On écrit ordinairement Montesquiou
taine des gardes de Monsieur d’Anjou. Sa mort donna aux soliciteurs de la protection plus d’asseurance et d’hardiesse que toute l’armée que Tarride dressoit. Ils s’approchèrent de Béarn et mirent la compagnie du jeune Gohas 1 à Tarbe en Bigorre, où furent dressées six autres compagnies de Bigordans et dix autres furent logées à Arsac* et à mesures que ces forces s’approchoient dehors, le peuple tumultuoit plus ouvertement dedans. Cela donna asseurance à Arros que tout le pays alloit en révolte générale, à laquelle ne pouvant apporter le remède nécessaire, il voussit au moins s’asseurer de la ville d’Oloron pour servir d’espaule à Navarrens et de retraitle à plusieurs qui s’en alloient contraints d’abandonner leurs maisons. Mais d’autant qu’il ne le pouvoit faire tant qu’Esgarrebaque, partisan de la protection, seroit dedans, il fut conseillé par Gramont de le faire venir à Navarrens pour l’induire de lui remettre Oloron, car il pensoit que pour le parentage et ancienne amitié qui estoit entre eux, Esgarrebaque fairoit tout ce qu’ Arros voudroit ; mais le vent des promesses de France avoit déjà perverti son entendement. Arros lui remonstra donc privément et familièrement, le 27 de mars, la juste occasion qu’il avoit de se deffier de ses enfans, auxquels il se laissoit totatelemcnt gouverner et leur avoit permis de faire plusieurs choses qui estoient contraires au service de la Roine et au repos du païs. Qu’il craignoit que ses enfans l’attirassent à la ligue de la pro-
t. N. de Biran, seigneur de Gohas, tué en 1573 au siège de La Rochelle. Ce fut l’un des assassins de Coligny.
2. Arzacq, chef-lieu de canton de l'arrondissement d’Orthez (Basses- Pyrénées) .
tection , de laquelle il estoit bien asseuré qu’ils estoient ; mais qu’il savoit avec quels juremens il lui avoit tousjours asseuré de demeurer fidèle au service de la Royne et à la conservation de cest estât. Et sur ceste promesse, il avoit esté mis dedans Oloron, mesmes à la réquisition de ceux de la religion 1 réformée, qui pour la confiance qu’ils avoient prise de sa prudhomie, l’avoient préféré à tout autre, et la Royne lui avoit ainsi commandé pour la bonne opinion qu’elle avoit conccue de sa fidélité. Qu’il restoit de mettre en effect toutes ces promesses, car les ennemis estoient sur le point d’entrer dedans le pais et le peuple de se révolter, et il estoit contraint de faire trie des vrais Béarnois d’avec les faux françoisez, et lovais et fidèles sujets d’avec les traistres, lesquels il vouloit retirer dedans Navarrens et Oloron, pour ce que ces deux villes, par leur proximité et la commodité de la rivière, se pouvoient tellement favorir l’une l’autre que si les ennemis en vouloient attaquer l’une, l’autre la pourroit aisément secourir et leur donner tant d’affaires que laRoine auroit ce pendant loisir de leur envoyer secours, ce qu’elle fairoit sans double, et le plus grand service qu’on luy pourroit faire en cette nécessité estoit de temporiser l’ennemi. Qu’il avoit donc pensé de mettre deux ou trois compagnies dedans Oloron avec la sienne qui y estoit déjà, tant pour garder la ville que pour donner relraitte à tant de misérables familles qui s’en alloient exposées à l’insolence, avarice; et lubricité des gens de guerre et la cruauté de la populasse. Et pour ce que son aage ne lui permettoit de prendre
seul tant de labeurs que ces affaires si urgens requéraient, il avoit pensé de lui communiquer la moitié de sa charge avec la mesme autorité et émolumens que la Roine lui avoit donnez, laquelle il Iuy prioit vouloir recevoir et demeurer avec Iuy à Navarrens, pour de là faire les entreprises et exécutions que les affaires leur monstreroient devoir estre faites.
Esgarrebaque refusa l’un et l’autre, disant que mettre maintenant autres compagnies que la sienne dedans Oloron, estoitlui déclarer qu’on se deffioit de lui et faire un préjugé de trahison sur soy ; mais qu’il estoit homme de bien et ferait tousjours preuve de safidélitéet n’avoit rien promis qu’il n’eut intention de le tenir et parlant avec les capitaines La Motte 1 et La Renaudie * usa de paroles fort [braves 3 ] et pleines de menaces. Cela augmenta le supçon qu’on avoit de lui et fut cause de le faire arrester dedans son logis et d’oster les armes à ses soldats. Le mesme jour sur le soir Arras, s’asseurant que l’entrée ne lui serait refusée, partit de Navarrenx avec seulement quarante ou cinquante harquebusiers à cheval pour se saisir d’Oloran. La porte du pont lui fut ouverte par Courtoysie 4 , sergent d’Esgarrebaque, qui ne voyant son capitaine en ceste troupe, courut advertir ceux du bourg dessus, qui est le principal et
1. Jean de La Motte, de Bosdarros, capitaine du parsan (district) de Pau, marié à Adrienne de Béon (Arch, des Basses- Pyrénées, E. 1632, 1749 et 2131). Il était frère d’un autre capitaine, Pierre de La Motte.
2. Nous ignorons si ce capitaine était de la famille de La Renaudie, dit La Forost, chef avoué de la conjuration d’Amboiso.