Antoine Martel, seigneur de La Vaupillière
suivoit pour les fere mourir, elle estimoit toutes choses prospères et non prospères lui cstre aussi communes avec eux, et tout ainsi que nature inclinoit tous les membres d’un cors au secours l’un de l’autre et chacun en particulier et tous en général taschoient de conserver tout le cors ; aussi les chrestiens qui sont tous membres du cors mistiquc de Jésus-Christ se dévoient défendre et garder les uns les autres, afin que par ce moyen tout le corps de l’église fut conservé. Qu’elle donques estant de l’église réformée ne pouvoil moins faire que défendre selon ses moyens la cause commune de l’Église contre ceux qui abusoient de l’autorité du Roy pour la dissiper. Et estant embarquée avec ses enfans [en mesmes navire que ceux de la religion, laquelle les ennemis vouloient percer pour enveloper en mesmes naufrage tous ceux qui fesoient profession de cette religion, elle serait deslovalle à elle-mesmes et à ses enfans, si avec eux elle n’y apportoit tout ce qui estoil en leur puissance pour la calefustrer et deffendre. Pareillement qu’ayant cest honneur d’estre prochaine parente de la maison de France et de si près alliée que le Prince, son fils, avoit le droit de succession après Messieurs les frères du Roy, elle ne devoit défallir à ceux qui travailloicnt pour la défense des édits du Roy, qui à la grande ignominie de Sa Majesté estoient violez par ceux qui, pourcouvrir leurs passions de l’autorité royale, la rendoient redicule à tous les autres Princes et suspecte à ses propres sujets par tant de contraires édicts. Qu’elle estoit bien asseurée que le projet, fait en aparence contre la religion réformée, estoit en effect pour abolir la maison de Bourbon, de laquelle le Prince, son fils, estoit le chef.
Parquoy elle seroit à bon droit tenue pour traîtresse à sa religion, à son Roy, à sa propre vie, à ses enfans, à son sang et à sa patrie, si elle n’apportoit ses moyens, sa vie et ses enfans à la protection de ce party qu’elle savoit estre très juste et ne tendre qu’à la gloire de Dieu et conservation de la couronne de France et des princes du sang. Combien doriques qu’elle vid devant scs yeux la perte prochaine de ses estas et s’asscurast de la révolte de ses sujets Navarrois et Béarnois et de la ruine de tous ses autres biens, ayant le tout remis entre les mains de Celui par la grâce duquel elle les possédoit, entendant la pitoyable destresse et déplorable nécessité en laquelle le prince de Condé, son beau-frère, avoit esté réduit, qui misérable comme Æneas fuyant les flammes troiennes, charriant quasi sur ses espaules femme, enfans et nourrisses, vagoit par la France accompagné de l’amiral, cerchans quelque refuge pour garantir leurs propres vies et celles de leurs désolées familles , le G de setembre [après la célébration de la sainte cène] partit de Nérac avec le Prince et Madame, ses enfans; l’huitiesme passa la rivière de Garonne à Toneins 1 2 et y séjourna deux jours, attandant Fontarailles *, séneschal d’Armaignac, qui conduisoit une cournete de cavallerie, et son frère Montamat 3 4 , un régiment d’infanterie. [Là 3 ] la vint retrouver La Motte-Fénelon renvoyé par le Roy, après
1. Tonneins, chef-lieu de canton de l’arrondissement de Marmando (Lot-et-Garonne).