V. — Simon de Montfort, à qui le concile de Montpellier et
celui de Latran (1215) avaient adjugé les possessions du comte de
Toulouse, donne à Gui Cap-de-Porc le droit qu’U prétend avoir de la vente faite par le comte dépossédé de ses terres ; mais les menaces de Montfort n’effraient point Cap-de-Porc, qui conserve son château et ses domaines.
En 1218, le chef de la croisade, qui a besoin de se faire des partisans pour soutenir sa puissance et son prestige, que les Albigeois sont bien près d’anéantir, donne à Pierre de Mèze et à Pons Cancé le château de Balaruc et celui de Loupian avec l’église de Saint-Palais, près ce dernier lieu. Ces chevaliers, moyennant cette partie du domaine contesté, promettent à Montfort de le servir comme de loyaux serviteurs envers et contre tous.
Cette donation impoi'tepeu à Gui Cap-dc-Porc, qui ne désempare pas de son château de Balaruc. Si Pierre de Mèze et Pons Cancé
(1) Bulletin de la Société archéologique de Montpellier. Etudes historiques, par M. Germain, membre de l’institut, t. V, p. 208 et suivantes.
(2) Cart. de Maguelone. Reg. F, 51 v° et Bulletin de la Société archéologique de Montpellier,
BAIiARUC-LES-BAINS.
veulent lui en revendiquer le titre, ils doivent y renoncer; un autre prétendant plus puissant entre en lice et conteste à Gui la possession d’une partie du château de Balaruc : nous voulons parler de l’évêque de Maguelone. On a vu que Raymond Pons, comte de Toulouse, avait substitué après le décès de sa femme Berthe la moitié des terres de Balaruc aux évêques d’Ag'de et de Maguelone.
VI. — Bernard de Mèze, évêque de Maguelone, fit valoir les droits de ses prédécesseurs sur la seigneurie de Balaruc; Gui refusa d’accéder à la demande de cet évêque comme il avait refusé à Simon de Montfort. Un procès fut engagé devant l’autorité religieuse : six années suffisent à peine pour mettre un terme à ces contestations. L’affaire avait été portée devant l’archevêque de Narbonne qui [en appela au pape, lequel délégua cet archevêque pour teminer ce discord. Enfin, en 1229, Pierre Amelli, archevêque et primat de Narbonne, prononça son jugement en faveur de Gui Cap-de-Porc, ce qui ne pouvait se passer de toute autre façon puisque l’année précédente 1228 ce prélat avait donné une sentence d’absolution à Gui pour tous les griefs que lui reprochait l’évêque de Maguelone à l’occasion du château, objet du débat.
Par testament du 16 janvier 1235, Gui Cap-de-Porc lègue à sa femme Béatrix et à son fils Dalphin ou Dauphin la seigneurie de Balaruc.
VIL — Après la mort de Gui, ses héritiers la vendirent le 9 août 1239 à Jayme 1", roi d’Aragon et seigneur de Montpellier, au prix de 19.000 sous melgoriens, par acte reçu maître Guillaume Jourdan, notaire de Montpellier, portant que les moulins, les étangs et les eaux avec toutes leurs dépendances sont vendus en franc aUeu, parce que Dalphin avait attiré sur sa tête les foudres pontificales, à cause de ses coupables agressions et de ses rapines dans les lieux voisins.
La seigneurie de Balaruc ayant été confisquée (1244) au roi d’Aragon, en même temps que celle de Montpellier, au profit de l’église de Maguelone, les évêques de ce lieu en revendiquèrent la possession (1).
VIII. — Depuis ce moment, l’histoire de Balaruc est liée à celle de ses seigneurs, évêques de Maguelone et de Montpellier, jusqu’au jour où les guerres religieuses viennent l’interrompre, mais pour re-
(1) Cart. de Maguelone, Reg. F, f» 50 v® et Bulletin de la Société archéologique de Montpellier .
HISTOIRE DES COMMUKES DE l’HÉRAULT,
prendre après la pacification du royaume et rentrer de nouveau sous la domination do ses anciens maîtres.
Une bulle d’innocent IV, à la date du lo juin 1244, adressée à l’abbé de Saint-Paul de Narbonne et au précenteur de l’église de Béziers, constate ce changement.
Ainsi les évêques de Maguelone, possesseurs d’une partie des terres de Balaruc, eurent sans conteste, de 1244 à 1790, la jouissance de toute la seigneurie.
IX. — Guillaume Christel, un des évêques de Maguelone, par acte d’inféodation du 24 juillet 1257, cède à Jean Fournier, Etienne Majors, Pierre Carabasse et Guillaume Fournier, syndics, procureurs et consuls du château de Balaruc, et par eux, à l’universalité des habitants de cette localité, plusieurs territoires dont il ne retient que la haute seigneurie, savoir : 1“ Raust, qui est près le chateau de Balaruc dans la décimerie de ce lieu, confrontant d’une part l’étang, de l’autre part le fleuve Avène et de l’autre part les jardins de ce château (1).
