JEHAN
Ftfbuc jo be tort» be bo sey, et si oo m'ea podé escoudir;
Quar, trop gran temps ba do fine de peirar à tu hontir.
Don las cajtien pran paor be que brevemeut me fasas morir.
Ho eo priso, quart be merit, cum ban mescban, Itioc temps languir.
FEBUS.
Puix que Diu aiii por sa merce à mi dounat si g^an bonor. Vos no muriels pas en este iorn , jasa que trop Pavots fuait Mas peoas bos froc sulTrir, quar bos meire en atal tor Que rey, duc, nî emperador, no bos beyran ni jorn ni njrt.
Jehan d'Armagnac.
« Phébus, j'ai tort, je le sais et je ne puis m'en défendre; » car trop long-temps il y a que je ne cesse de chercher à te » nuire, dont hélas , misérable, j'ai grand peur que brièvement tu M ne me fasses mourir ou long-temps languir en prison ( car je » le mérite) comme un méchant. »
Phbbus.
« Puisqu'ainsi Dieu par sa grâce m'a donné si grand bon- >» neur , vous ne mourrez pas en ce jour , quoique vous l'ayez » trop mérité ', mais je vous ferai souffrir des peines ; car je vous M mettrai dans une telle tour que roi , duc , ni empereur ne » vous verront ni jour ni nuit. »
Le comte d'Armagnac retenu dans les fers du comte Phœbus , demeure captif au château de Foix jusqu'à ce que bonne rançon ait été payée. (1)
(i) La rançon sVlevail à la somme e'norme d*un million. — Voir Frois- Sart , racontant l'entrevue du comte de Foix et du prince de Galles, avec le comte d^ Armagnac, à Tarbcs. Consulter aussi Olbogaraj, histoire des comtes de Foix , p. a84>
Nous aurions aimé à rapporter le texte entier de ce morceau dans lequel on respire un sensible parfum de moyen-âge, si les limites de cette lettre et aussi les limites de l'ouvrage dont elle est lappendice, nous Teussent permis.
Maintenant, Monsieur le Ministre, et après cette revue des plus intéressants objets contenus aux archives de Pau, j'ai cru devoir ajouter ici quelques mots sommaires, et seulement par occasion, sur la situation des dépôts d'archives dans plusieurs villes de ce département.
Une seule ville après Pau est riche en dociimens abondans et précieux; c'est la ville de Bayonne. Je ne m'étendrai pas néanmoins sur ses archives que j'ai visitées et qui sont exploitées avec une grande persévérance par deux jeunes habitans de Bayonne, dévoués aux études archéologiques et à la manifestation historique de leur illustre cité. MM. Jules Balasque et Daguerre-d'Ospital recueillent patiemment dans leurs archives municipales les matériaux du monument qu'ils élèveront plus tard à l'histoire de Bayonne. En attendant, les titres qu'ils ont fourni à la collection de M. Aug. Thierry sur le tiers-état attestent l'intérêt du dépôt historique auquel ils ont puisé. Je me borne à rappeler que le plus important recueil est un registre de i336, contenant plus de 3oo chartes relatives aux privilèges et aux franchises relatives
à la ville de Rayonne sous la période anglaise. JjSl plus ancienne des chartes a été octroyée par le comté de Poitiers, duc d'Aquitaine, Guillaume X; et la plus importante, celle qui fait le noeud de Thistoire bayonnaise, c'est la charte de fondation de la commune , charte octroyée en ia!4 par Jean-Sans-Terre,
Il ne parait pas exister beaucoup d'objets de cette nature dans les trois régions du pays basque» Soûle, Navarre et Ijabour. Les pièces historiques relatives à l'histoire de Navarre sont au trésor de Pau. De plus, la langue basque, mer^ veilleusement conservée pour l'usage du pays, n'ayant jamais été la langue officielle, il ne faudrait guères y chercher de vieilles archives en langue escuafa. Et enfin, ces peuples, peu familiers qu'ils étaient avec la langue administrative, tour à tour latine, béarnaise, espagnole et française , ont du attacher peu d'importance à dès titres écrits dans ces idiomes étrangers pour eux. Les AngLiis, en quittant la Gascogne, ont emporté les anciennes archives qui existaient à Saint-Jean-de»Luz,et qui, selon M. Leremboure dans son excellente notice sur cette ville frontière, sont déposées à la tour de Londres (i).
