Bouclier rond et convexe
Bertranet * avec cinquante hommes furent mis dehors pourrecognoistre lesdites tranchées, ausquelles ils parvinrent si couvertement que ceux de dedans furent attrapez, les uns dormans, les autres jouans, les autres banquetans ; et après avoir tiré quelques harquebusades, ils se fourrèrent pesle et mesle parmi eux avec telle furie, qu’ils laissèrent morts sur la place environ cent soldats avec le capitaine Roquelaure * et son lieutenant et les capitaines Cabenac et Abère 3 , lieutenant et enseigne de Gohas. Ceux de dedans ne perdirent qu’un homme et trois blessez, et outre les morts qu’ils laissèrent pleurer à leurs amis, ils menèrent prisonnier le capitaine Bertrand d’Arras \ enseigne du capitaine Lisos, avec un autre soldat, et rapportèrent dedans Navarrenx deux harquebuses à croc, quarante et huict communes, sept cors de cuirasses, dix halebardes, plusieurs manteaux et autre bagage. Cette exécution estonna et fascha tellement les assaillans que, par despit, la nuict suivante ils firent pendre le laquay du sieur de Lobie, qui avoit esté pris sortant pour la seconde fois de Navarrenx, et un serviteur d’Auger de La Rose 5 , général des finances de la Roine, qui avoit esté aussi attrapé comme il vouloit entrer dedans la ville, venant
t. Bortranet de Belloc était sergent de la compagnie du gouverneur Bassillon (Arch. des Basses-Pyrénées, B. 952).
2. Bernard, seigneur de Roquelaure, second fils do Géraud, seigneur de Roquelaure, et de Catherine do Besolles.
3. Johanot de Cauna, seigneur d’Ahère près Morlaas (Basses- Pyrénées).
4. Arras, canton d’Aucun, arrondissement d’Argelès (Hautes- Pyrénées).
5. Auger de La Roze fut trésorier général depuis 1557 jusqu’en
de La Rochelle. Ceux de dedans les allèrent despendre Lendemain en plein jour et les portèrent dedans la ville, sans que ceux de dehors osassent tirer le nez pour regarder seulement ce qu’ils fesoient, car ils avoient esté tant de fois batus aux sorties par ceux de dedans, qui scmbloient plus tôt assaillans qu’assaillis, qu’ils n’en voyoient sortir un que la plus part ne s’enfuit ; et leurs soldats, pour n’estre contraints d’aller aux tranchées, se desbandoient de telle sorte qu’il fut tems que devant Navarrenx avec tous les drapeaux n’avoit pas huict cens hommes. Qui donna occasion à Terride de vouloir lever le siège, mais les [gentilshommes] béarnois et les Basques le retinrent, sous promesse qu’ils feroient venir tout le pais de Béarn et Basques pour continuer le siège. Néantmoins leurs commandemens sur peine de la mort, ni les prosnez des curez [avec promesse de planière indulgence et de la vie éternelle] n’en peurent assembler grande troupe. Ce fut un grand bien pour le service de la Roine et pour lui faciliter le recouvrement de son pais, que la volonté de Terride de lever le siège ne fut suivie, car s’il eut retiré son armée et l’eust logée aux villes et les eut un peu fortifiées, le secours qui y arriva après n’eut eu moien ni loisir de les assiéger ny de les prendre.
[Environ le 1 1 de juing le collier de l’ordre de Saint- Michel fut apporté à Oloron à Esgarrebaque, en récompense des grands et notables services qu’on luy fesoit entendre qu’il avoit fait au roy de France.] Et environ le 1 5 de juin arriva de France La Marque, valet de chambre du Roy, qui portoit lettres de Sa Majesté aux Estas de Béarn qui furent convoquez pour le cinquiesme
de juillet à Luc 1 2 3 . Là furent leues lesdites lettres par lesquelles le Roy remercioit tout le païs de ce qu’il avoit fait pour son service, et pour ce qu’il avoit délibéré de mettre ordre à la justice, finances et forces nécessaires pour garder le païs de Béarn, [tant qu’il le tiendroit en sa protection,] ne l’ayant voulu faire sans l’avis desdits Estas, il les prioit lui mander ce qu’il leur sembleroit estre nécessaire. Ils arrêtèrent qu’ellection seroit faite de certains personnages, natif de Béarn, estansde la religion [romaine*], pour exercer la justice, et que tous les biens de ceux de la réformée et de tous ceux qui estoient dedans Navarrenx ou absens du païs, de quelque religion qu’ils fussent , n’aVans voulu recevoir la protection, seroient saisis et affermez au profit dudit Roy. L’évesque d’OIoron futestabli surintendant sur ce négoce, auquel les jurais de chascun quartier seroient tenus de rapporter le nom et dénombrement de ceux de ladite religion et autres leurs complices, présens ou absens; fut aussi arresté que tous les jurais qui avoient fait profession de la religion ’ réformée seroient déposez de leurs charges, et d’autres de la religion [romaine 4 ] mis en leur place, de quoy la commission fut donnée au séneschal. Et d’autant que l/argent dcffalloit à l’armée de Terride, ils arrestèrenl qu’il seroit empronté aux intérests en Espagne trente mille ducats pour les frais de la guerre, desquels tout le païs s’obligeroit ; et pour faire ledit empront procuration fut faite à Esgarrebaque et