Antoine-Gabriel, seigneur de Sus, près Navarrenx
6. Vieux synonyme de hache, dans le sens d’instrument de supplice (Voy. Littré).
et le bon traittement qu’ils oyoient avoir receu tous ceux par où les gens du secours avoient passé, sans avoir offensé autres que ceux qui porloient les armes avec les protecteurs, ou avoient en quelque sorte favori la protection. Et la commission de Mongomeri, laquelle il avoitfait publier en Ossau en passant, apportoit d’user de toute douceur envers le peuple ; ce qui avoit si bien asseuré ceux dudit Ossau, qu’ils avoient quitté la protection et avoient reconnu et receu Mongomeri pour lieutenant-général de la Royne, leur dame, et lui avoient administré vivres; et plusieurs s’estoient joints à luy, comme avoient aussi fait quelques autres de Pontac, Nay, Coarrasc, Asson, desquels Incamps avoit fait une compagnie. De quoi le conseil de Pau avoit esté tant irrité que, ne sachant encore rien de la capitulation et reddition du chasteau d’Orthez, escrivit à ceux de la vallée d’Ossau la lettre suivante :
« Messieurs de jurats et habitans de la vallée d’Ossau, nous avons esté advertis, à nostre grand regret, que à la persuasion de quelques-uns, vous avez délibéré vous disunir et séparer du cors de tout le pais et quitter la protection du Roy, laquelle vous avés volontairement receue avec tous les Estas du pais ; ce que nous esmerveilleroit grandement et inciteroit tout le pais vous courir sus comme à proditeurs de la patrie. Parquoy nous vous avons voulu exorter et prier, pour vostre grand bien et proffit et repos publique, de continuer en ladite protection et vous venir joindre avec tout le cors. Et à faute défaire à ce coup vostre debvoir, comme chascun a délibéré de faire, nous serons contraints, pour le debvoir de nostre charge, vous publier
traistres et proditeurs, atteints et convaincus du crime de lèze-majesté, et comme telz vous punir et confisquer voz biens. Toutesfois nous espérons que ne vous ferez un si grand tort, vous priant nous advertir de vostre volonté, laquelle nous prions Dieu estre autre que le rapport que nous en a esté fait. De Pau, le 1 6 d’aoust 1369. Voz bons amis et très affectionnez, les gens tenans le Parlement. Par mandement du Parlement : J. de Bordenave. »
Le sindic Luger leur escrivit la suivante :
« Messieurs de la valée d’Ossau, la république de Béarn, par la grâce de Dieu, a esté composée de trois Estas, assavoir : de l’Eglise, de la Noblesse et le Ticrs- Estat, et vous estans du cors du pais, avec consentement desditz Estas, avez receue la protection du Roy Très-Chrestien, afin que les hugenotz hérétiques ne se peusscnt saisir du présent pais, comme ce faire ils avoient déjà longtems arresté. Je suis asseuré que la plus part de vous estes chrcstiens et bons catholiques par la grâce de Dieu ; toutesfois effrayez de quelques troupes de hugueuotz larrons, meurtriers, sacrilèges, incendiaires qui se sont jettez dedans le pais, ou bien estans séduit/, et trompez pour vous avoir donné faux entendre, vous vous êtes esbranlez et avez favory lesditz ennemis d’hommes et vivres et autre secours qu’ils vous ont demandé, comme l’on a fait entendre à la noblesse et au cors du pais composé de personnes catholiques, ce que je n’ay encores peu me persuader, estant plus que asseuré que vous estes hommes preux, qui ne voudriez avoir fait chose aucune contre voz consciences et la protection receue par le cors du pais composé de personnes catholiques. Toutesfois afin
d’en estre asseuré, il m’a esté commandé par Messieurs de l’Eglise, de la Noblesse et gens du Tiers-Estat catholiques, vous escrire la présente et vous sommer de nous faire déclaration par escrit si avez intention de suivre leur party ou vous unir avec les huguenotz larrons, qui sont entrez dedans le païs, et porter les armes contre tout le présent pais et personnes catholiques et contre le Roy Très-Chreslien, nostre protecteur, et contre le pais d’Aragon et d'Espagne, qui sont catholiques et nous veulent favorir et aider à soustenir la querelle de Dieu ; ou bien si vous délibérez vous entretenir avec tout le cors du pais sous ladite protection et nous favorir et aider tant d’hommes que de vivres et armes et de toutes autres choses nécessaires pour nuire et confondre nosdits ennemis. Je vous prie donc, pour l’honneur de Dieu, recevoir ma remonstrance comme de vostre très humble et fidèle serviteur, et considérer si vous avez moyen de vous passer du corps du pais, des royaumesde France et d’Espagne, et principalement penser qu’il est aujourdhuy question de la gloire de Dieu et de soustenir son église. Aussi vous vous pouvezasseurerque le comte de Mongomeri et ses troupes larronnesses ne peuvent estre autres que vos ennemis, veu les saccagemens, bruslemens, meurtres et rançonnemens et autres actes d’hostilité qu’ils exercent. Ce que vous doit faire croire qu’ils ne sont envoyez par la Royne. car s’ils estoyent ses bons serviteurs ne brusleroient son pais , ne tueroyent ses bons et fidèles serviteurs, ains plustot luy conserveroyent ; sinon que Sa Majesté ait intention de nous faire tous exterminer, comme elle a commandé par lettre audit comte de Mongomery, surprise par le sieur