2“ Le fief des Moulières des Eaux (ou d’Aix), qui se trouve dans la décimerie de Sainte-Marie-des-Eaux, confrontant avec le tènement de las Buados ;
3“ Le fief de la montagne Méjan ou Puech-Méjean, placé dans la paroisse de Sainte-Marie-des-Eaux, et qui s’étend ou se prolonge jusques aux Crozes et jusques à laCroix-des-Eaux, confrontant d’un autre côté avec les terres de Méjan (2).
4° Le fief des Moulières-de-Valras, qui fait partie de la décimerie de l’église de Sainte-Marie-des-Eaux, confrontant l’étang (3).
Cette inféodation est faite au px'ix de dix livres melgoriennes et est payée le 9« jour des Calendes d’août 1258, en présence et témoignage du seigneur Guillaume Christel, juge, vénérable père du sus
dit seigneur de Maguelone et d’Etienne Catalan, notaire public
de Gigean et de Balaruc, ainsi que les consuls nommés (4).
L’évêque se réserve en outre une redevance annuelle de quatre
(1) Gart. de Maguelone et Bulletin de la Soc. archéologique de Montpellier.
(2) Bulletin de la Société archéologique de Montpellier. — Appellatur nions sive Podius Méjani qui est in parochia Beati Mauricii de Bajaluco et conjungitnr ex una parte cum via que ducit hominem vei'sus Frontinianum et altéra parte cum strat publica quaigitur apud ecclesiam Beate Marie de aquis et protenditur usque ad Croses et usque ad crucem de aquis et confrontatur adhuc ex altéra parte cum agricultura de Ment.
(3) id. id.
(4) Archives départementales. Carf. de Maguelone. A- B. 212, v<>.
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setiers d’orge comme marque de haute suzeraineté, payables à la fête Saint-Pierre d’août et portables dans sa maison de Montpellier (1).
Il résulterait des documents recueillis par M. Germain, que les évêques de Maguelone furent amenés à faire des concessions à la communauté, à la suite des demandes et des plaintes des consuls, et afin d’éviter les tiraillements qui résultaient de la résistance et du refus des habitants de payer les redevances.
Du reste, à cette époque, l’autorité civile s’élevait en face des prétentions de l’église dont les pouvoirs commençaient à décliner, le clergé devenant odieux aux populations, à la suite de son intolérance, de son esprit de domination et de son amour des richesses (2).
Les concessions obtenues de l’évêque Christel ne suffisent plus aux habitants de Balaruc : ils obligent l’évêque Bérenger de Frédol à de nouvelles concessions ; ils imitaient en cela, dit M. Germain, les habitants de Montpellier, où l’on semblait s’évertuer à prendre sans concession ce que l’évêque ne donnaitpas assez vite (3).
Par acte d’inféodation du 2 mai 1279, cet évêque donne en emphythéose à Jean Capolataet Raymond Rotbaud, habitants et manants du château de Balaruc, tous les bois et garrigues qui confrontent d’une part au mur blanc et de l’autre part avec les fiefs en culture de Balaruc (4).
Bérenger se réserve le droit de mettre en culture pour du pain et du vin, c’est-à-dire pour ensemencer et jfianter des vignes ; il ne pourra en disposer qu’en faveur des habitants de Balaruc et jamais à d’autres personnes (5).
Il se réserve en outre les devois {Devès-Devèze) et fait défense d’y mener paître les bestiaux gros et menus sous peine de ban (6).
Il octroie tous ces privilèges pour la somme de soixante livres melgoriennes et moyennant une redevance de cinq setiers d’orge, payables le jour de la fête de Saint-Pierre-d’Août et portables dans sa maison de Montpellier.
Cet acte fut passé auprès du château du Terrai, en présence et témoignage des discrets hommes Radulfe Savaric, chanoine de Maguelone, de Guillaume Jean, prieur de Montferrier , et de Rostang
(1) Domum nostruni. L’on ne disait pas l’hôtel de l’évêque, mais la maison de l’évêque.
(2) Bulletin delà Société archéologique de Montpellier. — 1854.
(3) id. id.
(4) France pontificale., diocèse de Montpellier, p. 126.
(5) France pontificale, diocèse de Montpellier, p.- 126.
(6) Le ban était l’amende payée aux bandiers (gardes-terres).
HLSTOIRE DES COMMUNES DE l’HÉRA-ULT.
de Marojol, prieur de l’église de Marojol, par Etienne de Ortols, notaire public et tabellion du seigneur évéque de Maguelone (1).
Enhardis par leurs succès, les habitants de Balaruc obtiennent de leur seigneur évêque do nouvelles concessions, et sept années après l’inféodation de 1270, Bérenger de Frédol accorde par une charte datée du 3“ jour des ides du 11 décembre 1286, à Pierre Gautier et à Martin Berthomieu, de Balaruc, syndics de la dite Université, les privilèges suivants :
1“ Si un oncle paternel veut partager entre ses neveux et nièces des biens communs, il n’y aura plus de lods à payer pour ce partage aux évêques de Maguelone en tant que seigneurs de Balaruc.
