‹ Histoire de Béarn et NavarreChapitre 140 sur 160 · Jean de Rivière, vicomte de Labatut · texte numérisé non relu

Jean de Rivière, vicomte de Labatut

Idron qu’ils avoient entendu que les catholiques avoient délibéré, entrant en Béarn, de saccager indiférement tout le païs, ce qu’ils leur prioient vouloir empescher et ne permettre que les catholiques et bons serviteurs du Roy fussent traittez comme les hérétiques et rebelles, leur asseurant que, de leur costé, ils travailloient le plus qu’ils pouvoient de se mettre en équipage pour se trouver à la feste. [Et Pévesque d’OIoron, escrivant de Sangoesse, se plaignoil de ce qu’il estoit incapable du maniement des armes, et incitoit Bonasse de poursuivre courageusement l’œuvre qu’il avoit si bien et heureusement commencée, et de continuer d’estre tousjours semblable à soymesme. Ces gens chantoient le triomphe devant la victoire.]

Les lieutenans béarnois qui recevoient tous les jours nouveaux advcrtissemens des entreprises de Bonasse et des préparatifs de Monluc. pensant qu’il leur falloit rompre ce coup par la deffaite de Bonasse, qui leur estoit plus aisée et plus utile que celle de Monluc, qui avoit les forces de Guienne en main et n’avoit tant de passion en ceste cause que Bonasse, auquel l’animosité ne permettoit de prendre aucun repos, ni conseil. Le silence et la célérité estoient nécessaires à cette exécution et lui pouvoient donner aussi heureuse fin que la trop longue attente et le trop parler luy eussent donnée malheureuse. Mais le long chemin de l’artillerie, qui devoit sortir de Navarrenx, apportoit grande longueur et le bruit du charroy descouvert, qui mettoit les lieutenans en telle peine qu’ils ne se pouvoient résoudre à une résolution si hazardeuse, en laquelle il alloil de la perte de tout le pais, si iu ruine, qui vrai-

semblablement pouvoit advenir, leur fut avenue. Mais deux choses se présentèrent qui les firent résoudre et haster. La première et principale l’eslongnement de Monluc, qui pour quelques affaires s’eslongna de la frontière de Béarn, l’autre que Bonasse envoya l’abbé de Saubalade au village de Pontac pour le piller ; ce qu’il fit aux maisons qu’il ne trouva résistance, laissant les autres sans leur rien dire, combien qu’il ne se peut tenir si loin des coups, qu’il ne perdit six hommes et quatre blessez. Jugeant donc lesdits lieutenans que la tollérance de ces choses enhardissoit et accommodoit les soldats de Bonasse et lui aquéroit la faveur du peuple, ils arrestèrent de l’aller assaillir avant que Monluc en eut nouvelles et n’eut loisir de tourner la teste vers eux.

Le dixiesme d’avril donc, les gouverneurs de Béarn commencèrent de faire marcher leurs troupes avec deux colobrines, et le \ 2 sur le midi arrivèrent devant Tarbe qu’ils cernèrent incontinent. Bonasse fit mettre le feu aux faux-bourgs et combatit quartier par quartier la ville, qui est divisée en cinq bourgs par murailles, portes et ponts ; et de mesmes que les soldats estoient chassez d’un bourg, ils y mettoicnt le feu en se retirant, afinque les ussaillans ne les peussent aisément suivre, car en Tarbe ni a qu’une seule rue, par laquelle il estoit impossible de passer pendant que les maisons estoient embrasées. Toutesfois ils furent tous clusez dedans le bourg vieux, contre lequel l’artillerie fut tantost braquée et ne tira longuement que la bresehe ne fut raisonnable, tant les murailles estoient foibles et de mauvaise estofe. Néantmoins de tout ce jour l’assaut ne fut point donné. Cela devoit avoir donné autant de courage aux assiégez qu’il leur donna de

temps pour se fortifier et retrancher ; mais ils en devindrent plus espouvanlez et plus lasches, de sorte que l’endemain, environ dix heures du matin, Bonasse sortit sur la muraille parlementer avec Arros et Monlamat qui lui ottroyoient, suivant sa réquisition mesme, que s’il rendoit la place avant l’assaut, lui et tous les autres capitaines gentilshommes demeureraient prisonniers à la discrétion de la Roine, et les soldats sortiraient avec le baston blanc. 11 avoit demandé un quart d’heure pour communiquer avec ses compagnons, mais comme il tardoit trop de faire responce et que de dedans on eut tiré une harquebusade, ceux qui durant le pourparler s’estoient approchez de la muraille, se jetèrent dedans la bresche qui fut si mal deffendue qu’il ne s’i tira jamais dix harquebusades, desquelles néantmoins le capitaine La Taste fut tué, et Bougier, lieutenant du capitaine Estopignan, si bien blessé qu’il mourut l’endemain. Les capitaines La Motte et La Roche 1 2 [qui portoit l’enseigne du capitaine Poqueron, béarnois,] aussi blessez. De ceux de dedans furent tuez le capitaine Bonasse qui s’estoit rendu à Blanc Castet, l’aisné Esgarrebaque et son frère Saubalade, le chanoine Idron et plus de neuf cens soldats [ou*] habitans. Le capitaine Podens fut fait prisonnier. Le capitaine Abbadie estoit jà dehors, auparavant l’assaut, ès mains du capitaine Espalengue. Durant le siège, Loubié, colonel de l’infanterie béarnoise, et plusieurs soldats furent blessez et quinze ou seze tuez.

Ainsi Tarbe fut quasi tout bruslée et tout ainsi

1. Cornélis de Li Roche, marié à Gabrielle de Harambure (Arch. des Basses-Pyrénées, E. 1736, 1738, 2001 et 2002).

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