‹ Histoire de Béarn et NavarreChapitre 30 sur 160 · Châtcllerauit (Vienne · texte numérisé non relu

Châtcllerauit (Vienne

-■ Deux protestations autographes de Jeanne d’Albret sont conservées aux Arch. des Basses- Pyrénées, E. 573.

et comme le cardinal de Tournon 1 , le jour des cspousaillcs, la pressoit par trois diverses fois de dire si elle vouloit ce mari, elle ne respondit jamais ouy ne non, mais seulement lui dit : ne me pressez point (ainsi que Sa Majesté m’a autrefois dit). Le soirl’espous fut mené en la chambre et ali lict de l’espousée, auquel il mit l’un pié seulement en la présence de l’oncle et des père et mère de la Allé et de tous les plus grands seigneurs et dames de la cour, qui ne bougèrent de là qu’ils n’eussent mis dehors le povre espous pour aller coucher ailleurs, ainsi il n’eust de tout ce mariage que du vent et quelques festes et cérémonies matrimoniales sans nul efifect et consumalion. Peu de jours après le Duc, ayant ouy nouvelles que l’Empereur ravageoit toutes ses terres et qu’il s’estoit déjà emparé d’une partie d’icelles, s’en retourna en Alemagne où, s’estant raccointé avec l’Empereur, il quitta sa femme. Et après que l’an 1 342, à Tours, ce mariage eust esté déclaré nul par quelques cardinaux délégués juges in partions par le Pape pour connoistre dudit mariage, comme fait par force et avec une partie qui, pour la minorité de son aage, n’avoit puissance de rien promettre, donner, accepter ny stipuler, et pour la crainte, respect et autorité de son oncle n’avoit osé déclarer sa volonté. [J’ay adjouté icy la sentence]. Ledit Duc se maria depuis avec Madame Marie, fille de Ferdinand, roy d’Hongrie et frère dudit Empereur. Et l’an 1 348 en octobre, à Molins en Bourbonois, Henry II, roy de France, maria ladite Princesse avec Antoine de Bour-

t. François do Tournon, né en 1489, archevêque d’Embrun, Bourges, Aucb et Lyon, cardinal d’Ostie eu 1530, mort en 1562.

bon, duc de Vendosmois, premier prince du sang de France et légitime successeur de la couronne, avenant le décez des enfans masles dudit roy Henry, sans laisser postérité masculine, ce que ledit Henry confessa et advoua et voulut qu’il fut couché au contract du mariage ', et qu’en cette qualité ledit Duc espousast ceste Princesse. Après les nopces, le père et la mère menèrent la fille et le gendre en Béarn, où la fille n’avoit cncores jamais esté. Et l’an 1 549, le 21 décembre, trespassa Marguerite, royne de Navarre ; cette princesse a surmonté en savoir, charité et piété toutes les dames de ce siècle. Elle aimoit fort les lettres, et sur tout la lecture de la parole de Dieu estoit son plus ordinaire exercice, par laquelle elle s’ estoit tellement asseurée des mystères de la foy chrestierine, qu’il y avoit peu de théologiens qui en parlassent ou escrivissent avec plus de pureté et de p rotondité. Le roy Henry vescut cinc ans après sa femme et trespassa à Haget-Mau 1 2 le 25 de may 1 555. Il fut enterré à Lescar 3 , auprès de sa femme, au sépulchre de ses anceslres. Aux funérailles se trouvèrent la noblesse de Navarre et Béarn et de toutes les autres terres qu’il possédoit en France, et les députez des villes tous vestus de dueil 4 . Ses convoy,

1. Le contrat île mariage existe aux Arch. des Basses-Pyrénées, E. 574.

2. Hagetmau, chef-lieu do canton de l’arrondissement do 8aint- Sever (Landes).

3. Chef-lieu de canton de l’arrondissement de Pau. Ancien évêché. La cathédrale était le lieu do sépulture des souverains do Béarn.

