‹ Histoire de Béarn et NavarreChapitre 22 sur 160 · HISTOIRE HR BÉARN · texte numérisé non relu

HISTOIRE HR BÉARN

de Loraine 1 , comte de Guise (qui despuis fut érigé en duché), est oit colonel. Gouflier avoit ample pouvoir de lever en Guienne autant de compagnies de enfanterie qu’il jugeroit estre nécessaires. Arrivé donques à Bordeaux, il leva sur les habitans plusieurs grosses sommes que le Roy leur avoit imposées pour les frais de cette guerre, et y ayant pris une bande de grosse artillerie, print le chemin de Bayonne ; sur la fin du mois, il arriva à Saint-Jean-de-Lus*, et de là, afin que l’ennemy pensast sa délibération estre de prendre la route de Navarre, il despescha Saint-André avec deux mille lansquenets et mille Gascons, Navarrois et Basques et sa compagnie de gens d’armes pour aller forcer la forteresse de Maya, cependant qu’il feroit sommer le chasteay du Pignon, assis sus la montagne de Roncesvaux, qui refusa de se rendre jusques à ce que celui qui y commandoit vit arriver quelques pièces dt légère artillerie, à l’arrivée desquelles le capitaine Mondragon 3 qui estoit dedans avec cinquante soldats se rendit, vie et bagues sauves. Delà l’amiral prit la route de Pampelonne, mais le second jour il rebroussa chemin à travers la montagne où la cavalerie fut contrainte de mettre pied à terre et tirer les chevaux par la bride l’espace d’un jour. Estant arrivé sur le soir auprès de Maya, il fit tirer

1. Connu aussi sous le nom de duc d’Aumale, mort en 1550. C’est le père de François, duc do Guise, et du cardinal.

2. Saint- Jean-de-Luz, chef-lieu de canton do l’arrondissement de Bayonne (Basses-Pyrénées).

3. C’est lu nom d’un corsaire français, pris par les Espagnols en 1506, qui n’obtint sa liberté qu’à la condition de. servir le roi d’Espagne. (Hist. d’Espagne par J. de Ferreras, VIII, p. 335.)

une boulée de toutes ses pièces, afin de faire penser à la garnison des ennemis qu’il estoit là pour l’assiéger, battre et assaillir; mais il avoit toute autre volonté et tous ses desseins estoient sur Fontarabie ', par quoy il deslogea l’endemain bon matin avec telle dilligence que le soir mesmes il vint loger au village d’Esteigna * près de Saint-Jean-de-Lus, et y ayant refreschi deux jours son armée, partit le troisiesme bon matin pour aller passer la rivière de Bahobie 1 2 3 , mais la trouvant bordée du costé de delà par l’ennemi, et la marée fort haute, futcontraintde faire hautet d’attendre le destroit qui fut l’endemain environ huit heures. Le comte de Guise, la picque au poing, servant d’exemple à ses soldats, sauta le premier dedans l’eau et suivi des Alemans et tout le reste de l’enfanterie, ayant la cavalerie à sa main gauche, qui passoit au dessus d’eux tous pour rompre l’impétuosité du fleuve, se présenta à l’autre rive avec si hardie contenance qu’encore que les Espagnols qui leur estoient en teste en nombre quasi égal et avec l’avantage que ceux qui attendent en terre ferme peuvent avoir sur ceux qui, tous mouillés à travers une rivière, les vont combattre, s’estonnèrent tellement de cette brave charge, qu’ils se mirent d’eux mesmes , premièrement en route et depuis en fuite, laissans la rive franche aux assaillans. La plus part gaignèrent les montaignes et quelques

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