DE L’HISTOIRE DE NAVARRE
Sire, ce grand Alexandre avoit acoustumé de dire qu’il se sentoit plus estroitement redevable à son maislre qu’à son père, d’aultant, disoit-il, qu’il avoit rcceu la vie et le vivre de son père, mais le bien vivre de son maistre. Se sien maistre, Sire, n’estoit rien plus que l’aquisition d’une infinité de belles vertus qu’il c’estoit faite par la cognoisance de l’histoire et de la philosophie qui estoit la guide de sa vie et de ces actions. Vous qui estes ce jourd’hui le seul résignataire et successeur de la valeur et du mérite de ce grand monarque, qui assurés vostre Estât par la vive force de l’un, rompés et dissipés les plus hauts desseins de vos ennemis par la vertu de l’aultre, et comme ce grand Hercule , vostre devancier, ayma mieux de suivre la vertu avec toutes les difficultés que ceste difforme vielle luy proposoit, que de croupir oysifseur le gyron de la déesse Vénus, qui lui promettoit sans paine plus que la possession des Islcs
t. Cette dédicace adressée par Nicolas de Bordenave à ITcnri IV est autographe.
Fortunées, vous aussi, poussé d’une divine inspiration pour attaindre la perfection de ce grand héros, avés mesprisé tous hasarts pour savourer avec plus de douceur les fruicts qu’ons retire de la vertu, layssant un éternel tesmognage à la postérité, que l’ambition des grandes natures ne pouvant s’asservir que par l’exécution des plus haultes entreprises , elles doivent estre guidées plus par prudence et sagesse que nous retirons de la cognoissance de l’histoire que par une violance ou force naturelle, tellement que layssant des préceptes infaillibles pour passer avec plus d’assurance. Vous conformant à la volonté de Madame vostre mère, nostre Roinc, de glorieuse mémoire, vous m’avés comendé de tracer l’histoire de Navarre et Béarn , laquelle je vous offre à vous qui estes le miroir de vertu, de perfection, de proesse et de valeur, bricf la seule marque de divinité qu’on voit reluire ici baas et en effect ce grand Mars qu’on nous figure par imagination ; recevés la donc, o grant Hercule, avec pareille affection que fit ce grant Roy l’eau qui lui feust offerte à deux mains par un vilagois, vous asseurant que je ne m’eselogneray de mon devoir ni de la sainte intention que je ay.