‹ Histoire de Bèarn et Navarre 1517 à 1572Chapitre 57 sur 169 · On a ajouté : prétendue · texte numérisé non relu

On a ajouté : prétendue

et de la Royne pourveu qu’il les allast trouver en cour et y menast son frère et où il ne le feroit, luy proposoient l’ire du Roy, ses grandes forces et celles du Pape et du roy d’Espagne, qu’ils disoient estre toutes prestes pour marcher contre luy, incontinent que le Roy auroit entendu son refus ; que les promesses que ceux qui cstoient auprès de luy luy fesoient, n’estoient que chimères et vent qui se trouveroient sans, nul effect au besoin, car le peuple est prodigue en promesses et très ciche et très avare au fait ; et le Roy avoit tellement pourveu par toutes les provinces qu’il estoit impossible d’y ferc aucune levée sans son sceu ; et quand bien elle se pourroit faire, se seroit populace sans cœur, expérience ny discipline militaire, qui seroit aussi tost défaite que levée par les gens du Roy, qui estoient toutes les compagnies de gens d’ordonnances et tous ceux qui en ce Royaume s’ estoient jamais meslez de la guerre ; de sorte qu’il seroit à luy une grande imprudence de se mettre aux champs sous les vaines promesses de ces gens qui estoient sans force et sans moyens ; que s’il avoit envie de se perdre avec ses désespérez, qu’il eust au moins quelque esgard à toute la maison de Bourbon de laquelle il estoit chef de linage et à sa femme et à ses enfans, la perte de tous lesquels indubitablement suivroit la sienne ; qu’estant en cour il pourroit rabatre l’audace de ses ennemis, qui, quelque mine qu’ils fissent, le désiroient plustot loin que près, craignans que la présence de luy et du prince de Condé n’apportassent quelque changement aux affaires et diminution au gouvernement qu’ils a voient usurpé ; que tous les princes du sang se joindroient infaliblement à eux avec

les officiers de la couronne et toute la principale noblesse de France. Ses plus privez conseillers [secrets partisans des Guises] chantoient tous les jours secrettement cette mesmes chanson à ce Roy, lequel enfin resolust le voyage de la cour qu’il avoit si longtemps dilayé.

Cela ne fut plustot venu à la connoissance des députez, . qui estoient auprès dudit Roy, qu’ils délibérèrent de parler à luy plus ouvertement qu’ils n’avoient encore fait pour luy oster, s’il estoit possible, la crainte qui l’avoit saisy et asseurer en quelque manière [son inconstance l ]. Ils luy remonstrèrent donq qu’il rcdondoitau grand détriment de toute la France et au mespris de toute la noblesse, principalement des Princes, officiers de la couronne plus anciens conseillers et serviteurs du Roy deffunt, que deux seuls hommes descendus d’autre nation, et qui ne pouvoient prétendre en France tiltre ne rang que de simples gentilshommes, usurpassent une telle autorité sur tout le royaume, qu’ils manioient le Roy à leur volonté et disposoient non seulement des finances, de la guerre et de la justice, mais aussi de l’honneur, vie et biens de tous les François de quelle qualité qu’ils fussent, sans compagnon ni contreroleur de leurs actions et sans esgard à la qualité, vertu, fidélité, expérience et longs services des personnes, haulçoient et abaissoient, introdui soient et deschassoient ceux qu’il leur plaisoit ou qu’ils pensoient les pouvoir aider ou empescher en l’exécution de leur secret préparatif de saisir un jour cest Estât qu’ils prétendoient leur appartenir et le fesoient ainsi

!. Variante : et V asseurer en quelque manière que ce fust.

courir entre leurs plus confidans comme sortans de l’estoc de Charlemaigne et des rejettons de cette souche. Et pour le persuader à ceux qui ignoroient l’histoire françoise avoient fait dresser une généalogie de la maison de Lorraine remplie de faucetez et mensonges pour la faire descendre dudit Charlemaigne, afin qu’ayans gaigné ce point, ils puissent venir à l’exécution du décret du pape Étienne II : que nul qui ne seroit de la race de Charlemaigne ne puisse estre roy de France, avec malédiction aus François s’ils fesoient autrement. Mais que le royaume de France n’estoit en rien sujet au Pape et ne pouvoit tomber en censure d’interdit ny excommunication, et estoit notoire par l’histoire françoise que la postérité masculine de Charlemaigne estoit delFalie, il avoit plus de 500 ans, en Charles, duc de Lorraine, frère du roy Lothaire et oncle de Loys V, fils d’iceluy, à qui l’empereur Othon II avoit donné le duché de Lorraine, pour le distraire de l’affection des François, aux conditions qu’il tiendroit ledit duché en foy et hommage de l’Empire. En quoy ledit Charles luy avoit si bien obéy qu’il en avoit encouru la malegrace de tous les François et avec sa vie en avoit perdue la succession du Royaume, car comme il en vouloit prendre possession, les François conduits par Hue-Capet s’estoient tellement opposez à luy qu’après l’avofr combatu, défait et prins à Laon, il mourut prisonnier à Orléans avec deux enfans que sa femme luy fit durant la prison. Depuis le duché de Lorraine avoit changé de race, de nom, d’armes et de seigneurs pour le moins six ou sept fois, ayant esté donné par les Empereurs comme fief de l’Empire à divers gentilshommes, ou estant tombé en quenouille avoit esté trans-

porté à plusieurs maistres qui n’estoient que simples gentilshommes jusques à tant que Isabeau, fille de Charles, duc de Mozelane, qui possédant quatre ou ci ne places de ce duché sur la rivière Muse l , se fesoit nommer duc de Lorraine, l’avoit apporté à René, duc de Bar, frère et successeur de Loys III, duc d’Anjou et roy de Sicile, qui laissa une fille, nommée Yoland, qui fut femme de Ferry de Vaudemont, fils d’Antoine de Vaudemont, frère dudit Charles, duc de Mozelane, qui descendoit de la maison de Graville en Normandie. De ce Ferri descend la maison de Lorraine qui est aujourdhuy en pied, car Ferry et Yoland laissèrent un fils nommé René qui fut père d’Antoine, duc de Lorraine, et de Claude, duc de Guise, père des Guises; qu’il estoit à craindre que ces hommes enyvrez de l’ambition et ensorceliez de cette faussé opinion qu’ils estoient les légitimes successeurs de Charlemaigne ne voulussent un jour avoir en effect ce qu’ils tenoient jà par fantasie ; ce que leur seroit très facile puisqu’ils possédoient le Roy à leur volonté et manioient le Royaume avec l’autorité absolue; et autre chose ne pouvoit rompre cette exécution que l’opposition des bons françois qui n’estoient encores infectez de la contagion Lorraine ; par ainsy qu’ils feroient bonne mine jusques à tant qu’ils auroient achevé de désapointer et chasser du près de Sa Majesté tous les plus gens de bien et tous ceux qai pour leur sang ou le devoir de leurs offices la dévoient tousjours environner et appuyer et par manière de dire luy servir d’yeux, oreilles, bouche, mains et pieds, pourvoir, juger, con- *

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