4. Ce deuil était payé par les communes. On trouve dans les registres des notaires do Lagor (Arch. des Basses-Pyrénées, E. 1335) une obligation de 14 écus par les habitans de Lagor en

obsèques et enterrement furent avec toute la magnificence qu’il estoit possible, mais le dueil que tout le peuple fit et le triste regret que tous enportèrent estoient la pompe plus solennelle et le plus grand honneur de toute cette action, car le peuple ne pouvoit essuyer scs larmes, ne retenir ses pleurs, quand il lui souvenoit d’avoir perdu plustot son père que son Roy ou seigneur. La valeur de ce Prince n’a peu estre bien connue pour n’avoir eu autant de seigneurie que de vertu, et s’il n’eust esté adonné aux femmes tant (ju’il estoit, il eut esté irrépréhensible. 11 aimoit son peuple comme ses propres enfans et leur procuroit tous moyens pour les enrichir et les retirer d’oisiveté et desbauche, et d’autant que le peuple cultivoit mal les terres et la plus grande partie demeuroit en friche, il en fit desfricher une grande quantité à scs propres despens et fil venir de Santongc des laboureurs , afinque le peuple apprint d’eux le labourage 1 ; comme aussi il fit venir de France des ouvriers de laine et des tinturiers pour faire des fins draps en Béarn *. 11 en fut

faveur d’Antoine d’Ossau, marchand de Lescar, qui avait fourni du drap noir pour la robe, lo chaperon et le bonnet de Bernard du Sabater. député de Lagor aux obsèques do Marguerite, femme de Henri U, roi de Navarre.

t. En effet il existe des conventions entre Henri II, roi de Navarre, et des laboureurs des environs d’Angoulémo qui s’engageaient à travailler au parc de Pau (Arcli. des Basses-Pyrénées, E. 1993) et des baux de terres à cultiver donnés à des laboureurs du même pays par Thomas Rocher, prêtre de Normandie, commissaire du roi de Navarre pour le parc de Pau, en 1554 (E. 1994).

2. Une manufacture royale do drap et une teinturerie existaient à Nay avant 1560. Un riche marchand de cette ville, Dominique Ferran , en était lo directeur. Les teinturiers étaient dos ouvriers étrangers au Béarn ; ils exerçaient à Oloron dès

venu un grand profit au pais pour ce qu’ils eussent eu meilleur conte des matières que ceux qui les font en France, car les fines laines d’Espagne qui vont en France passent par Béarn et les pastels leur sont voisins. Mais encore que les terres ayent esté depuis plus et mieux labourées , néantmoins le lanifice n’a esté nullement poursuivi. L’amour de la justice (qui est la vertu qui fait plus chérir un Prince, d’autant que c’est celle dont les suites ont plus d’affaire et d’expérience et de laquelle l’usage et l’exercice est le plus continuel et du fruit de laquelle plus de gens se resentent ordinairement) n’estoit pas moindre en ce Prince que la charité du peuple. Car d’autant que la justice criminelle estoit ès mains d’un seul juge, qu’on nommoit juge des crimes, qui n’avoit pas grande autorité et ne y pouvoit seul satisfaire, le pais estoit remply de querelles et bandes, d’où procédoit une infinité de meurtres, et les adultères y estoient fréquens, encores qu’ils y soient punis de la peine du fouet, il érigea une chambre criminelle par laquelle les maléfices furent, sinon du tout abolis, au moins de beaucoup amoindris. Surtout ce Prince estoit fort retenu aux grâces qui sont la pépinière des plus grands maux qui régnent aux seigneuries, car l’impunité est un grand alèchcment au mal. 11 n’en donnoit donques que fort peu et celles de justice apparente et non par faveur. On dit de luy qu’estant un jour fort importuné par le sieur de Montesquieu, sien fort favori, de donner grâce à un

1538 (Arch. des Basses-Pyrénées, E. 1732, 1735, 1772). Toutefois Henri II de Navarre ne fit qu’encourager l’industrie des teinturiers, car il y en avait à Nay dès 1501 (même dépôt, E. 1714).

