W. M. C. I. B CON
Le docteur Pierquin en donnait ainsi l’explication : Wabadus marchio- cornes, judex, Balarucensis consul, ou BeUilucx consul.
Nous n’ajoutons pas une grande confiance à la traduction du docteur Pierquin.
En 1824, on voyait sur les bords de l’étang de l’Angle (N.-E de l’étang de Thau), sur une grande longueur, des parties de murs apparents de construction romaine.
Amelin les mentionne dans son ouvrage ; depuis lors, par suite de l’invasion de la vigne sur ces coteaux, ces murs ont été démolis par les propriétaires du sol.
En 1825, Renaud de Vilback raconte : « qu’on a découvert à » plusieurs reprises des tombeaux, des puits, des aqueducs de cons-
» truction romaine. On a trouvé, il y a quelques années, dans le » domaine appelé lous mazets (1), un double canal, un bassin que » l’on peut croire avoir servi h prendre les bains, et les restes » de plusieurs habitations dont une se compose de cinq pièces pavées » en mosaïques. On a trouvé sur le même emplacement, parmi » beaucoup de débris, l’avant-bras d’une statue, des fragments » de colonnes de marbre et plus de quatre cents médailles romaines, » les plus anciennes d’Auguste, les plus récentes de Constantin. »
En 1833, M. Boudon de la Roquette, dans les travaux qu’il fit opérer pour l’établissement du pavillon et du parc, découvrit un nombre considérable de monnaies romaines, quelques-unes en argent, la plupart en bronze, de divers modules, presque toutes marquées aux armes coloniales de Nimes ; une quantité de fragments de tuyaux en plomb, de divers calibres, mélésà des débris de poteries romaines ; une cavité profonde d’où s’exhalait une vapeur intense et très chaude, qui ne permettait pas à l’œil d’en saisir les formes et les dimensions intérieures, mais qui semblait se diriger vers le bassin de la source thermale ; dans la crainte de préjudicier à la source, on s’empressa de faire recouvrir l’orifice de cette cavité, qui se trouve sous les fondements du mur d’enceinte du Parc, faisant face à l’est, à cinquante ou soixante mètres de distance du bassin de la source thermale.
Les médailles et les tuyaux de plomb, mis à jour dans le jardin de l’établissement thermal, furent soustraits pendant la nuit par l’appât de la valeur vénale du plomh.
Les eaux de l’Issanka étaient amenées aux thermes par deux aqueducs. Les fouilles exécutées par l’ingénieur Duponchel, en 1857, époque à laquelle on fit les travaux de canalisation pour la ville de Cette, amenèrent la découverte de deux branches d’aqueducs ; un fragment, qui fut utilisé pour conduire les eaux de l’Issanka à Cette, devait desservir des villas situées entre Balaruc-le-Vieux et les thermes ; l’autre embranchement s’appuyait sur les flancs nordouest de la colline, actuellement baignée par l’étang de l’Angle ; il contournait jusqu’au sud-ouest, et c’est lorsqu’il s’enfonçait dans le sol, que les Romains préférèrent l’emploi des tuyaux.
En 1847, M. l’abbé Fabre de Poussan a donné à la Société archéologique de Montpellier les objets suivants, trouvés dans un tombeau découvert dans une terre lui appartenant, distant d’environ 100 mètres de iBalaruc-le-Vieux :
(1) Au nord-ouest de Balaruc-les-Bains.
HIBTOmE DES COMMUNES DE l’hÉEAULT
1 préféricule en bronze, orné d’une anse à têtes huroaines ; 2 patères en bronze de grande diraension, dont une munie d’un manche; 1 chaîne de bronze, 1 lampe, 1 soucoupe en verre, des fragments d’urne en verre, des restes d’un coffre en plomb, 1 urne cinéraire en verre et des débris de poterie.
