‹ Histoire de Bèarn et Navarre 1517 à 1572Chapitre 162 sur 169 · On a ajouté : prétendue · texte numérisé non relu

On a ajouté : prétendue

tiques qui eussent jamais esté. Parquoy vray semblablement ils useroient contre eux de la licence que leur religion leur donnoitet de mesmes injustices et cruautez qu’ils avoient fait par le passé ; à quoy ils estoient journelement incitez par les sermons de leurs prédicans, et les magistratz n’avoient encore fait nulle punition de tant de massacres et assassinats qui avoient esté faits sur ceux de la religion, ains faisant plustot office d’avocats que de juges, les excusoient, comme ayans esté poussez par la conscience et zèle fervent de leur religion à commettre ces horribles maléfices, qu’ils estimoient sacrifices plaisans et agréables à Dieu, et s’asseuroientde mériter envers sa divine Majesté toutes les fois qu’ils fesoient mourir quelqu’un de la religion, fut par la main du bourreau ou quelque autre massacreur. Que Sa Majesté devoit avoir souvenance de ce que lors que le Roy et son conseil fesoient plus grandes promesses de vouloir entretenir l’édit de pasification, devoit estre exécuté à Noyers sur les personnes de son beau-frère, le prince de Condé, et de l’amiral, et à Tanlay sur celle d’Andelot, et sur la sienne et celle de ses enfans par Losses. Car celuy qui avoit donné ce commandement et ceux qui l’avoient conseillé, estoient encores vivans et avoient la mesme autorité et puissance qu’ils avoient lors, et estoient ceux-là mesmes qui pressoient plus ce mariage, [qui vraysemblablement n’avoient changé leur volonté,] ce qui lui devoit rendre d’autant plus suspect tout ce négoce, et luy donner juste occasion de penser qu’ils s’estoient dissimulez plustot que changez, et avoient couvert leur mal talent plustot qu’osté. Que les Rois tenoient à grand deshonneur que leurs comman-

demens n’eussent eu la fin qu’ils s’estoient promise, et encore à plus grande injure que leurs sujets opposassent leurs armes à l’exécution de leurs volontez pour quelque chose que ce fut. Et le Pape et l’Espagnol fesoient ordinairement ces reproches au Roy : qu’il estoit plustot serviteur que maistre de ses sujets, et qu’il n’avoit la hardiesse ny la force pour se faire obéir; qu’il prenoit la loy de ceux ausquels il la devoit donner, à la grande ignominie de la dignité royale, laquelle ne se devoit moins maintenir avec les finesses et ruses qu’avec la force, et où la peau du lion ne sufisoit on devoit user 'de celle du renard. Car, disoient-ils, il n’estoit pas moins licite ni expédient aux Princes, offencez par leurs sujets, de les punir par justice que par injustice, par fidélité qu’infidélité, par armes que par cautelle. Et encore qu’on peut croire la jeunesse du Roy estre exempte de toute dissimulation et perfidie, néantmoins il estoit tellement possédé par son conseil, esclave du Pape et pensionnaire du roy d’Espagne et commandé par sa mère, et révéroit tant le Pape, redoutoit l’Espagnol et craignoit sa mère, qu’il ne feroit autre chose que ce qui seroit délibéré par son conseil, ordonné par le Pape, dicté par l’Espagnol et commandé par sa mère ; et estoit à craindre qu’ils ne luy fissent exécuter, en ce festin nuptial, ce qu’il n’avoit peu faire par tant d’assassinats, massacres, escarmouches, assauts, rencontres et batailles ; rendant les nopces de sa sœur aussi funestes à tous ceux de la religion réformée qu’avoient esté celle de Dina aux Sichémites et d’Antonin Caracalla aux Parthes.

Cette diversité d’advis troubloit fort l’esprit de la Roine qui eut volontiers suivi le dernier, si elle eut

osé, mais elle craignoit d’irriter le Roy et mescontenter ceux de sa religion, lesquels elle s’asseuroit désirer ce mariage plus pour le repos général de tout le Royaume et l’avancement de sa religion, que pour leur particulier. Parquoy, après leur avoir proposé les inconvéniens et dangers qu’elle prévoyoit devoir suivre ce mariage, duquel elle craignoit sortiroient plus de maux qu’ils n’espéroient de biens, condescendit à leur volonté, pour n’estre estimée avoir voulu par son opiniastreté reculer tant de biens qu’ils se promettoient en devoir réuscir pour toute la France et la religion réformée ; pour lesquelles ceste Dame protestoit de ne faire jamais difficulté de sacrifier sa propre personne et celles de ses enfans, et prioit Dieu y vouloir jetter sa bénédiction et luy donner l’heureuse fin que tant de gens de bien de l’une et l’autre religion en attendoient. Toutesfois elle voussit avoir l’avis des plus doctes théologiens, comme elle s’y devoit porter pour le fait de la religion, car quoi qu’en deut avenir, elle ne vouloit rien faire qui fut contre Dieu et blessast sa conssience ni celle de son fils.

Cependant, pour n’offenser le Roi, qui eut peu prendre en mauvaise part tant de longs délays, Beauvais, l’un des gouverneurs du Prince [et qui avoit plus de crédit envers la mère que tout autre], fut envoyé en cour pour remercier les Majestez du Roy et de sa mère et entendre leurs volontez. Il fut recuilli avec si bon visage du Roy et de sa mère, qui estoient à Blais », qu’enivré des fumées de la cour, il luy tardoit d’estre de retour pour mener incontinent en France la mère et le fils. Estant donques arrivé en 1. Blois.

Béarn, il ne se pouvoit taire du bon accueil qui lui avoit esté fait ; mais ceux qui n’avoient l’entendement opilé par les cruditez et viscositez de l’ambition et de l’avarice, avoient ces trop grandes caresses pour suspectes, se fondans sur ce proverbe commun : qui caresse plus qu’il ne souloit, trompé avoit ou tromper vouloit.

Pendant le voyage de Beauvais la Roine, avec ses enfans et les princes de Condé et de Conti et le comte Ludovic de Naussau, frère du prince d’Orenge, partit de La Rochelle pour faire un tour en Béarn, où elle arriva sur la fin d’aoust, et ayant fait un voyage aux Eaux-Chaudes pour sa santé, assembla les Estas à Pau. L’abolition générale de toutes les choses passées pour raison des troubles y fut confirmée et le tableau des proscrits abbattu. Et le dernier d’octobre, l’an 1571, les Estas de Béarn demandèrent par requeste à la Roine que, veu qu’il apparoissoit par la parole de Dieu la religion romaine estre pleine d’erreurs, idolâtries et superstitions, qu’il n’estoit assés que les images et autels de la Papauté eussent esté abatus et démolis et l’exercice de cette religion chassé par les armes, si par l’autorité delà justice souveraine le démolissementn’estoitconfirméetinterditdejamaisrebastir, redresser, remettre, prescherni enseigner rien qui fut de la Papauté ; car ce qui en avoit esté fait jusques lors sembloit l’avoir esté plus tôt par violence que par raison; qu’ils supplioient donc Sa Majesté vouloir faire passer par la loy inviolable ladite abolition, avec défense à peine de la vie de faire à l’avenir en tout le pais, publiquement ou secrètement, aucun exercice de la Papauté, et que tout le peuple fut instruit de sa

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