2° 11 en sera de même entre frères et sœurs, soit que ce soit par testament ou sans testament .
3° Les donations partielles ou complètes entre mari et femme jouiront des mêmes avantages.
4° Les habitants de Balaruc jouiront de la liberté de faire paitre leurs animaux tant gros que menus comme sont : bœufe, chevaux, brebis, chèvres et tous les bestiaux de ce genre dans le bois appelé Raimond Ramat ; mais ils ne pourront y faire les leignes (ligneragei ramasser du bois) (2).
Le seigneur évêque se réserve pour lui et ses successeurs les évêques de Maguelone et pour son bailli la faculté de faire cultiver ce bois en tout ou en partie, pour la culture du blé et du vin, qui confronte d’une partie devois de Balaruc, carrière au milieu, d'une part le fief de l’enfant de Dalmas, et de l’autre avec le chemin de Néfieg (3).
Il est payé pour toutes ces concessions une redevance annuelle de deux sétiers d’orge, le jour de Saint-Pierre-d’Août.
Il est stipulé dans l’acte de concession ;
1® Dans le cas où quelque bétail serait rencontré la nuit dans la devèze de la Blaquière (4), le droit de ban sera de cinq sols par paire de bœufs ou autres gros animaux.
2® Si les banniers trouvent les gros animaux dans le dit bois
(1) Apud Terrallum. — (Chateau situé près de Montpellier, célèbre par.les grands personnages qu’il abrita, parmi lesquels Simon de Montfort, lors du concile de Montpellier.
(2) Animalia tant grossa quani minuta sicut sunt ; baves, aque, aves, câpre et similia animalia.
(3) Cum camino de Nefieg.
(4) In nemore vocata Bloqueria seu deveta.
pendant le jour, le droit de ban ne sera que de six deniers par bête (un sou la paire); si c’est un troupeau de chèvres ou de brebis, il sera de cinq sous ruelgorieiis, sans préjudice des taies (dommages) qui seront portées à la connaissance et arbitrage de deux hommes probes du dit château (probf /lominei), après qu’ils auront prêté serment devant le bailli. (Les taies étaient constatées par des estimateurs jurés).
3° Toutes ces libertés et immunités sont accordées aux sus-dits Gautier et Berthomieu, syndics, au nom des habitants de Balaruc, pour les services qu’ils ont gracieusement et spontanément rendus pour le bien de l’évêché de Maguelone (1).
L’acte est fait par Guillaume Paschal, clerc et notaire public du seigneur évêque de Maguelone (2).
Philippe-le-Bel venait d’octroyer la part antique de Montpellier, et Bérenger de Frédol, évêque de Maguelone, craignant que les habitants de Balaruc ne voulussent à leur tour passer sous la domination du roi de France, se résigne, à cause de ce doute, à leur octroyer de nouvelles faveurs.
Le 13 novembre 1293, il concède à Jean Fournier et Pierre Déodat et Pierre Maufred et à Pierre Gautier et à Robert Posator et Jean Cueya, du château de Balaruc, stipulant pour les hommes de l’universalité du dit lieu :
1° La devèze domaniale de la Blaquière, pour y faire paître les troupeaux du dit château depuis la fête de Saint-Michel jusqu’à la fête de Pâques, moyennant une redevance annuelle de cinq sétiers d'orge, payable les jours et fête de Saint-Pierre-d’AoÛt, tant le bétail gros que menu, et si, de la fête de Pâques à la Saint-Michel, les troupeaux vont dépaître dans la dite devèze, ils payeront le ban comme est d’usage dans les autres tènements.
Plusieurs historiens ont avancé que les évêques de Montpellier avaient cédé toutes leurs possessions aux habitants de Balaruc ; il n’en était rien, puisque dans la déclaration des droits seigneuriaux faite en 1790, au nom de l’évêque, par le chanoine Moureau, il est dit que les droits seigneuriaux et les dîmes s’élèvent à 3295 livres.
Une reconnaissance de l’année 1617 (26 août) est faite par Guillaume Bonfils dit Boudoy, habitant de Balaruc, à Monseigneur Pieire de Fenouillet, évêque de Montpellier, comte et seigneur de Montferrand, marquis de la Marque-Ros, baron de Brissac, sei-
(1) Archives départementales, Cartulaire de Maguelone, Reg. A, f® 105 v».
(2) Archives départementales, Cartulaire de Maguelone, Reg. A, f® 105 v®.
HISTOIRE DES COMMUNES VE l’iIÉRAULT.
gneur de Balaruc et autres lieux, conseiller du roi en son conseil d’Etat et privé, son j)rédicateur ordinaire, etc.