Le sarcophage en pierre, dans lequel on avait déposé le coffre en plomb, l’urne et les vases, a la forme d’une auge, et était recouvert par une grande dalle en pierre (1).
En 1847, une commission de la Société archéologique de Montpellier constata, sur les bords de l’étang de Thau, non loin de l’église de Notre-Dame-d’Aix et à quelques mètres du village, des restes de pavés en béton, des fragments de sUons, beaucoup de débris de briques et de poteries romaines. Deux sarcophages en pierre, trouvés il y a quelques années avec d’autres sépultures , existaient alors chez un habitant de cette commune. La commission vit une base et un fût de colonne mis à jour dans le jardin de l’établissement thermal (1).
En 1849, plusieurs membres de cette société constatent à Balarucles-Bains l’existence de tombeaux, d’aqueducs et autres vestiges gallo-romains, auprès de l’établissement thermal et sur le bord de l’étang de Thau (1).
En 1856 , la Société archéologique de Montpellier a acheté :
1 aiguière ou préféricule en bronze, dont la partie supérieure de l’anse, d’une forme très élégante, se termine par une tête de cheval; 1 plat ou soucoupe dont le manche présente à son extrémité une tête de loup , 1 patère plus petite, sur le manche de laqueUe on lit le nom du fabricant ; 1 lampe avec son trépied.
Tous ces objets sont en bronze et ont été trouvés auprès d’une urne en verre qui a été involontairement brisée dans un tombeau découvert non loin de Balaruc-les-Bains. Une enveloppe ou caisse, formée par des briques à rebord, les protégeait (1).
C’est en 1857, à sept ou huit cents mètres de l’établissement thermal, qu’on découvrit deuxlongs fragments de grands tuyaux en plomb parfaitement adaptés, emboîtés de quelques centimètres les uns dans les autres, ayant l’un 1™50 et l’autre 1“30 de longueur. Ils portent en relief l’inscription suivante :
COL. AVG. NEM. TIBERINVS. L. FF. SF.
Les lettres des trois premiers mots ont 38”” de hauteur, le restant de l’inscription 20“” de hauteur. La longueur de la première
(1) Communication de M. Cazalis de Fondouce.
partie est de 25 centimètres, celle de la seconde 27 centimètres, soit en tout 52 centimètres. Ils étaient recouverts d’une maçonnerie (1).
Eu 1859, M. leD'' Crouzet trouva, sui le Mourre, les débris d’une villa romaine ; il recueillit un grand nombre de petits cubes provenant d’une mosaïque; ils ont été incrustés dans le pavé du grand autel de l’église de Balaruc-les-Bains.
La découverte la plus importante, et prouvant d’une manière irréfutable l’existence des thermes, eut lieu en 1863. Le propriétaire des bains, en creusant les fondations d’un nouvel hôtel, découvrit à« trois » mètres de profondeur une large plaque de marbre blanc. C’était la » première marche d’un magnifique escalier, entièrement revêtu de » marbre, conduisant dans la piscine. Sept marches de ce grand » escalier purent être mises à découvert au moyen de deux puissan- » tes machines à puiser, car l’eau recouvrait entièrement ce monu- » ment ; mais h la naissance de la septième marche, l’eau arrivait •» en telle abondance que les pompes devenaient impuissantes et ne » permettaient pas de fouiller plus bas. On put pourtant constater » la forme ovale de cette piscine, et, à part le grand escalier qui en
> occupait le centre, deux autres escaliers moins larges, également » en mai’bre, construits aux deux extrémités. L’eau arrivaitdans » cette piscine par des orifices dont la plupart donnaient de l’eau » très-chaude, quelques-uns donnaient de l’eau froide ; l’un de ces
> orifices, voisin de la septième marche du grand escalier, était » garni d’un grand tuyau en plomb.
