HISTOIRE DF. BÉARN
parantage et affinité, auxquels ils doivent estre contractez, et ne doit-on estimer mauvaises et deshonnestes les conjonctions matrimoniales que Dieu a laissées en nostre volonté, liberté et puissance, mais ouy bien celles qu’il a défendues ; lesquelles nuis Papes, Empereurs ne Rois ne peuvent rendre licites, expédientes ni honnestes par leurs bulles, indulgences ou dispences, et telles conjonctions sont plustot abominables et incestes que couche sans macule.]
Et pour ce que, depuis l’entrée du secours, les biens de l’église avoient esté maniez par le receveur général des finances , ladite Roine, en plein synode convoqué au mesme lieu de Pau, fit publique déclaration que puisque rien ne pouvoit estre plus justement acquis et possédé que ce qui estoit volontairement donné, par ceux qui avoient puissance et juridique liberté de ce faire, elle confessoit les biens donnez à l’église de Béarn, tant par les seigneurs souverains des prédescesseurs que par autres bonnes personnes, estre acquis et appartenir de tout, droit divin et humain à ladite Eglise, non pas aux seigneurs ni autres qui les avoient donnez. Car tout donnateur se dépouille de la possession, propriété et usufruict de ce qu’il donne simplement en faveur de celuy auquel il l’aura donnée, qui, estant fait maistre et seigneur de ce qui lui est donné, a aussi la puissance de le mesnager, recuillir et dispenser selon qu’il connoistra luy estre plus profitable ; que donques l’Eglise ne pouvoit estre fraudée de ce droit et liberté, si on ne vouloit faire sa condition pire que celle des autres donnataircs, et lui ravir par sacrilège ce que justement lui appartenoit et lui osier la libre puissance que la parole de Dieu lui don-
noit sur ses biens et l’exemple des sacrificateurs, lévites et apostres et la pratique de tout tems et de tous peuples enseignoient et confirmoient. Car c’est une chose notoire que l’Eglise a tousjours eu l’économie et dispensation de ses biens, sans que les Princes et magistrats lui ayant jamais donné aucun empeschement, ny se soyent immiscuez en rien de cest affaire qu’en cas d’abus. Et mesmes tout ce qui, durant le paganisme, avoit esté donné pour la religion a esté remis au pouvoir de l’Eglise, après qu’elle avoit esté dressée, et tout ainsi qu’elle a succédé à l’idolâtrie et à la fausse religion aussi a elle à leurs biens. Que vuidant donc ses mains de tous les biens ecclésiastiques de ses pais souverains , elle les rendoit à l’Eglise 1 comme à leur légitime maîtresse, tant en propriété qu’en usufruict, et en interdisoit tout maniement et connoissance à tous ses généraux, thrésoriers, financiers et chambre des Comptes, exortoit et, en tant que besoin seroit, commandoit à l’Eglise de bien et fidèlement prouvoir de personnes sages et fidèles à l’œconomie de ces biens par une canonique élection, faite selon la parole de Dieu, anciens canons, loix politiques, exemple et pratique des anciens ; et sur toutes choses que lesdits biens fussent fidèlement employez à ce que Dieu et les gens de bien, qui les avoient libéralement donnez, les avoient destinez, asavoir pour l’entretènement du ministère [évangélique,] desescoles et subvention des povres. Ainsi par ledit synode furent esleus un receveur ou diacre général, un procureur ecclésiastique et neuf œconomes nommez le