Plus tard Henri Ul
contrainte de se joindre avec ceux de sa religion armez pour la défense de leur religion et vies. J’ay ici ajoustées seulement les lettres au Roy et à la Rovne laissant les autres pour ce qu’elles sont d’un mesmes suject et qu’elles sont imprimées ailleurs.
« Monseigneur, lorsque j’ay receu vostre lettre par le sieur de La Mote, j’estois desjà bien avant en chemin, ayant esté surprinse d’une telle mutation, laquelle toutesfois nous menaçoit depuis quelque tems que nous avons veu l’animosité de noz ennemis si desbordée que leur rage et passion a estoufée l’espérance du repos que vostre édit de pacification nous donnoit, lequel, Monseigneur, ayant esté non seulement mal observé mais du tout renversé par les inventions du cardinal de Lorraine qui, contre les promesses qu’il vous a toujours pieu donner à tous vos povres sujets de la religion réformée, par lettres aux Parlemens et d’autres particulières qu’il a escrites, comme j’en suis bon tesmoin pour la Guicnne, a tousjours rendu les effects dudit édict vains et sans exécution, et tenant les choses en suspens a tant fait faire de massacres, qui se cuidant, par la patience que nous avons eue de ses estranges façons, estre hors de toute bride, a voulu passer outre, s’attachant aux princes de vostre sang, comme l’exemple en est en la poursuite qu'il a faite contre Monsieur le Prince, mon frère, lequel il a contraint venir cercher secours parmi ses parens, et luy estant mon fils si proche et moy si alliée, n’avons peu moins, Monseigneur, que de luy offrir ce que le sang et l’amitié nous commandent. Nous savons assés vostre bonne volonté, vous nous en avez trop asseurez de bouche et par escrit, qui est que vous désirez tirer
HISTOIBE DE BÉARN
le service de nous, qu’avec toute fidélité, obéissance et révérance nous vous devons, et auquel ne voudrions faillir pour la vie, et savons davantage. Monseigneur, que vostre bonté et affection naturelle que nous portez nous veulent conserver non pas ruiner. Donques si nous voyons tels effors exécutez contre nous, qui sera celuyqui, sachant bien que vous estes Roy très véritable et que vous nous avez promis le contraire, ne jugera que cela est fait sans vostre sceu et par l’accoustumée et de si longtems expérimentée malice du cardinal de Lorraine. Je dy encore que nous ne la sceussions comme au vray nous faisons. Je vous supplie donc très humblement, Monseigneur, trouver bon et prendr e en bonne part que je soi partie de chez moy avec mon fils en intention de servir à mon Dieu et à vous qui estes mon Roy souverain, et à mon sang, nous opposans tant que nous aurons vie et biens aux entreprises de ceux qui ouvertement et d’une effrontée malice y veulent faire violence, et croire, Monseigneur, que les armes ne sont entre nos mains que pour ces trois choses là, empescher qu’on ne nous rase de dessus la terre (comme il a esté comploté) , vous servir et conserver les princes de vostre sang. Pour mon particulier, Monseigneur, ledit cardinal a eu grand tort de vouloir changer vostre puissance et authorité en violence, lorsqu'il m’a voulu faire ravir mon fils d’entre mes mains, pour le vous mener, comme si vostre simple commandement n’avoit assez de pouvoir sur la mère et sur le fils, que je vous supplie très humblement. Monseigneur, croire vous estre si très humbles et très obéissans serviteur et servante, que égalant uoslre fidélité à l’infidélité dudit cardinal et
ses complices, je vous asseureray que lorsqu’il vous plaira faire l’essay de l’un et de l’autre, vous treuverez plus de vérité en mes effects qu’en ses paroles, comme un gentilhomme que j’cnvoye vers Vos Majestez le vous dira et Monsieur de La Motte qui, je m’asscure, s’en va satisfait de mon intention, qui ne sera jamais autre, Monseigneur, que de mettre vie et biens pour la conservation de vostre grandeur et règne que je supplie à Dieu remplir de sa bénédiction et vous donner, Monseigneur, très longue vie. De Bergerac le xvi de setembre 1568. Et au dessous : Vostre très humble et très obéissante sujete et tante. Jane. »
