‹ Histoire de Béarn et NavarreChapitre 138 sur 160 · Pont d'Osserain · texte numérisé non relu

Pont d'Osserain

d’espions parmi les troupes béarnoises , en fut adverti et deslogea la nuict si coyement, qu’il estoit hors de danger auparavant qu’on en sentit rien. Il prit le chemin de la Basse-Navarre et Bonasse celuy d’Aspe. Luxe fut suivi par les lieutenans qui le chassèrent de toute la Basse-Navarre. Et Bonasse, ne se voulant plus fier aux Basques, qu’il disoit avoir trop de confiance en leur bien en jambe, pour s’arrester aux combats fermes et tenir teste à l’ennemi aux combats de la main, se voussit approcher de Gascogne, dont il espéroit plus de support que de secours ; et ayant d’une corvée traversé tout le pais de Béarn, avec sa compagnie d’infanterie et celles du Grec de Podens et Abbadie d'Iseste 1 , arriva en Bigorre à Saint-Pée-de-Gerès', sans que les troupes d’Ossau et d’Oloron, qui estoient à sa queue, lepeusentaccoussuvvre. Toutesfois, si elles ne se fussent arrestées au village d’Asson, l’eussent attrapé et défiait au passage delà rivière, où il employa plus de deux heures, car il fut contraint de passer ses gens sur des chars, qui d’autre costé estoient si harassez qu’ils ne se pouvoient bouger et à grand peine une vingtaine avoient corde ni feu. Il séjourna là six jours et se joignirent à luy plusieurs Béarnois qui, fesans bonne mine, s’ estoient tenus cois en leurs maisons

1 . Jean d’Abbadie, d’I/.este, marié à Isabelle, fille de Louis de Tnrdets, seigneur de Sauguis {Archives des Basses- Pyrénées, K. 149! et 1859). — Il existe dans le même dépôt (E. 1888) une pièce intéressante , c’est le testament de Louise d’Abbadic , d'hoste, mère du capitaine : elle déclare que son frère Raymond, curé d’Izesto, lui a prêté 40 francs pour que Jean, sou fils, n’aille pas à la guerre. Ce testament est de 1565.

2. Saint-Pé, chef-lieu de canton de l’arrondissement d’Argelès (Hautes-Pyrénées).

depuis l’arrivée de Mongomeri. Il envoyoit secrètement la nuict par les villages pour prattiquer le peuple et, [pour mieux tromper les simples,] fesoit rendre le bestail et tout autre butin à ceux de la religion [romaine 1 2 ], leur disant qu’il avoit hazardé un passage si dangereux, non pas pour les piller, mais pour les deffendre et les délivrer de la tyrannie des huguenots [et restablir la religion romaine.] Tout le peuple, qui panchoit de son costé plus que de l’autre, luy prestoit volontairement l’oreille et déjà commençoit secrettement à gronder et se remuer, quand Bonasse, adverti qu’Arros et Montamat le venoient trouver, se retira dedans Lourde, où ils le furent reconnoistre, mais lui, se connoissant foible pour le combat en gros, comme il estoit homme de guerre, se tint dedans son fort où il eut esté promptement assailli, sans que les lieutenans craignoient que la forteresse du chasteau les retint si longuement que Monluc eut le loisir de les venir trouver, par ainsi se retirèrent. Cette rettraite accreut l’audace à Bonnasse qui se promettoit d’estre invincible aux Béarnois et, pour sc loger plus au large, quittant Lourde, s’en alla à Tarbe avec huict compagnies de fanterie qui furent tous receues par les habitants. Le chanoine Idron*, béarnois, Viele-Pinte et Bégole l’allèrent incontinent trouver avec tout ce qu’ils peurent ramasser, de manière qu’en peu de jours il eut plus de mille hommes ensemble. Il fist accoustrer la ville et la prouvoir de toutes choses nécessaires. Et d’autant qu’il n’avoit aucun commandement sur la

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