(i) Saint-Jean-(1e-Las, petite ville qui rattache ion DOm à la pait «les Pyrénées et au mariage do Louis XIV avec rinfaate d^Gspagnc en 1680 f était alors une ville de neuf à dis mille habitans. On voit dans les archives )a confirmation, par divers rois, des privilèges relatifs à la franchise et k l*exemptton des droits d'entrée, d'assise et de sortie, privilèges ocirojés par lettres patentes de Louis XI , en date du I3 juillet l473> et coa(or« oiémeot bus conditions stipulées pour la réunion à la France de lu province
M auléan , capitale de la Soûle , ne parait contenir rien d'important; il en est de même de Saint*Palais, maintenant siège de tribunal , autrefois siège des états et du conseil souverain de Navarre; j*ai dit que les cahiers des états se trouvent à nos archives.
Saint Jean-Pied-de-Port, plus célèbre par sa situation limitrophe, et voisine de la vallée de Ronceveaux, dispute à Saint-Palais le titre de capitale de la Basse-Kavarre; elle possédait cette prééminence sous les rois de races espagnole et béarnaise. Toutefois il n'y a rien à Saint-Jean- Pied-de Port, excepté un acte assez curieux entre les mains de M. Salaberry, par lequel Charles le Mauvais accorde la noblesse à tous les enfans qui naîtraient dans la rue Saint-Pierre. Bidache, antique et mémorable souveraineté des comtes de Gramont, possède, assure-t-on, des archives que je n'ai pu visiter.
Si du pays basque ou de l'ouest du département nous rentrons dans le Béam,.nous trouverons encore peu de chose, par la raison que l'existence de nos cités béarnaises est toute entière dans les fors et dans les instruments re-
(1e Labour. — M. Lerembonre faabitc k Saint-Jean-cle-Las la maison, eurieuse sous divers rapports, dans laquelle fut célébré le mariagre de Louis XIV et de Marie Thérèse. C'est de ce respectable citujea qae nous avons , à Id page 4>^ * rappelé le déyoucment à la cause de PhumAnilc dans la cause des Bohémiens. Mulgré son fpcand Sige 9 il souffrit aux clc>marches les plus pénibles pour concourir à la civilisation de cette caste abrutie.
cueillis au trésor de Pau (i). H eut été bien désirable de retrouver les cartulaires des anciennes abayes, et ceux des deux évêchés d'Oloron et de Lescar; il est vrai que la plupart des documens qu'ils devaient contenir ont été exploités dans les travaux de labbé Poeydevant pour les temps modernes des guerres religieuses, et dans la grande histoire de Marca pour les temps plus anciens. Mais en fait de documents politiques toute l'histoire du Béarn est à Pau. Orthez, antique capitale, a fait cette ville héritière de ses titres seigneuriaux, en même temps que les vicomtes de Béarn ont échangé leur résidence de Moncade pour celle du château de Phébus. Cependant on trouve à la mairie d'Orthez des titres qui remontent au i3.* siècle, des chartes particulières à l'administration de la ville, un serment de Gaston Phébus, ce grand souverain du Béarn, dont la mémoire est surtout consacrée par les Orthésiens ; car ceux-ci furent témoins de sa vie , de ses pompes, de sa mort, ils possédèrent sa demeure et son tombeau.
Enfin, il existe un dépôt d'archives d'une importance plus grande dans la vallée d'Ossau. Les antiques relations de cette vallée avec Pau sont un phénomène historique, judiciaire et admi-
(i) Voir aussi aui archives de Pau, à la section de déaombremrQt, liasse 300, nombre de procès-TrrbauK de raoD<fe I79I, coostaUat commeut la plupart des vieux titres des cominuDcs rurales uni été livrés aui flammes par ordre des commissaires du district*
nistratif , peut-être unique , et du moins bien airieux.
J'ai dit, et tout le monde sait en Béarn, comment Pau et son territoire avaient été dans Vorigine une conquête faite sur la lande du Pont- Long, au moyen de diverses concessions faites par les Ossalois, propriétaires de cette lande. Depuis ce temps, qui se perd dans les obscurités du 10.^ siècle, des contestations tantôt domaniales, tantôt judiciaires, souvent précédées ou suivies de sanglantes collisions, n'ont cessé d'exister entre les Ossalois et les communes usagères du Pont*Long. La révolution a traversé ces querelles sans les éteindre ou en détruire la cause. Un arrêt de la Cour Royale, en date du j I août »837 , réformant un jugement ptononcé par le tribunal civil de Pau le 18 août i835, a réglé les contestations sur le Pont-Long en attribuant à la vallée la moitié de la propriété. On comprend comment les communes d'Ossau ont du attacher de tout temps une haute valeur à leurs archives qui contenaient les titres d'une si importante possession. Ce trésor d'Ossau est réuni à Bielle, sous la conservation de trois maires qui possèdent chacun une clef. Je dois la communication de ces pièces à M. le baron d'Espalungue, représentant d'une de ces anciennes familles du Béarn dont les rangs s'éclaircissent , et qui, fidèle Ossalois comme ses pères, soutient depuis trente ans avec une persévérance infa-
tigable les droits de la vallée dont il est syndic. On voit dans ces archives beaucoup de discussions du i5.* et du i4*' siècle, toujours sur la lande du Pont-Long, entre Ossau et Févêque de Lescar et les religieux de Sainte-FoÎK à Mprlàas. Un des plus anciens privilèges est une confirmation donnée par Madame Jehane d'Artois el par son fils Gaston sous la date de l'iig. Toutefois je ne vois rien de plus ancien ( mais ce n'est plus un privilège) qu'un traité de paix entre les vallées d'Ossau et d'Aspe, par rapport à leurs hommages et à leurs prises respectives. Cette pièce est écrite en latin sous la date du 7 juin 1270. M. d'Espalungue a fait de vains efforts pour trouver des documens écrits ou traditionnels antérieurs à l'époque où , par l'extinction des vicomtes particuliers d'Ossau vers le commencement du 11.* siècle, la vallée fut réimie au Béarn ; on ne peut à cet égard que s'eii référer au livre VI de M arca dans sa grande histoire (i).
