agi mollement et s'était abstenu de porter secours à Suléïmân-Agha, et que celui-ci considérait commg son ennemi, fut tué dans une bataille qu'il livra à une petite tribu d'Arabes du sandjaq de Ililla. A la nouvelle de sa mort, Suléïmân-Agha partit en hâte pour Bassora, s'y empara du pouvoir au débotté et fit jeter en prison No'màn-Efendi '.

1. Olivier, ouvrage cité, p. 403, n'a pas connu ces détails. D'aprôs lui, après la mort de Kérîm, « Suléinian oiJtint sa liberté el la permission ilc retourner en Turquie. Sa bonne conduite avait fixé sur lui les regards de la l'orle; il s'était fait à iiassora une réputation de bravoure, dinlelligcnce et de droiture qui se répandit à Hagdad et dans tout le paclialik. Hassan déplaisait, el aux grands, cl au peuple; il nélait point capable de salis-

Quelques jours après cet heureux coup demain, arriva le tirman qui légitimait sa prise de possession, et lui conférait, comme il l'avait demandé, le grade de vizir. Se trouvant ainsi au terme de ses désirs, Suléïmùn-Agha fit déployer immédiatement le drapeau ottoman et publier la nouvelle de la faveur dont il venait d'être l'objet. Il s'occupa de soumettre à son autorité la ville de Bassora et ses dépendances, et en peu de temps assura aux habitants une tranquillité et une sécurité parfaites. Puis il demanda à la Porte l'investiture de la province de Bagdad, réunie à celle de Bassora, en s'engageant à y réprimer les désordres et les troubles qui s'étaient produits au milieu de ces conjonctures difficiles.

L'intérieur de la ville de Bagdad était en effet livré aux déprédations et à l'indiscipline des janissaires, de même que les environs étaient en proie aux exactions des léwends. Les indigènes, affolés, ne se sentaient plus en sûreté ; Tagriculture était abandonnée» et le commerce négligé. C'est dans ces conditions que la province de Bagdad fut encore une fois réunie à celle de Bassora et confiée à Suléïmân-Pacha*, qui se mit en route pour prendre possession de son nouveau poste, accompagné des émirs et des chéïkhs des tribus arabes ainsi que des gens de sa maison. Il s'arrêta dans la ville d"Ardja située à quelques relais de distance et y reçut les hommages des mamlouks et des Turcs de Bagdad, qui furent tous l'objet de ses faveurs, à l'exclusion d'Ismâ'îl-Agha, l'un des kiayas d"Omar-Pacha et principal fauteur des troubles, qui fut mis à mort, et de trois personnages, nommés Çâri Mohammed, Çoùfî-Ismâ'îl et Qara-Yoùsouf, qui furent exilés

faire la Porte, de réprimer les Arabes, de contenir les Curdes et d'en imposer aux Persans. Suiéiman s'était mesuré avec ceux-ci; il avait obtenu leur estime ; il avait été leur prisonnier. Suiéiman, sous tous les rapports, était l'homme qui convenait à la Porte; il reçut donc les trois queues, et fut nommé pacha de Bagdad en 1780, » On voit, par notre source, à quel point est inexact le résumé d'Olivier.

1. La Porte y joignit également la province de Chéhri-zor. La date du firman est le 15 chèwwàl 1194 (14 octobre 1780), d'après le MafaiV es- «o'oûd, p. 12.

à Bassora. Puis Suléïmân s'approcha de Bagdad, mais sans y entrer, et passa sur la rive orientale du Tigre, où, sans plus tarder, il marcha contre Mohammed Khalil-Oghlou, beulukhâchij en chef des léwends qui tenaient la campagne aux environs de la ville ; il les défit, et tua leur chef. Puis il fit son entrée solennelle », pendant laquelle les habitants, pleins de joie et de gaîté, firent entendre des actions de grâce et des vœux pour le souverain.

Tout en assurant la prospérité et la sécurité des habitants par sa justice, et en châtiant les oppresseurs et les auteurs de vexations^, le nouveau gouverneur s'eiïorça de relever l'agriculture, et grâce à ses efforts, le commerce se remit à fleurir. A une époque où l'empire ottoman était en proie à une faiblesse générale et où chaque localité se trouvait placée sous les ordres d'un dérè-bèyi ou burgrave qui ne reconnaissait l'autorité de la Porte que de nom, tandis que la capitale était aux mains des troupes séditieuses des janissaires, ce fut un bonheur pour l'Trâq que Suléïmân-Pacha parvînt à purger de rebelles une province aussi éloignée et à revivifier ses

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