« Madame, je commenccray ma lettre par une protestation devant Dieu et les hommes qu’il n’y a rien de plus entier que la dévotion que j’ay eue, ay et auray au service de mon Dieu, mon Roy, ma patrie et mon sang. Toutes lesquelles choses ont fait ensemble une telle force en moy que Monsieur de La Motte m’a déjà trouvée partie de mes maisons pour y venir offrir la vie, les biens et tous moyens, vous suppliant, très humblement, Madame, si je suis trop longue à ma lettre, l’attribuer à la nécessité du tems qui m’a tant donné de recharge sur charge que je ne puis rien moins que vous esclaircir le plus briefvement qu’il me sera possible mon intention, vous ouvrant mon cœur pour vous y faire lire le contraire de ce que je m’asseure que les ennemis de Dieu et du Roy et par conséquent de ses fidclles sujets et serviteurs tascheront de vous déguiser. Je vous supplie encore très humblement, Madame, m’excuser si pour venir atteindre où j’en suis réduitte, je commence au tems que ceux de la maison de Guise se déclarèrent par
leurs actes ennemis du repos public de ce Royaume, qui fut lors qu’ils prattiquèrent le feu Roy, mon mari, soubz l’espérance de luy faire r’avoir nostre Royaume. Vous sçavés assés, Madame, quelles gens lors le raenoient, à mon grand regret, et j’oserois dire au vostre aussi, comme j’avoy en ce tems là cest honneur de le savoir de vostre propre bouche. Je vous supplie très humblement vous remémorer quelle fidélité vous trouvâtes en moy, qui, quand il fut question à bon escient de la conservation de ce Royaume, oubliay l’amitié du mari ethazarday mes enfans, car quant aux biens, puisque le reste y alloit, je ne les veux mettre en conte. Je vous supplie aussi très humblement, Madame, vous sovenir des propos qu’il vous pleust me tenir au partir de Fontainebleau et l’asseurance que vous priâtes de moy, qui n’est changée de mon costé ne diminuée pour tems qui ait couru. Et s’il vous plait, Madame , il vous souviendra aussi , qu’estant arrivée en Vandosmois jereceus vos letres et commandemens ausquels fidèlement j’obéy. Je suivray ce que je fis en la Guienne à mon arrivée et tout selon que j’avois connu vous estre agréable, comme il vous pleut m’en asseurer par mon maistre d’hostel Roques. Sur cela. Madame, je perdi le feu Roy, mon mari, qui m’a fait depuis communiquer aux afflictions de l’estât des vefves. Jà à Dieu ne plaise , Madame , puisque nous sommes maintenant à regarder au général, que je vous veuille ramentevoirlesindignitez que particulièrement j’ay receues. Car je fay cette seconde protestation que le service de mon Dieu, de mon Roy, l’amour de ma patrie et de mon sang me remplissent tellement le cœur qu’il n’y a rien de vuide pour recevoir quelque
particulière passion qui me touche. Donques, Madame, je viendray aux derniers troubles, recommencés lors que le cardinal de Lorraine avec ses adhérans nous rendit en l’extrémité que vous, Madame, et un chascun sçait. Durant ce tems j’ay demeuré en mes pais inutile au service de Voz Majestez pour ne pouvoir ce que je vouloy, ayant esté empescbée par la malice de ceux desquelz s’ils eussent peu m’en eussent autant fait faire cette fois. Madame, le sieur de La Motte, durant ce tems qu’il a fait deux voyages par vostre commandement devers moy, vous aura si bien rendu conte de mes actions que je n’en feray redite. Je viendray donc, Madame, au point où j’en suis, qui est que voyant les édits de mon Roy non .seulement enfreints par quelques occasions sujetes à excuses, mais totalement renversez, son autorité dédaignée, ses promesses royales rompues et le tout par l’astuce et cautelle damnables du cardinal de Lorraine, lequel. Madame, je ne vous puis mieux dépeindre que je sçay (et puis dire que vrayment je le sçay) que vous-mesmes le connoissez. C’est luy, Madame, qui avec les siens a esté l’autheur des exécutions de tant d’horribles massacres, dont les ordinaires plaintes remplissent vos oreilles. Par lui ceux qui, par l’édit de pacification, espéroient le repos de leurs maisons ont esté rendus vagabons par la France, sevrez de leur nourrisse naturelle, et les garnisons ont mangée leur substance, et qui piz est, enflez par longue patience qu’on a eu de leurs cruautcz barbares, ont osé attenter sur les princes du sang, branches de ce tronc, lequel ils veulent desraciner, lorsqu’ils l’auront dépouillé de ses dites branches. Ce n’est pas zèle de religion, comme ils