de Monluc, le double de laquelle je vous envoyé ; par laquelle vous pourrez voir que Sa Majesté commande que tous les catholiques, tant hommes, femmes qu’enfans, soient mis au fil de l’espée, afin qu’il n’en demeure aucune semence en Béarn, et elle baille le pais et noz biens et maisons aux huguenotz estrangers. Les valées d’Aspe et de Barétous sont unies avec le corps du pais catholique. Parquoy je vous somme, comme sindic, me déclarer si vous vous en voulez séparer et refuser la protection, afin de vous traitter comme hérétiques et ennemis de Dieu et de son église catholique et en général de tout le cors du pais et des roys de France et d’Espagne, qui de tous costés nous envoyoient secours, faveur et aide. Messieurs de Monluc et de Bellegarde sont jà jointz ensemble avec deux mille chevaux de service, et s’en vont droit à Orthès pour secourir Messieurs de Tarride, Sainte- Colome et les autres, et combattre noz ennemis. Monsieur de Viellambitz, chevalier de l’Ordre du Roy, avec un bon nombre d’enfanterie, se vient joindre avec le sieur de Bonasse. Dieu nous veuille aider. Cependant je vous supplie et requiers encores un coup me faire rcsponce par escrit. De Pau, ce 16 d’aoust 1569. Vostre humble amy et serviteur, De Luger, sindic de Béarn. »
La lettre mentionnée par le sindic avoit esté finement supposée pour entretenir par crainte le peuple du costé de la protection. Car elle portoit commandement à Mongomeri de faire tuer ceux de la religion romaine sans discrétion d’aage ni de sexe. Mais sa commission qu’il avoit jà fait publier, passant par Ossau, et le traittement que tous ceux qui ne se met-
toient en deffcnse recevoient de son armée, descouvroient l’imposture de cette lettre et donna occasion au peuple de la juger fausse et de rejetter celles du Parlement et du sindic. Cependant Bonasse avec Vielleambits, <jui avoit un régiment de sept compagnies de fanterie et quelques hargolets du conseiller Marqua, sous prétexte d’aller couper chemin à l’armée du secours, laquelle pour tromper le povre peuple ils disoient s’enfuir par le pié de la montaigne, fut audit Ossau, pour regaigner le peuple par amour ou par force ou piller ceux qui s’estoient joints aux troupes du secours; mais ayant commencé de piller les villages d’Arudi et Loubié, il entendit la reddition du chasteau d’Orthez, qui luy fit promptement rebrousser chemin et quitter son pillage.
Le jour après la reddition du chasteau d’Orthez Gramont et Môngomeri parlèrent ensemble en la maison de Vaurc 1 près d’Orthez. Tous désiroient fort que Gramont suivit cette armée et chacun l’espéroit, et n’y eut autre empeschement, sinon d’autant qu’il avoit esté autres fois lieutenant général en Béarn. Il demandoit d’estre associé et receu pour compagnon en la lieutenance générale dudit Mongomeri, et que lors qu’ils feraient quelques despèches en commun, le secrétaire du comte les despèchant, mettroit : Gabriel , comte de Mongomeri, lieutenant général de la roine de Navarre en toutes ses terres et seigneuries, et 1e sieur de Gramont ; et si le secrétaire de Gramont escrivoit, mettroit : Le seigneur de Gramont et le comte de Mongomeri, lieu-
1. Le château de Baure dans la commune do Sainte-Suzanne, canton et arrondissement d’Ortliez (Basses-Pyrénées).
tenant général de la Roine , et que lorsqu’ils seroieut hors de Béarn, ils s’accorderoient par ensemble selon l’avis des gentilshommes qui seroient en l’armée. Ce que Mongomeri ne voulant accorder, Gramont se retira en sa maison ; et lui fut mandé de ne costoyer l’armée de deux lieues.
Cela rompu, le comte prit le chemin de Pau et envoya le sieur de bons et saisir de Lesca avec charge de faire sommer Peyre de luy rendre la ville de Pau, qui pour ce coup fit l’oreille sourde. Toutesfois le dix-neufviesme , craignant d’estre cerné, comme il eut esté l’endemain, ayant envoyé le président Etchard et Beudoat 1 2 à Lesca vers Lons, comme s’il eut voulu capituler de la reddition de la ville, mais plustot craignant qu’ils luy donnassent cmpeschement à sa fuite qu’il préparoit. Incontinent qu’ils furent partis, avec haste, crainte et estonnement, n’ayant eu loisir d’achever de souper, ny mesmes de prendre ses botes, et dire à Dieu à ses soldats et aux habitans, fit secreltement mener ses chevaux dehors la ville, monta dessus et se sauva à course de cheval. Les prisonniers de la religion*, qui du haut de la tour descouvroient cela, furent bien aisesde le voir fuir [et, ayans rendu grâces à Dieu, 3 ] descendirent 4 et s’estans saisis des armes de ceux qui estoient au cors de garde, se rendirent maistres du chasfeau de Pau. L’alarme s’estoit cependant eschaufée si bien dedans la ville
1 . Il s’agit peut-être de Raymond Du Beudat, capitaine et valet do chambre du roi de Navarre en 1582.