Arros près Nay, l’une (les douze baronnies de Béarn
2. Nous retrouvons François 1 de Rochefort , gouverneur du comté do Pardiac et capitaine du château de Montlezun, en 1564 (Arcb. des Basses-Pyrénées, B. 15S4).
Rov, d’assister à son lever. Mais ce matin le valet de chambre l’entretint jusques après midy, luy faisant entendre que son maistrc s’estoit trouvé si mal toute la nuict qu’il n’avoit pris aucun repos, qu’il s’estoit endormi sus le matin. Le capitaine le creut et eut patience jusques après midi qu’ayant tiré le rideau trouva le page Rochefort couché en la place du Roy. Chacun peut penser quelle fut la tristesse de ce gardien , sçachant principalement l’intention de l’Empereur estre de ne lascher ce prisonnier qu’il ne fut au préalable bien asseuré du royaume de Navarre. Toutesfois le page ny le valet de chambre ne recourent autre dommage, qu’une grande louange d’avoir constamment hazardée leur vie pour le service de leur maistre.
L’an 1528, au mois de janvier, ledit roy Henry espousa Marguerite, soeur unique du roy François et velve du duc d’Alençon *, décédé à Lion après la bataille de Pavie. De ce mariage sortirent quatre enfans, Jeane qui nasquit dix mois après les nopces de ses père et mère, le 16 de novembre à Saint- Germain en Laye, Jean qui ne vescut que neuf mois, et deux filles qui trespassèrent avant d’estre baptisées. Ceste mesmes année, au mois d’avril, Charles, prince de Navarre, frère du roy Henri, surnommé le Vachier de Béarn, désireux en son adolescence d’acquérir honneur par les armes, estant allé trouver, avec une troupe de gentilshommes Gascons et Béarnois, l’armée françoise qui estoit devant Naples sous la conduite d’Odet de Foix, seigneur de Lautrec, mourut prison-
t. Charles IV, duc d'Alençon.
nier à Naples d’une fièvre chaude. Et l’an 1 540, le \ 5 de juillet, le roy François pour se fortifier d’alliances en Alemaigne contre l’Empereur Charles V, maria sa niepce Jeane, fille dudit roy de Navarre, avec Guillaumes, duc de Clèves, Gueldres et Julliers. Le roy de France pressoit avec grande importunité le père de donner son consentement à ce mariage, qui estoit du tout contre la volonté d’iceluy, car il luy faschoit fort de donner sa fille à un prince duquel lui ny son peuple ne pouvoient espérer aucune faveur ou support en cas de nécessité, et de la confiner en un païs si loingtain de toutes les seigneuries auxquelles elle devoit un jour succéder, et entre une nation différente de langage et meurs de sa fille et de tous ses sujets. Néantmoins il n’osoit refuser le roy François, ne déclarer ouvertement son intention, mais cerchoit des excuses et dilais les plus longs qu'il pouvoit, attendant si le tems aporteroit quelque nouvelleté qui destourbast ou rompit ce coup. Pour gaigner donqucs tems, il s’avisa de dire qu’il vouloit communiquer le fait aux Estas de ses pais souverains, par l’advis desquels les Rois et seigneurs, ses prédécesseurs, avoient tousjours marié leurs enfans héritiers. 11 leur escrivit donqucs (comme j’ay veu par la mesmes lettre et la responce des Estas ') que le roy François, son beau-frère, a voit cerché parti de mariage à sa fille, nièce d’iceluy, avec Guillaumes, duc de Clèves, Juliers et Gueldres, qui estoit un puissant et riche prince d’Àlemaigne et tellement apparenté et allié
I. Les remontrances des États de Béarn à ce sujet sont en tête du V« volume de» Etablùtemcnts île Béarn (Arch. des liasses- Pyrénées, C. 6S3).