disent, car (Dieu vous doint bonne vie, Madame) lorsque vous fustes dernièrement si malade, vous sçavez que Monsieur le cardinal n’estoit exempt de leur conspiration, toutesfois il est catholique. C’est donc ce sang de France qui leur fait si grand mal au cœur, comme ils ont monstré contre Monsieur le Prince, mon frère, et tous ses petis enfans, au secours duquel le sang appelle mon fils et moy et n’y voulons nullement faillir. Je ne veux oublier la charge de Monsieur de Losses contre mon fils et le tout par le tyrannique conseil du cardinal et ses complices. Je sçay bien, Madame, que ceux qui ouyront lire ma lettre diront que j’en ai prins le formulaire sur celles que de tous costés vous recevez et que cela ne vient de moy. Je vous supplie très humblement, Madame, croire que du seul subject qui nous mène nous tous de la religion réformée, ne peut sortir qu’une mesme façon de plainte ; et d’une race si illustre que celle de Bourbon, tige de la fleur de lis, rien n’en peut venir que fidélité. Voilà, Madame, les trois points qui m’ont amenée : le service de mon Dieu, voyant que le cardinal et ses complices (comme la chose est trop claire) veulent raser de la terre tous ceux qui font profession de la vraye religion ; le second le service de mon Roy, pour employer vie et biens à ce que l’édit de pacification puisse estre observé selon sa volonté ; et nostre patrie, ceste France, mère et nourrisse de tant de gens de bien, ne puisse estro tarie pour laisser mourir ses enfans, et le sang qui comme je vous ay dit, Madame, nous appelle à aller offrir tout secours et aide à Monsieur le Prince, mon frère, que nous voyons évidemment chassé et poursuivi contre la volonté du Roy,
qui lui en a tant promis d’asseurances, par la malignité de ceux qui ont desjà trop possédé la place qui ne leur appartient auprès de nostre Roy et vous , et qui ferment voz yeux pour ne voir leurs meschancetez et bouchent voz oreilles pour n’ouyr nos plaintez. Dieu, Madame, par sa sainte grâce, ouvrant l’un et débouchant l’autre, vous puisse faire voir et ouyr de quelle dévotion et de quel zèle chacun de nous marche en la conservation des grandeurs de Voz Majestez. Et pour ce que j’ay bien connu, Madame, par la letre qu’il vous a pieu m’escrire par le sieur de La Motte, comme on vous a animée contre nous, j’envoye un gentilhomme avec le dit sieur de La Motte pour vous asseurer de tout ce que je vous escry, luy en ayant aussi bien au long communiqué et particulièrement prié de vous dire combien, outre les autres considérations, il est nécessaire pour la conservation de vostre autorité de vous desjoindre de ceux qui vous y veulent nuire et pour cela veulent ruiner ceux qui désirent la vous garder. Connoissez nous bien tous, Madame, et mettez différence entre les bons et les mauvais, et croyez de moy particulièrement, Madame, que je désire infiniement une bonne paix et si bien asseurée que ledit cardinal de Lorraine et ses adhérans ne la puisse plus esbranler, à laquelle, si Dieu m’avoit fait cette grâce que d’y pouvoir servir, je m’estimeroy aussi heureuse que de bonne volonté je y mettroy la vie et tout le reste. Priant Dieu, Madame, etc. Ce xvi de setembre 1568. Et au-dessous : Vostre très humble et très obéissante sujette et sœur. Jane. »
Depuis continuant son chemin, la roine Jeane vint trouver le prince de Condé et l’amiral et toute leur
compagnie à Cognac, qui jusques lors avoit tenu les portes fermées audit Prince et amiral et les ouvrit à l’arrivée de ladite Dame et du Prince, son fils, gouverneur de Guienne, lequel la mère déposita entre les mains de son oncle et se retira après à La Rochelle. Or combien que cette départie du fils unique et de la mère fut naturellement très amère et très fascheuse à la mère et au fils, qui n’ avoit encores achevé sa quinziesme année, si est-ce que l’un et l’autre se séparèrent joyeusement, et quelques traverses et pertes de batailles qui arrivassent depuis, la mère ne voulut jamais retirer le fils des dangers éminens, ne luy quitter les travaux insuportables à son aage. Il fut lait général de toute cette armée, mais pour ce que sa jeusnesse et le peu d’expériance le rendoient incapable de si grande charge, il portoit seulement le nom, et son oncle le prince de Coudé avoit l’effect du commandement. Aussi tost que la Roine fut arrivée à La Rochelle, prévoyant que ses ennemis tascheroient de calomnier son voyage et toutes ses actions pour la diffamer en l’endroit des princes estrangers desédition et rébellion, elle escrivit la lettre suivante à la roine d’Angleterre 1 pour lui servir d’apologie contre toutes impostures et calomnies.
« Madame, outre le désir que j’ay eu toute ma vie de . me continuer en vostre bonne grâce, il se présente aujourd’huy un sujet qui me accuseroit grandement si, par mes letres, je ne vous faisoy entendre l’occasion qui m’a menée icy avec les deux enfans qu’il a pieu à Dieu me prester, et de tant plus seroit ma faute
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