‹ Histoire de Béarn et NavarreChapitre 125 sur 160 · Ce mot a les deux sens de treille et de corde · texte numérisé non relu

Ce mot a les deux sens de treille et de corde

Diq

jasçoit qu’ils fussent seze compagnies de infanterie, deux d’hommes d’armes et deux d’harquebusiers à cheval, beaucoup de gentilshommes et bons capitaines, ils n’eurent néantmoins la hardiesse de se présenter à la deffense de la muraille ; ains effrayez et troublez s’enfuirent dedans le chasteau , sans faire que fort petite résistance, non toutesfois si viste qu’il n’en demeurast environ mille par le chemin.

Depuis que les troupes furent dedans, il y eut plus de tuerie que combat ; et y avoit une telle confusion entre les soldats que plusieurs tuèrent leurs compagnons, ne se rcconnoissans l’un l’autre; et les cris, les pleurs, les hurlemcns et les gémissemens estoient si grands par la ville, que les plus asseurés en avoient horreur, et ceux qui espouvantoient les autres n’estoient guère moins espouvantez qu’eux ; car outre le massacre des habitans, qui fut quasi universel, la ville qui estoit en plusieurs endroits embrasée, fut tout à plat pillée. Et les Orthésiens changèrent lors de musique , car comme ils avoient receu Tarride avec processions [et dances publiques], chantans : Dirai s'es

10 ben , Ninetes , birat s'es de l'autre estrem'; à l’arrivée de Mongomeri, pleurans et gémissans, crioient : Merci, miséricorde, sauvez-moi la vie.

Tarride qui, avec les principaux de son armée, s’estoit retiré dedans le chasteau d’Orthez , fut soudainement assiégé et sur le soir sommé ; mais pour ce qu’il espéroit avoir secours de Monluc,

11 ne se voulut rendre. Parquoy le canon fut envoyé quérir à Navarrens, qui arriva l’endemain sur

1. Phrase béarnaise qui signifie : Lèvent a tourné, A inette, il a tourné de Vautre côté.

le soir. Cela estonna les assiégez qui, n’ayans plus de vivres ni nouvelles de secours, mirent dehors par une corde Saint-Salvy 1 , frère de Terride, et Basillac pour parlementer et capituler ; mais n’estans peu tomber d’accord, Basillac s’en retourna et Saint-Salvy demeura au camp. L’endemain, pressez de la faim et de la crainte, ils firent de rechef sortir Basillac avec Amou*.

Ils accordèrent, mais trop tard, que les ministres, qui avoient été pris à Pau, seroient mis en pleine liberté ; queTarride demeurerait prisonnier entre les mains du comte, jusqucs à tant qu’il aurait fait mettre en liberté Corteville \ frère dudit comte, ou baillé huict cens escus pour une partie de la rançon en laquelle il avoit esté taxé, et fait mettre en liberté le baron de Paulin qui estoit prisonnier ; que les vies seroient sauvées à tous les autres chef, lesquels demeureraient cependant prisonniers jusques à tant qu’ils eussent rachapté d’autres de leur qualité ou eussent satisfait à la rançon à laquelle ceux de la religion * seroient cottisez ; que les soldats sortiraient avec le baston blanc et se retireraient où bon leur semblerait, toutesfois si aucun d’eux vouloit suivre l’armée, y serait receu ; que l’artillerie qui estoit dedans le chasteau et en la ville demeurerait entre les mains de Monsieur le prince de Navarre. % Dedans le chasteau estoient Tarride, lieutenant-général, Gerderest, Amou et Sainct-Félix , chevaliers de

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