avec toutes les principales maisons de cette grande province et nommément des Électeurs, que la dignité d’Empereur venant à vacquer, il n’y avoit prince en tout le païs qui fut pour y parvenir plustot que lui, ce que, s’il avenoit, apportcroit un grand honneur à luy d’estre beau-père et à sa fille d’estre femme de l’Empereur des Romains, premier prince des Chrestiens ; outre le grand support que lui et eux en pouvoient espérer pour la défense des Estas qu’il possédoit, et le recouvrement de ceux qui avoient esté ravis à ses ancestres et lui estoient retenus par tyrannie ; qu’il savoit qu’en accordant ce mariage, il feroit chose fort agréable au roi François, et au contraire très désagréable, et il ne vouloitlui desplaire en rien, ains désiroit de lui complaire en toutes les choses qui seroient en son pouvoir; toulesfois qu’il n’avoit voulu rien arrester avant leur avoir communiqué le tout, à l’exemple des seigneurs , ses prédécesseurs, pour entendre leur advis sur ce fait qui n’atouchoit pas moins à eux qu’à luy ; qu’il les prioit donques y adviser meurement et luy envoyer le plustot qu’ils pourroient leur advis. Les Estas respondirent que tous bons mariages dévoient estre non seulement agréables aux parties, mais aussi profitables à tous ceux qui y avoient intérest ; mais que ceux des princes souverains dévoient sur toutes choses regarder le bien et profit de tous leurs peuples, qui avoit esté cause que les plus sages et plus justes Rois n’y estoient jamais entrez qu’avec l’avis de leurs sujets, qui estoient en cela les meilleurs conseillers qu’ils eussent sceu prendre, et avoit tousjours esté ainsi prattiqué en Navarre en Béarn, comme il appa-
raissoit par plusieurs actes. Combien donques que le mariage de madame la Princesse avec le duc de Clèves fut très honnorable, néantmoins il sembloit aux Estas estre fort préjudiciable à tous les sujets de Sa Majesté, qui par ce moyen demeureroient non seulement privez de pouvoir jamais voir leur princesse et dame naturelle en défaut du père, laquelle pour estre née et nourrie en autre terre que la leur, leurs yeux n’avoient jamais eu cest heureux contentement de l’avoir peu voir seulement et perdroient par ce mariage toute espérance de la voir à l’avenir, après que le Duc l’auroit retirée en Alemaigne, comme vraysemblableinent il feroit aussi tost qu’il l’auroit espousée. Et après que Dieu auroit appelée Sa Majesté (comme le commun ordre de nature, non troublé, est qu’en ce chemin les pères précèdent leur enfans et qu’ils succèdent aux pères) ses povres sujets seroient contraints d’aller cercher justice si loing hors de leur pais, non seulement contre leurs fors, qui astreint les seigneur de leur y rendre en leur propre terroir, mais avec tant de grands peines et frais, que pour ne les pouvoir supporter, ils seroient forcez de quitter tout, pour ce que la despence qu’il leur conviendroit faire, excéderoit le profit qu’ils en pourroient espérer, outre que la plus part n’auroient moien de fournir seulement aux frais d’un si long voyage, d’ont aviendroit que le pais qui est assés povre seroit dedans peu d’années espuisé de toutes scs finances, pour ce qu’elles seroient transportées dehors et en lieu d’où le pais n’en retireroit onques aucune utilité , chose desraisonnable, car le prince doit dévider les deniers qu’il reçoit du peuple sur les lieux d’où il les prent.
afinque, par la vendition de leurs denrées, salaires, gaiges et soldes, les dits deniers puissent revenir ès mains de ceux de qui il les auroit prins, et que par cette voie les sujets ayent tous les ans nouvelle resource pour fournir aux devoirs ordinaires, tout ainsi que la mer renvoie tous les jours aux fontaines, ruisseaux et rivières l’eau qu’ils lui rendent continuellement, et par ce mutuel prest et paiement perpétue leur cours. Que tant s’en faloit que cette alliance fortifiast Sa Majesté pour la défense ou recouvrement de ses estas, que plustot il l’affoiblissoit, d’autant qu’aiant l’Empereur, ancien ennemi de la maison de Navarre, la guerre avec ce Duc pour la duché de Gueldres qu’il prêtent lui appartenir, comme héritier de la maison de Bourgogne, elle ne pourroit moins faire que de favorir son gendre, et ainsi lui conviendrait despendre pour la défense d’autrui ce qu’elle auroit besoin pour la sienne propre, et de soustenir celui duquel elle espérait d’estre soustenue ; outre que cela irriteroit l’Empereur, prochain voisin de ses estas souverains, et l’inciterait d’y venir glaner ce que la moisson de Ferdinand , son grand - père, y avoit laissé. Que si cela n’avenoit et que le Duc parvint à la dignité impériale par le décès de l’empereur Charles, qui, par le cours de nature, n’estoit encor si prochain du jour de son trespas, outre que cela lui ferait mespriser le petit de sa femme, il se trouverait si chargé des urgens affaires qui suivent ce grand estât, qu’il n’auroit loisir de penser seulement à ceux de sa femme et serait si occupé aux guerres que la convoitise, l’ambition et le désir de vengence des plus grands princes suceitent journellement, qu’il n’auroit
