Jean de Durban, seigneur de Labassère
Pau luy voulurent persuader de remettre le gouvernement du pais aux mains de Gramont pour le garder à Monsieur le Prince, car ses bonnes gens, commandées plus par leur propre pusillanimité que d’aucune infidélité, se persuadoient que le roy de France se contenteroit si le pais estoit mis au pouvoir dudit de Gramont, d’autant qu’il n’avoit prins les armes pour ceux de la religion 1 depuis les premiers troubles. Mais Arros leur respondit qu’ils se trompoient fort, s’ils pensoient que ceux qui avoient déjà les armes en main les posassent pour cela, car ils avoient fait estât d’un autre Prince que la Royne ; mais qu’il avoit receu le pais de la Roine, qui en estoit la dame naturelle et propriétaire, et ne le pouvoit mettre aux mains d’autre, sans le mandement exprès d’icelle, à laquelle il le garderoit de tout son pouvoir, au moins Navarrens, s’il ne pouvoit tout le reste, puis que tous les Béarnois lui estoient les premiers contraires, et couroient volontairement à leur ruine, laquelle il rachepteroit de sa propre vie s’il pouvoit. Avant de se retirer, il voulut savoir la volonté de ceux de Lesca où commandoit Eslayou *, qui lui refusa l’entrée, ce qu’il ne fit pas à neuf compagnies de Gascons qui y arrivèrent l’endemain, [guidées par Caubios 3 , gentilhomme béarnois.] Elles furent receues par le chapitre et les habitans avec grande alégresse et acclamations de tout le peuple. Mais en peu d'heure leur joye fut convertie en pleurs, car elles pillèrent et saccagèrent toutes les maisons