Enfin , et pour finir comme au début par la ville de Pau, sans toutefois revenir à nos archives explorées, nous aurons lieu de nous arrêter à la Mairie; les archives municipales sont
^1) La Taille J'Ossau dans Purigine est nrsi saltitt; c« qai s*accor«!e peu avec Ddnville et lès au'rea gèofrrapbcs qui en font le pays des aaciens osquidates. Urti saitus est d*aillcurs en rapport avec les arme* singulières d'Ossau y un ours et une Tache séparés par un arbre, avec cette le'gende s « Ossau et Béaru , vive la vacca. » — Voir sur les contestations d« la vallée deux impurtans mémoires imprime's, l'un de 1819» l'autre de 1837 ( p^ur M. Méstn). Beaucoup de pièces inédites du trésor d'Ossau y sont publiées.
loin d'être dépourvues d'intérêt. Dans le Livre Rouge sont inscrites depuis plusieurs siècles les lettres-patentes relatives aux développeinens de notre cité (i). On y trouve une lettre-patente de la régente Madelaine en î^?^) qui règle les jours de foire et les marchés de Pau ^-peuprès comme ils existent de nos jours encore. I^e nom de ville est donné à Pau pour la première fois, dans ce manuscrit eu tête d'une lettre de Jean et de Catherine , en date du 4 septembre 1498. Puis on voit l'acte d'affranchissement de la ville octroyée par Henri IV, et avec la ratification de ce même acte, donnée par la leine-régente la première année du règne de Louis XIII. Une chose bien étrange et qui se trouve consignée dans le Livre Rouge de la Mairie à Pau, c'est l'existence de la dîme du bourreau. Chaque espèce de denrée apportée au marché devait à l'exécuteur des œuvres de haute justice un droit fixé par les réglemens ; ce droit doublait an marché qui suivait une exécution. Ainsi l'on voyait ce terrible personnage, l'homme de la question , de la roue et du gibet , apparaître revêtu de son costume et parcourir les paisibles rangs de la halle pour recueillir lui-
(3) Beau inannscrit du 17.* siècle qni contient une transcription des pièces Ici plus anciennes relatives à la ville de Pau; les pîlccâ indiquées «ont aux feuillets 4o , 64, lU, H» , 271* —Le comte de Foix, dit Frois— sart, était en la vîl^e de Pau» où il faisait édifier un moult bel cbâtel . Pour lc8 accroissemens successifs du hameau de Pau, Saget, ioc. cit. ^ introd. p. 16, et un Ouvrage tout récent : « Panorama historique et des-» criplif de Pau et de sef environs, par A. Dugenne,» Passitn.
même cet éventuel de sa profession sanglante. L'auteur de Han-dlslande n'a pas sans doute connu ce singulier privilège, d'ailleurs confirmé par un arrêt du Parlement en date du a6 février 1768. Le fantôme du moyen-âge était là tout entier; pour le dissiper il fallait la Révolution.
Un dépôt très important à Pau est encore celui des registres du Parlement de Navarre. J'ai dit ( page 323) comment, introduit dans les archives de la Cour Royale de Pau, il m'a été permis d'interroger ces registres précieux. Aidé par les fidèles souvenirs de mon respectable introducteur M. le président de Charritte, ancien conseiller-maître de cette cour souveraine, j'ai pu caractériser ce vaste dépôt judiciaire, et recueillir bien des faits relatifs à la dernière période de l'histoire du Parlement.