moyen de venir en ces quartiers, si d’avanture l’Espagnol y vouloit rien attenter, comme il estoit à craindre, mesmes quand le dit Duc, n’estant retenu par aucune juste occupation, auroit la volonté de venir secourir les pais de sa femme, on ne savoit si le roy de France luy voudrait accorder le passage pour n’irriter l’Espagnol ou peut estre que lui mesme voudrait conquester le pais pour soy, car on ne savoit si la bonne affection du roi François demeurait tousjours telle qu’elle estoit maintenant, ou si son successeur succéderait aussi bien en la bonne amitié envers ses parens, alliez et amis, qu’il ferait à sa grande puissance, car les hommes sont sujets à changement de volontés, et la mort romp les plus forts liens d’amitié et les plus fermes alliances. Qu’il n’estoit pas question en ce mariage des affaires de quelque peu de teins, mais peut estre de tousjours mais, car Madame la Princesse laissera, s’il plaist à Dieu, des enfans qui en feront d’autres, et ceux-là encor d’autres qui retiendraient toujours Navarre et Béarn sous la domination des Allemans. Mais puis qu’il plaisoit au roi François d’avoir tant de soin de bien marier sa niepce, de quoy tous les Estas se sentoient grandement obligez à Sa Majesté et l’en remercioient très humblement, ils supplioient La Majesté du père qu’encores que Madame la Princesse, sa fille, ne fut arrivée en l’aage, que quelque nécessité ou commodité, plustot que l’honnesteté, permettoit le mariage aux filles, qu’il luy pleûst procurer mari en France plus tôt qu’en Alemagne et la marier avec quelque prince François, non pas Aleman, et ils espéraient, s’il plaisoit à Sa Majesté d’en prier à bon escient le
roi de France, qu’il accorderait qu’un prince de sa maison et de son sang espousast sa niepce, plustot qu’un prince estranger. Que les maisons de Navarre et Béarn qui de long tems avoient commencée et continuée l’allience avec celle de France s’en estoient tousjours si bien trouvées, que tout le pais craignoit qu’il lui mesavint sy maintenant on en vouloit cercher une nouvelle ailleurs. Et la situation de Navarre et Béarn qui abotissoient avec la France sans aucune séparation de rivières, mers ne montaignes, faisoit clerement voir aux plus aveugles qu’il n’y avoit alliance en toute la chrestienté si sortable pour eux que la Françoise, pour ce que la couronne de France outre sa grande puissance avoit meilleur commodité de leur bien ou mai faire que toute autre. Que tous les Estas supplioient donques Sa Majesté de prendre en bonne part qu’ils le suppliassent avec toute la révérance et humilité qu’ils lui dévoient de cercher mari à Madame la Princesse, sa fdle, de la maison de France, et de ne vouloir donner consentement au mariage du duc de Clèves, qui ayant quelques commodités en apparence, avoit de si grandes incommodités en effect et, pour un petit profit incertain qu’il sembloit promettre, apportoit plusieurs maux très certains à tous ses sujets, à quoy il lui supplioient vouloir avoir esgard, comme tous Princes dévoient sur toutes choses faire, et ou il ne lui plairait d’admettre leur très humble remonstrance, ils supplioient très humblement Sa Majesté prendre en bon part, s’ils protestoient devant Dieu et toute la terre de leur non consentement et de la violence qui par ce mariage serait fait à leurs fors, libertés et coustumes qui porloient que
les enfants héritiers de leurs Rois ou seigneurs ne scroient mariez sans l’avis et consentement des Estas du pais. Le père eut désiré d’accorder leur remonstrance aux Estas et de suivre leur advis, mais l’oncle, qui s’asseuroit de tirer de grands commoditez de l’Alemagne pour faire la guerre à l’Empereur par le moien de ce Duc, ne peut estre destourné de son intention pôur chose qu’on luy sceut alléguer et y estoit si ahurté que le très grand regret qu’il connoissoil au beau-frère, ni les pleurs de la niepee, qui fondoit en larmes toutes les fois qu'on lui en parloit, n’eurent pouvoir de le faire desmordre de son opinion. Le mariage fut donques accordé contre la volonté du père, et le 1 5 juillet la célébration des nopccs fut faite à Chasteleraut 1 avec tous les triomphes et pompes dignes de la grandeur d’un si grand Roy, mais contre la volonté de l’espousée et du père, qui le souffrit pour n’irriter le François, plus tôt que consentit, et la tille n’y osa ouvertement contredire, tant pour la crainte et le respect de son oncle que de sa mère (la volonté de laquelle le frère avoit gaignée), que pour l’honeste érubescence de son sexe et aage, car elle n’avoit encores atteint le tems auquel les loix politiques ollroyent aux tilles de donner consentement de mariage. Néantinoins soit qu elle fut ainsi conseillée ou que cela vint d’elle mesme, elle lit secrètement retenir un acte de protestation 1 de son non consentement et de la violence faite à sa volonté par l’autorité de son oncle,