» Cependant le propriétaire, reconnaissant l’impossibilité de pous- » ser plus loin ses fouilles, et appréhendant pour la source thermale, » qui, à mesure qu’on puisait en grande importance, l’eau de cette » nouvelle ouverture diminuait, au point de rendre impossible le » service thermal (on était en pleine saison balnéaire lorsqu’on pra/-
> tiquait cette fouille) ; en présence de ces difficultés, le propriétaire » crut devoir abandonner les travaux qui n’ont plus été repris ; et » cette grande ouverture (2), qui n’avait offert, du reste, un vérita- » ble intérêt qu’au moment des fouilles, parce que du moment que » les travaux étaient suspendus, ou que les pompes ne fonctionnaient » plus, les eaux, en reprenant leur niveau, avaient bientôt recouvert » tout ce qui pouvait un peu intéresser, cette ouverture n’a été » définitivement comblée que vers la fin de l’année 1867. Là, comme
> aux fouilles du Pare, en 1833, aux fouilles d’Issanka, en 1846, on
(1) Ces deux tuyaux sont dans le musée archéologique de Montpellier.
(2) Le diamètre de la piscine était de 6 mètres environ. Note de l’auteur.
HISTOIRE DES COMMUNES DE l’hÉRAULT
» trouva les mômes monnaies antiques enfouies parmi une grande
> quantité de débris de poteries romaines et de divers ustensiles
> mutilés, les uns en terre cuite, d’autres en fer, dévorés par la » rouille ».
En 1860, la Société Archéologique achète un cercueil de plomb de forme rectangulaire ayant 1”05 de longueur sur 0“25 de lai^e et O^IS de hauteur. Au dessus du couvercle se trouvent deux crochets de fer qui servaient à le soutenir. Il pèse 60 kilogr., et a été exhumé près de Balaruc-les-Bains. C’est une sépulture d’enfant (1).
M. Ricard, membre de cette société, possède plusieurs objets trouvés à Balaruc; le plus remarquable est une boîte cylindrique en plomb avec son couvercle, ayant environ 30 centimètres de diamètre sur 40 centimètres de haut; elle rentermait un vase en verre.
En 1861, on découvrit à Balaruc-les-Bains, dans la propriété de M. Chateauneuf, une colonne supportant une pierre à laquelle aboutissaient plusieurs tuyaux de plomb.
Lors de l’établissement des murs de clôture de l’avenue qui unit les bains au vülage, on trouva vers le milieu, sur un sol mouvant, des restes d’anciennes constructions.
MM. les docteurs Crouzet et Poujade, anciens inspecteurs des bains, possèdent des médailles semblables à celles que nous avons décrites.
Il est à regretter que des relevés n’aient pas été faits, et actuellement même, les ouvriers, en creusant des fosses pour de nouvelles salles de bains, ont eu à démolir un aqueduc ; en plaçant une canalisation dans le parc, on a rencontré des murs et de gros blocs de pierres.
Nous ignorons la provenance de la colonne qui se voit dans un bosquet du parc.
Qu’est devenue « une statue d’albâtre très belle et très curieuse » qui, avec beaucoup d’autres, s’est trouvée à Balaruc, et que possé- » dait le comte de Bernis au commencement de ce siècle (2) ?
Que deviendront les antiquités, et entre autres un buste de femme en marbre qui a figuré à l’Exposition universelle de 1878 avec des nombreuses médailles recueillies dans le sol de l’établissement par M. Faj'art? (3).
Si dans un avenir prochain, comme nous en avons l’espoir, des
(1) Communications de M. Cazalis de Fondouce
(2) Pouzaire.
(3) La mort récente de M®* Fayart, héritière de M. Fayart, a été un obstacle pour nous procurer cette collection, ou du moins la liste des objets qu'elle renfermait.
BAIARUC-LES-BAINS
fouilles sont faites sous une direction intelligente , la découverte des thermes romains ne pourra manquer d’attirer un bien plus grand nombre de malades et de touristes, et dans ce cas l’archéologie contribuerait dans une large mesure à, la prospérité de Balaruc-les-Bains et de l’établissement thermal.
