‹ Histoire de Béarn et NavarreChapitre 91 sur 160 · Gratianne de Navailles · texte numérisé non relu

Gratianne de Navailles

révoltez, qui s’estans saisis de quelques maisons commencèrent de tirer sur leurs compagnons avec beaucoup plus de domage que ceux de la ville. Ceux du faux-bourg, estans joins à ceux-là, firent incontinent penser aux deux capitaines de leur retraitte, laquelle eust esté fort heureuse, si quelques soldats de La Motte ne se fussent opiniastrez dedans le temple de Saint-Pée, qui estoit tout joignant la porte de la ville, où (après s’estre rendus] ils furent massacrez [de sang-froid] et laissez nuds sur le carreau l’espace de trois jours. Quelques autres, se pensans mieux sauver seuls qu’avec leurs capitaines et leurs compagnons, s’escartèrent et furent assommez par la populasse, mois ceux qui demeurèrent en la troupe furent tous sauvez et ramenez à Navarrenx. Gramont y arriva en mesme tems, et comme il avoit esté autheur de la prise d’Esgarrebaque, aussi fut-il cause de le mettre en liberté avec tous ceux qui estoient avecluy, sous jurement qu’il donneroit licence de sortir aux ministres et à tous autres de la religion 1 réformée qui estoient à Oloron et les fairoit conduire en seurté à Navarrenx, mais il fit tout le contraire.

[Les conseils chancellans et irrésolus sont très dangereux aux affaires extrêmes et Esgarrebaque ne devoit estre arresté, si on n’avoit délibération de le retenir et le réprimer à bon escient. Car tout ainsi qu’un petit d’eau jettée sur un grand feu ne fait que l’allumer au lieu de l’esteindre, pareillement une légère et petite exécution augmente plustot qu’elle n’appaise une grande sédition et irrite d’avantage les séditieux, car l’injure qu’on prêtent avoir receue accroit l’animo- 1. On a ajouté : prétendue.

sité et le désir de vengence fournit un spétieux prétexte d’exécuter ouvertement les passions couvertes sous couleur de se venger. Aussi tous ceux qui solicitoient ou désiroient le changement de la protection, prinrent de cest emprisonnement une apparente occasion de commencer manifestement leur sédition, comme s’ils eussent esté contraints de recourir aux armes pour défendre leurs propres vies, et hastèrcnt l’entrée de Tarride. Et les compagnies qui estoient à Tarbe entrèrent en Béarn pour joindre Bonasse qui estoit à Oloron et commencer ensemble l’hostilité, et à ces fins Sainte-Colome escrivit la lettre suivante audit Bonasse :

« Monsieur mon capitaine, devant que j’aye receu vostre lettre, je vous avoi escritet vous faisoi entendre comme Monsieur de Tarride n’estoit point encores arrivé à cause que Monsieur de Monluc a envoyé quérir le capitaine Thiboville 1 , commissaire de l’artillerie, pour ce qu’il bat Mucidan*. Mais nous y avons envoyé deux gentilshommes pour le faire avancer à toute bride. Mais les eaux sont si grandes qu’il n’est possible de passer et en aurons responce dans quatre ou cinq jours. Cependant je fais avancer le capitaine Gohas avec six compagnies de gens de pié et deux petites pièces que Messieurs les gouverneurs de Bigorre nous ont prestées et pense que cette nuict nous exécuterons le fort de Pontac 3 . Avisez, si vous voulez que je passe

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