III.« PABVlfi
Oldct* cllTerfi anx arelilircs de Pan • et coapd*œll Mur d'aulreii dépôts d'archives dans le Dêpartemeut.
Je viens, Monsieur le Ministre, de faire passer sous vos regards un tableau assez fidèle du trésor de Chartes aux archives de Pau; mais il existe, ainsi que j'ai eu l'hcmneur de vous l'observer, en commençant, d'importants objets dans le même dépôt, autres que cette classe d'instruments. Bien que j'aie fait plus haut l'énumération de ces objets je croirais devoir y revenir, si déjà dans tout le cours de mon histoire du Béarn , notamment aux pages iSg, 269, 33 1, 334, etc., je ne me
(1) Page itS de noire Histoire.
référais à ces diverses parties des archives. Je dirai la même chose poiir^ le précieux manuscrit du vieux for général et des fors particuliers d'Oloron, Morlaas, Ossau. Cet admirable monument inédit de législation féodale m'a fourni (p. i54, nn chapitre peut être de quelque intérêt (i). Je ne reviendrai donc plus sur ces divers objets; j'en écarterai même quelques autres (2) , me bornant à vous entretenir de trois manuscrits qui m'ont semblé remarquables et qui sont peutêtre dignes d'attention.
I. Ud registre iD-4.<> , composé de 105 feuillets d^écriture minutée , contenant le recueil des traités , donations , accords relatifs aux rois, de France Philippe -le -Long, Charles -le- Bel , Philippe-de-Valois , Charles V , avec les rois de Navarre Philippe-d'Evreux et Charlcs-le-Mauvais. Le manuscrit commence au texte du contrat de mariage de Louis-lc-Hutin avec Marguerite de Bourgogne en 1299. De là jusqu^au for 50.*, on voit beaucoup de transactions relatives au comté d'Evreux et autres terres du roi de Navarre en Normandie 3 j^ai remarqué surtout Tacte de Philippe-dc-Yalois ; donné en 1343, portant confirmation de raccord fait avec la reine Jeanne, à Tégard du royaume de Navarre j par cet acte le monarque reconnaît , avec une loyauté digne du roi de France , les droits de Jeanne de Navarre à la possession de ce royaume, droits qui d'ailleurs avaient été méconnus par les deux prédécesseurs de Philippe.
La seconde partie du manuscrit poursuit le détail des transactions du roi de Navarre avec les rois Jean et Charles Y. On y
(r) Voir à la fia de cette aolice, avec les signatures die* princes, un
yVic simile de Texemplaire du vieui for; seulement les lel'rcs initiales sont
en rubrique. J'ai choisi la préface, monument si étrange de notre histoire.
(3) Un registre des appels de Pcrigord , in- 4*'' de i8o pages ( i4** siècle ), an autre de i3o pages, actes publics et divers de la chancellerie d'Alain , sire d*Albrct , vers i3oi.
retrouve divers traités et en particulier celui de Valognes, que nous voyons promulgué en lettres patentes par Charles de Navarre en 1357; le meu'^tre du connétable et Pacte du roi Jean faisant rémission à Monsieur de Navarre du fait de cette mort. Puis, cette tourne année 1357, se montrent la régence du dauphin Charles et les perGdies du Navarrais ; les actes de divers seigneurs de France et d** Angleterre souffrant à servir le roi de Navarre; Jean II, intervenant de sa captivité pour approuver le traité de Calais promulgué par le Navarrais sous la date de 1360 'y enfîn , la mort du roi Jean et Tavénement de Charles V. Ici en 13G5, 63 et 67, on voit divers actes relatifs à la paix qui règne entre les deui rois Charles ; le roi de France s'humilie presque et multiplie les restitutions. Un édit curieux par sa teneur ordonne que les corps des justiciés qui avalent été pendus pour avoir suivi le parti de son amé, très-cher et fiai fi'cre , Monsieur de Navarre , soient restitués , selon la requête des reines Jeanne et Blanche. Enfin, parmi toute ces contestations et ces réconciliations perfides , trouvent place diverses concessions de privilèges octroyés par Charles-le-Mauvais k la ville de Morfontaine et à quelques autres cités de Normandie.
J'ai lieii de croire, Monsieur le Ministre, que ce manuscrit possède une véritable importance historique; toutefois je dois avouer qu'il m'a été impossible de vérifier ce qu'il peut contenir de réellement inédit. Si, comme tel fut long-temps mon inutile désir, l'Université eût placé ma résidence dans une grande cité, à défaut de la capitale inaccessible, j'aurais trouvé dans les grandes bibliothèques publiques, des ressources de vérification que je n'ai pu rencontrera celle de Pau. (i)
II. Je dirai la même chose à regard d^un autre volume qui D^a rien de local et dont je ne puis eipliquer Texistence aux
(i) Des ouvru'^ei tels qup : hibliolhèqnc hUtoriqae de lu France ; les liis~ loriens des Gaules; ceux dt-s Croisades; les ordonnances des rois , etc. No!re histoire liuëraire de la Fraaee csl incomplète.