Tels sont les documens inédits que renferme la ville de Pau; mais il y a aussi dans nos murs un trésor de biblographie digne du plus haut intérêt et que l'on ne saurait manquer de visiter. Je veux parler de la collection des livres sur Henri IV, amassée à grands frais et à grand soin par M. Manescau , intelligent bibliophile, qui prépare de cette partie de sa riche biblfothèque un catalogue raisonné. L'existence d'une collection d'ouvrages sur l'histoire d'Henri IV est assurément un heureux à-propos , auprès du château de ce grand roi. Henri disait qu'il avait donné plutôt la France au Béarn que le Béaru à la France. Cette exagération n'est sans doute
qu'une bonne et aflectueuse saillie du Béarnais ; mais ce qu'il y a de bien sûr, c'est que la naissance, la vie, la mort, en un mot la mémoire entière du roi de France, que nous avons pu appeler ( page a8a ) le XXVIP vicomte du Béarn , appartiennent plus particulièrement au pays de par soy^ comme disait notre bonne et vaillante reine Catherine, au pays alors indépendant qui a vu naître Henri IV.
Et maintenant, pour résumer les divers objets indiqués dans cet ouvrage, et qui par leur publication pourraient concourir à la pleine manifestation de l'histoire politique et littéraire de la France ; nous ramènerons ces objets à trois chefs
ici énumérés dans l'ordre progressif de l'intérêt que nous pouvons leur attribuer, i.® les frag-
mens des chants populaires , historiques ou autrement, recelés dans les montagnes béarnaises ou basques; il est nécessaire aussi de prendre en considération les pastorales, poésies dramatiques, mystères sacrés et profanes qui se représentent à certaines fêtes par les paysans de cette contrée en langue escuara; (i) a.® le manuscrit des vieux fors, soit du for général, soit
(i) Il convient d'ajouter un mot sur ce dernier point. Noos venons de lire ( Capitole , 33 octobre ) un article de M. Bucbon sur une représentation de ce genre au village de Saintc-Engrace. Il j est question du cordonnicr^poète de Tardets , Pierre SafFure^ auteur de pastorales, et qui un possède plus de jo manuscrites. Celles qui ne sont pas sur des sujets de religion , sont historiques eu chevileresques. M. Buchon a acheté à Saflfurc une pièce sur Clovis , qui Ini parait remontrr à i5oo. La plupart sont du 18." siècle. Roland, dout le souvenir est vivant dan» les Pyré*
des fors particuliers du Réarn, inestimable monument de langue, d'histoire et de législation au moyen -âge; 3.® une partie du trésor des Chartres de Pau, par exemple, les pièces relatives à lacquisition et à la perte de la Navarre par les aïeux maternels de Henri IV. Ce dernier objet pourrait donner lieu à une publication analogue au beau travail sur la succession d'Espagne, placé par M. Mignet dans la grande collection des documens historiques publiés à Timprimerie royale. D'un autre côté, beaucoup de pièces, dont j'ai mis au jour les analyses, montrent assez par leur teneur de quelle importance elles pourraient être, à l'égard des publications de M. Âug. Thierry sur le développement du tiera-état ou de la bourgeoisie en France.
Je termine donc ici, Monsieur le Ministre, la tâche que j'avais entreprise , et dont le principal objet était de vous soumettre un compterendu du trésor historique renfermé à la Préfecture des Basses-Pyrénées. Daignerez-vous jeter les yeux sur cette lettre et sur l'ouvrage dont elle est l'appendice ? Permettez-moi de l'espérer. Quand je me suis vu transporté dans ce pays, admirable sous tant de rapports, j'ai consacré
n^i'S, donne son titre à l'un Ae ces drames. On j joue aussi une pièce sur 1c sujet de Jt-an Tristan , histoire romanesque dont l'existence dans le i^ays coïncide avec celle du manuscrit Jcs archives, que nous avons décrit plus haut.
mes veilles à écrire sur son histoire; mais je n'avais pas reçu mission du ministre, ni de l'un ou de l'autre des comités historiques des chartes et des monumens , pour exécuter les recherches dont j'ai pris la liberté de vous offrir le résultat. Cependant j'ai pensé que vous accueilleriez ce travail avec bienveillance. Vous-même, Monsieur le Ministre, qui avez donné aux lettres françaises dans notre époque l'illustration que pour leur part elles vous ont rendue, vous ne repousserez pas celui qui , loin du centre où les efforts littéraires ont coutume d'être accueillis, et durant de longues années dévouées aux fatigues de l'enseignement, a toujours trouvé des veilles studieuses pour des travaux déjà nombreux, animé par le désir d'être approuvé de ceux qui sont les conservateurs ou les amis des bonnes études.
Veuillez agréer. Monsieur le Ministre, l'hommage de mon respect.