III. — A peu de distance des thermes, au bas d’un monticule et sur les bords de l’étang, s’élève une égüse romane indiquée dans le plan de Dortoman sous la dénomination de Virginis Aquensis, et connue aujourd’hui sous le nom de Notre-Dame-d’Aix.
Nous ne nous expliquons point pourquoi Dortoman a fait graver sur son plan et sous cette dénomination un temple circulaire. Devons-nous attribuer cette forme à la fantaisie du dessinateur ou supposer l’existence d’un monument romain ?
Cette église présente des particularités que nous ne rencontrons que très rarement dans les églises romanes du département : l’abside est à pans coupés au nombre de cinq ; la porte d’entrée est située sur le côté droit qui regarde l’étang. Son appareil indique une époque antérieure au xn® siècle. Elle a 23 mètres de longueur sur 6 mètres de largeur.
Les assises de ses murs épais sont composées de deux rangs de différentes hauteurs ; elles alternent régulièrement : l’assise la plus grande a 27 centimètres , l’autre 13 centimètres. La moulure qui règne sous la toiture est très accentuée par son relief.
Dans la petite île de Saint-Sauveur il s’élevait autrefois une chapelle dont les ruines sont encore visibles ; le chœur était circulaire. Des fouilles fixeraient d’une manière plus certaine l’époque de la construction qui , d’après nos observations , paraît remonter au xue siècle.
IV. — Deux chemins conduisaient des thermes à Balaruc : celui qui est marqué dans le plan de 1579 par la lettre C a été depuis lors rectifié et complanté de mûriers : l’autre est situé sur le point le plus élevé du plateau; une chaussée, qui existe dans une grande partie de sa longueur, nous a donné lieu de croire que cette voie devait exister sous les Romains.
Sur le plan de Dortoman, ces deux chemins arrivaient à la porte sud de Balaruc, qui paraît défendue par deux tours ; celle de gauche est ronde, et celle de droite rectangulaire.
Un examen attentif permet de voir que la tour rectangulaire n’est pas attenante aux remparts ; le mur vient couper l’arête de la
HISTOIRE DES COMMUNES DE L’hÉRAÜDT.
façade de droite à mi-hauteur ; il existe derrière la tour un espace libre, la défense de cette tour paraît formidable ; mais le dessinateur a exagéré très probablement ses dimensions. Elle a trois rangs d’étages avec des baies circulaires. Les ruines du château, situées au milieu du village, montrent on l’effet l’existence d'une tour carrée qui, primitivement, aurait bien pu avoir été construite par les Romains, à en juger par l’appareil.
La chapelle du château, dont il n’existe plus aujou»’d’hai que la porte et deux fenêtres, se trouve sur le côté droit du dessin. Audessus de la porte, sur une croix en demi-relief, on voit encore le plomb dans le creux des lettres avec la date 1672,
Il faut de la bonne volonté pour reconnaître l’église actuelle, qui se profile en long dans le dessin; enfin, au premier pdan, une autre porte, des remparts sans doute.
La porte et la rosace de l’église de Balaruc-les-Bains font l’admiration des touristes et des étrangers. Les nervures et leur forme fixent sa construction à la belle époque du gothique, vers la fin du xiii“ siècle.
L’intérieur de l’église n’offre pas un intérêt aussi gi*and ; elle a été reconstruite en partie pendant le xah® siècle.
On voit encore à Balaruc des constructions civües des XAn* et XVII® siècles : les remaniements qu’elles ont eu à subir leur ont enlevé le caractère de ces époques ; quelques-unes néanmoins ont conservé un aspect sévère et sombre. Ce lieu était habité par des familles très aisées; leurs descendants, devenus riches, préfèrent le séjour des grandes villes, et peu leur importe que la demeure de leurs ancêtres tombe en ruines.