arcfaires de Pau. Il contient trois parties unies par un lien général : l.<^ une chronique des comtes de Flandres au 13»* siècle. Baudouin revient de Constantinople , délivre par le souldaa Saladin , après vingt-sii ans de captivité 5 il lui arrive en France de cruels événemens. On y voit aussi Jean de Portugal qui s'ea ▼a en Gascogne par le commandement du roi, à qui il amène prisonnier le roi Jehan d^Ânglcterre ; puis mille incidens jusqu^au trespassement du roi Philippe en 1291 ( date précieuse pour la fixation de Tépoque du manuscrit.) Jehanne , comtesse de Flandres, meurt peu de temps après , Marguerite lui succède. — Total 61 feuillets. — 3.o Le roman de Jehan-Tristan , fils de saint Louis ; en voici quelques rubriques : comment saint Louis fut roi de France; comment il s'en alla en mer et mena la reine avec loi; comment il prit la ville deDamiette. Jusques-là Phistoire; voici le roman : Gomment la reine eut un fils à Damiette , qui eut nom Jehan-Tristan ; comment une esclave emmena Jehan-Tristan à Babylone; l'amiral de Perse est d'avis qu'on ne fasse paf mourir saint Loui^; détails historiques sur la captivité et la rançon du roi , et sa mort à Thunes. Puis Jean-Tristan s'en va conquérir le royaume de Damas , et revenant contre les chrétiens , il est reconnu par son oncle Ghar'es de Sicile; redevenu chrétien lui-même , il refuse d'être roi de France et de déposséder son frère ; loin de là , il s'unit au roi de France et se rend avec lui à la conquête du royaume de Tarse , épouse la princesse Hélène héritière de ce royaume , dont il devient ainsi le souverain; puis bien d'autres aventures. La chronique poursuit d'une manière assez historique jusqu'à Tavénement de Philippe-le-Bel. — Total 95 feuillets. — - 3.o Une suite d'environ vingt feuillets chargés de sentences en vers, morales ou chrétiennes, toutes plus ou moins naïves ou verbeuses selon le caractère des gnomiques du temps. Nous ne mentionnons pas un certain nombre de feuillets lacérés ou moisis, appartenant aux diverses parties du volume , et qui sont rejetés à la fin comme ne pouvant être aisément exploités.
Nous avons cru devoir rendre compte de ce manuscrit extra-Béarnais, et qui enrichit notre dépôt. Mais la fable de Jehan Tristan, fils de
Saint-Louis est fort connue parmi les légendes romanesques du moyen-âge; et j*apprends à l'instant même que notre manuscrit est loin detre inédit, et qu'il en existe deux copies à la bibliothèque du roi. D'ailleurs comme il est entièrement hors-d'oeuvre dans nos archives , je me hâte de rentrer dans ce qui fait l'objet de mes explorations; voici un manuscrit qui convient à meilleur titre au trésor de Pau :
m* Un grand în-f.^ ( mentionné dans mon histoire à la page 78), contenant le répertoire des titres de Foii , soit extraits soit en entier , depuis Gaston Pbœbus jusqu^à Jehan de Fois , devenu .roi de Navarre en 1840. Ce répertoire est précédé de notions historiques sur la première dynastie des comtes do Foix , comme sur divers événemens de la vie de Gaston et de ses premiers successeurs. Il parait avoir été rédigé par Parchiviste de Foii vers 1450.
C'est aussi un monument littéraire assez remarquable , mais sous le rapport de la langue et de la littérature romane au 14.« siècle. Pai dit qu'on y trouvait en forme d'épitapbe une généalogie en vers du vicomte Archambaud , captai de Buch. L'abrégé de la vie des comtes de Foii (depuis Rogier, 3.» comte, qui conquit Carcassonne , jusqu'au 7.«, Rogier Bertrand ,) est en prose entre-coupée de vers ou de lignes rimées. Il en est de même d'un morceau d'imagination que Ton peut intituler le songe de Gaston Phœbus , et dont je vais présenter l'analyse. L'historienpoète raconte comment l'année 1363 , la guerre s'étant élevée entre le comte d'Armagnac et le comte de Foix , celuin;! vit en songe Saint-Boluzia de Foix qui lui commanda d'aller dans la principale église de cette cité, le jour même de la fête du saint prêtre, et d'illuminer son corps vénéré d'une torche de trois livres; à ce prix il devait espérer la victoire. Cependant le comte d'Armagnac se prépare à combattre; on entend la harangue qu'il fait à ses troupes ; mais Phœbus , appuyé de l'aide de Dieu et de l'homme blanc qu'il avait toujours sous ses regards , gagne
la bataille. Son ennemi vaincu , prend la fuite; puis le malheureux se voit arrêté par un chevalier d^ Allemagne qui nourrissait contre d'Ârmagnac une implacable rancune , ayant été autrefois détroussé par ce seigneur lorsqu'il allait en pèlerinage h SaintrJacques de Compostelle. C'est pourquoi le pèlerin conduit son prisonnier devant le comte Phébus ; il s'ensuit un dialogue en vers démesurés que voici. C'est un exemple remarquable du dialecte de Foix.