‹ Histoire de Béarn et NavarreChapitre 88 sur 160 · Il faudrait peut-être : mener · texte numérisé non relu

Il faudrait peut-être : mener

exécution sur les plus mauvais. Le premier advis fut suivi, et le tems qui devoit estre employé à fournir Navarrenx fut inutilement consumé en des chevauchées par tout le pais pour exhorter le peuple à fidélité, auquel le président Etchard, qui estoit celuy qui faisoit les harangues par le commandement du lieutenantgénéral , parla en ce sens : Que comme les Roys dévoient bénévolence, protection et justice au peuple, aussi les sujets leur estoient obligez d’amour, obéissance, fidélité, service et subvention. Et tout ainsi que les bons Princes se connoissoient, mieux qu’en toute autre chose, par l’entretènement des libertezdu peuple, défense d’iceluy et égale distribution de la justice, aussi les vrais sujets se manifestoient en la persévérance d’obéissance et fidélité, principalement au tems des plus grands affaires du Prince. Qu’ils avisassent donc de ne donner occasion à leur Princesse de se plaindre de leur ingratitude et punir leur infidélité, et considérassent bien qu’ayant esté contrainte d’abandonner ses pays, Sa Majesté avoit prise telle confiense d’eux que, jasoit que la plus part fussent contraires à sa religion, elle les avoit voulu néantmoins préférer à la garde de son pais à tous ceux qu’elle y eut peu faire venir d’ailleurs, se persuadant que ceux qui, après celle de Dieu, ne reconnoissoient autre puissance que la sienne et qui estoient nez en Béarn et y avoient leurs biens, femmes et enfans, seroient aussi plus fidèles à leur Prince naturel et plus ardens et diligens à la garde et conservation de leur propre patrie que tous autres ; car les estraugers, qui servoient seulement pour l’espérance du gain, tournoient aussi leurs volontez selon que le profit se monstroit plus grand

ou plus petit ou le danger moindre, mais que les naturels préféroient tousjours la fidélité envers leur Prince, le bien de leur patrie, l’amour de leurs familles et leur propre salut à toutes les choses plus riches, et estimoient gain toutes les autres pertes, en comparaison de celles-là. Que Sa Majesté n’avoit pas quitté son pais ne son peuple de gaieté de cœur ni pour son plaisir, mais y avoit esté contrainte par les entreprises dressées tant sur sa personne que celle de Monsieur le Prince, son fils, et s’estoit volontairement retirée en la ville de La Rochelle, comme estant la plus seure retraite qu’elle pouvoitlors trouver, où elle estoit à présent avec Monsieur le prince de Condé, son beau-frère, en pleine liberté, non pas prisonnière, ainsy que ses ennemis disoient, voulans couvrir leur inimitié du voile d’amitié et de charité, et leur tyrannique usurpation de protection, combien que ce feint protecteur ne s’estoit pas tant adviséde soi-mesme de cestspétieux prétexte, qu’il y avoit esté incité par l’invention et importunité de quelques Béarnois, qui voulans venger leurs mescontentemens, ou plustot assouvir leur ambition et avarice, vouloient changer de Prince, d’autant qu’il leur sembloit le leur n’avoir assez de moyens pour rasasier leur convoitise, ni tant d’offices, honneurs et dignitez à donner, que chacun d’eux s’estimoit mériter. Parquoy ils avoient projetté de faire tomber la Navarre et Béarn aux mains du roy de France et partager entre eux le domaine avec les biens de ceux de la religion réformée et de tous autres qui voudroient opposer leur fidélité à leur infidélité ; et pour ces fins avoient ajousté à la vindication de la religion romaine la défense des fors et de la liberté publique ; mais qu’ils

dévoient juger quel pouvoit estre ce zèle de religion, veu qu’une partie d’eux faisoit profession de la religion réformée. Que si la Roine avoit fait abbatre les images en quelques lieux et mis la messe hors de quelques villes, elle l’avoit fait à la réquisition de la meilleure partie des habitans qui estoient de ladite religion, et avoit cependant laissé aux autres la leur en telle commodité que chacun y pouvoit aller tous les jours à son aise, et n’avoit fait cela pour fascher le peuple ni pour rancune particulière qu’elle pourtast à la [Papauté 1 ] comme elle avoit respondu aux Estas derniers, mais d'autant que * Dieu condamnoit telles choses en sa parole, et les meilleurs Princes et évesques l’avoient fait, comme il se lisoit au livre de la Bible, histoire ecclésiastique et escrits des plus anciens docteurs. Et si on demandoit aux solicileurs de la protection en quoy les libertez et fors avoient esté rompus, ils ne pourroient respondre autre chose, sinon en ce qu’ils ne gouvernoient toutes choses plustot à leur appétit que par les fors. L’infraction desquels, au cas en y eut, le peuple devoit débattre par remonstrances et requestes, non pas par armes, et le Prince les réparer par la raison. Qu’ijs dévoient donc prendre cette voye plustot que celle de la rébellion et sédition, qui estoient le venin plus mortel et la peste plus contagieuse qu’on pourroit trouver pour soudainement ruiner un estât et consumer un peuple, et ils trouveroient Sa Majesté volontaire et prompte à leur accorder tout ce que le for leur commanderoit et Dieu lui

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