Le Mas-d'Aire (Landes
contre les ministres que contre le peuple, lequel on pensoit suivre cette nouvelle religion plus par curieusité que par zèle de foy] , et ne faisoit ledit cardinal nulle difficulté que, les prédicans chasez, le peuple ne receut volontairement toutes les conditions qu’il luy voudroit bailler. [Et d’autant qu’on savoit ceux de sa profession n’estre pas toujours fort bien pourveus de tout ce qu’il leur fesoit besoin, le cardinal luy avoit dit qu’il luy fairoit donner de ses coffres de quoy se pouvoir entretenir à la part où il se voudroit retirer.] Le ministre respondit n’estre pas beaucoup estonné si le cardinal et les autres de sa profession [et religion] jugeoient nouvelle la doctrine divine que luy et les autres ministres preschoient, car ce blasmc luy avoit esté donné par ses semblables, du tems mesmes des prophètes, Jésus-Christ et ses Apostres qui n’avoient trouvé pires ennemis que ceux qui tenoient le lieu de pasteurs en l’église ; mais qu’il estoit bien esbahy que le cardinal, qui avoit avec soy tant de docteurs en théologie, ne fesoit convaincre par la parole de Dieu de nouveauté et d’erreur la doctrine qu’il preschoit, qui estoit la droicte réforme qu’il devoit tenir à l’exemple de l’église ancienne, qui avoit tousjours tenu cest ordre, pour vérifier, réfuter et condamner les hérésies ; que si le Pape et tous les siens avoient autant de justice en cette cause, comme ils vouloient que le peuple pensast qu’ils avoient, ils ne feroient nulle difficulté de publier un libre concile, ni le cardinal de faire entrer ses théologiens en cette lice, à laquelle luy et les autres ministres, ses compagnons, les appeloient avec cette condition que où par la parollc de Dieu ils se trouveroient entaschez d’aucune
HISTOIRE DE BÉAKN
hérésie, on les fit punir comme hérétiques et séducteurs et lors ledit cardinal ne serait plus en peine de les chasser ; mais d'autant qu’il savoit la doctrine de l’Évangile preschée par les ministres estre du tout contraire aux traditions romaines, il ne vouloit entrer en ce combat, afin que le [pouvre] peuple n’entrast en connoissance des erreurs auxquels il vivoit sous ombre de piété et religion ; qu’il voyoit bien qu’en lui voulant persuader de s’en aller et quitter son troupeau, il ne cerchoit autre chose, que de finement faire prononcer à soy-mesme sentence contre la doctrine qu’il avoit preschée et le faire trouver mercenaire plustot que pasteur; car que pourrait estre autre chose ce deslogement qu’une tacite confession que tout ce qu’il avoit enseigné estoit tel qu’il ne l’osoit maintenir ny défendre devant les doctes et la justice ; mais c’ estoit à faire aux larrons de haïr la lumière et aux mercenaires d’abandonner le troupeau lorsque le loup arrivoit ; par ainsi il s’estoit résolu de demeurer avec son bercail et attendre ce qu’il plairait à Dieu leur envoyer et de la seule providence duquel toutes choses avec tous leurs accidens et évènemens procèdent, non pas de la sagesse, malice et puissance du monde, desquelles néantmoins le Tout-Puissant se servoit pour le bien des siens et pour la manifestation de la gloire de ses justices ou miséricordes, dont avenoit que les hommes se trauvoient le plus souvent trompez aux exécutions de leurs desseins ; et le cardinal se trompoit fort s’il le pensoit si lourdaut qu’il ne connût l’intention d’iceluy estre de le séparer de son troupeau, pensant d’en avoir meilleur marché en son absence qu’en sa présence ; mais combien qu’il ne
fit nulle doubte de la foy et constance de ses brebis, toutesfois son devoir estoit de leur assister en un affaire de telle importance où il y alloit du salut ou de la perte de leura âmes, confession ou renoncement de Jésus-Christ; car quelque vigueur ou courage que tout un troupeau de brebis puisse avoir, la présence du seul pasteur leur sert plus à repouser les loups, que tout ce qui pourrait estre en elles de plus fort et de plus courageux ; qu’il n’abandonnerait donc le pais pour ne laisser son troupeau à la mercy des flateries du monde et des sophisteries scholastiques [et en praye à la cruauté de magistrats superstitieux et enyvré du calice d’erreur ; qu’il remercioit très humblement monsieur le cardinal des offres qu’il luy faisoit, car il n'estoit, Dieu merci , tant convoiteux des richesses de ce monde qu’il ne se contentast de ce que luy estoit donné de son église pour son vivre, laquelle ne luy avoit encore laissé souffrir disette de ce qui lui estoit nécessaire.] Le cardinal fut plus fasché de la [constance] 1 2 du ministre qu’il n’avoit esté de toutes ses prédications et le fit mettre prisonnier et l’eust fait exécuter, s’il n’eust craint de mescontenter le ray Antoine qui [estimoit et révérait la doctrine et probité de] eest homme * et le mit en liberté aussi tost qu’il fut de retour en Béarn.
Durant que ces choses passoient en Béarn, la paix se traittoit en France avec Philipe, roy d’Espagne, et après plusieurs voyages et altercations fut conclue à Chasteau-Cambressis, le 3d’avril 1659, au désavantage