criminel détenu aux prisons, il luy refusa avec grande constance, et ayant sceu que le criminel lui avoit promis un cheval d’Espagne, luy en envoya un des plus beaux de son escurie, et commanda que le détenu fut exécuté selon ses démérites. Une autre fois que Jaques de Foix, évesque de Lescar 1 2 , le jour qu’on appelé Vendredy-Saint, pensant mieux délivrer, l’importunant de la grâce d’un autre criminel, le suppiioit de lui accorder au nom de Jésus-Christ, qui en pareil jour avoit esté mis au gibet de la croix, luy refusa, disant que justifier et reiascher le meschant estoit deshonnorer, non pas honnorer Jésus-Christ et Dieu son père, et le fit exécuter ce mesme jour. J’ay adjousté ces deux exemples pour ce qu’ils sont fort notables et dignes d’estre suivis. Or d’autant qu’il y avoit au païs plusieurs divers fors et en iceux beaucoup de choses absurdes et d’autres desquelles le tems avoit changé l’usage; car les valées d’Ossau, Aspe et Barétous et la ville d’OIoron avoient chacune le sien particulier, et Morlas un autre qui estoit suivi par tout le reste du pais, dont procédoient plusieurs troubles aux affaires du peuple; l’an 1 551 et le 26 de novembre ledit Henri, avec l’avis des Estas du pais, les réforma et les renouvella et les réduisit tous en un, qui tous jours depuis a esté suivi en tous jugemens *. Sa prudence peut estre

1. Fils de Corboyran, comte de Rabat, marquis de Foix ; d’abord évêque d’OIoron de 1521 à 1534, chancelier de Béarn, évêque de Lescar, 1535 à 1553, lieutenant-général pour Henri II, roi de Navarre.

2. L’original do ces fors est un manuscrit in-4» do 122 feuillets, papier (Arch. des Basses - Pyrénées , C. 678). Le texte a été souvent imprimé jusqu’en 1790. La première édition est de 1552, imprimée à Pau par Jean de Vingles et Henri Poyvre. Quant

connue par deux autres exemples, car se voyant logé entre la France et l’Espagne et n’osant désobéir au François ne desplaire à l’Espagnol, il demeuroit en continuelle crainte que l’un ou l’autre saisit son pays de Béarn pour s’accommoder contre son ennemi et se faciliter l’entrée en ses pays. N’osant faire démonstration de sa deffiance, pensant sagement en tems de paix de la guerre, il s’avisa de faire trouver bon au roy François, qu’il fortifiast une ville en sa souveraineté de Béarn qui pourroit servir, disoit-il, à l'avenir pour arrêter l’Espagnol, s’il vouloit entrer en France par ce costé, ainsi qu’autrefoisavoit fait le prince d’Orange. Il fit donc fortifier la ville de Navarrens 1 , pour pouvoir à loisir cercher parti avec l’un de ses voisins, si l’autre lui commençoit la guerre, cette ville ne doit aujourdhuy rien de fortification et de munitions de guerre à autre place forte. Et pour ce que les forteresses seroient plus dommageables que profitables, si on n’avoit le moyen de les fournir promptement de gens de guerre au besoin, ayant divisé tout son pays en six quartiers *, appelez parsans, il y dressa aussi six capitaineries, une pour chascun parsan , et establit en chacune un capitaine homme de cœur et d’cxpériance

aux anciens fors de Béarn, le manuscrit unique, copie du xiv» siècle, sur papier, est conservé au même dépôt (G. 677). Ces dorniors ont été publiés et traduits par MM. M azuré et Hatoulet, Pau, in-4°, sans date.

1. Les travaux furent dirigés do 1543 à 1548 par deux ingénieurs, l’un Italien, Fabrici Siciliano, l’autre Français, François Girard, sieur de Garris, de Bayonne. Ce dernier est désigné quelquefois simplement comme maître maçon (Arch. des Basses- Pyrénées, E. 1620, f* 192).

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