SI. LES COMTES
On a vu plus haut que, dans Tadministration des cités, tantôt plus tôt, tantôt plus tard, mais généralement vers le m* siècle, le curator reipublicae et le deferuor civitatis, d'institution romaine, avaient disparu devant la prépondérance des comtes. Depuis Charlemagne surtout, les comtes étaient devenus des agents royaux placés à la tête de l'administration provinciale, et les capitulaires leur attribuaient une part très active dans toutes les affaires, les plus importantes comme les plus restreintes. En correspondance directe avec l'autorité suprême, ils réunissaient entre leurs mains tous les pouvoii*s judiciaires, militaires et financiers. D'abord révocables à volonté, ils profitèrent de la faiblesse et de l'abaissement de la royauté pour transmettre leurs fonctions à leurs enfants et se transformer en seigneurs féodaux.
La circonscription ^'\ à la tête de laquelle le comte de Beauvais fut placé, répondait à deux anciens pagi: le Beauvaisis ^^^ et le Vendelois^^l Elle apparaît pour la première fois^^^ avec le nom de comté dans un capi-
^') Cf. Aug. Lonipion : Atloê hûtor, de la France ( Paris , HacheUe ,1889, în-8*, p. s 9 1 ).
^*) Pagtu Behaceniis, Bellovacetuit , Bellocmuii, Bellovagennê, Behacimië, BeUoacentit, Belviaeennt. {CoU. Grenier, t. 169, fol. 9.) Ce pagua est signalé pour la première fois dans uo diplôme de Clotaire III en faveur de Saint-Denis, 656-670. (Pertz, Mon, Germ.
hùt. DipUnMUum, t 1, p. 3i, u* 39.) — Rigord, dans sa chronique, emploie encore le terme de paguê Belv, pour désigner le Beauvaisis, quand il raconte les événements de 119& (Fr. Delaborde, Œuvree de Rigord et de GuilL le Breton, Soc, higt. de France, 1. 1, p. 198) et 1198 {ibid,, p. 1/19). — Ses limites étaient : à Toucst le cours do TEptc, au
nord le Vimeu (pagus Vinemacue) et TAmiénois (pagus Ambianeneiê)^ au nord-est le Veiidelois et le Ressontois (pagne BouontêneU)^ au sud-est le Varois (pagus Vadensis) et le Senlisois (pagus Silvanectensis), au sud le Charabliois (pagus Candiacensis) et le Veiio (pagus Vulcassinus). — Voir L.-E. Ddadreue et L. Pihan : Géogr, du dép, de l'Oise, p. 65.
<') Pagus Vindoilensis , capitale Vendeuil.
Borné au nord par le pagus Ambianensis, i Touest et au sud par le pagus Belhvaeensis et à Test par le pagus Roêsontensis, (L.-E. Deladreue et L. Pihan , loc, cit. )
(^) On rappelait Bellovaeensis , BsUoacensis , Behaeensis comilatus. Cf. ColL Grenier, 1. 169, fol. 9 v".
tulaire de Louis le Pieux, de 8â3 : c'est à Toccasion de l'envoi, comme nùsius, d'EbboD, archevêque de Reims, et, à son défaut, de Rotad, évéque de Soissons, et du comte Rofroi, à Reims, Ghâlons, Soissons, Senlis, Beauvais et Laon ^^\
Malheureusement, on a peu de renseignements sur les personnages qui furent appelés k gouverner ce comté; il existe même à ce sujet un assez grand nombre d'opinions très différentes, dont pas une n'a le mérite de s'appuyer sur des fondements sérieux. La plus accréditée est celle que D. Grenier a résumée dans le tome i6â de sa CoUection^^K Voici en quoi elle consiste.
Les premiers comtes héréditaires de Beauvais furent les comtes de Vermandois : ainsi Herbert P' fut comte de Beauvais. Le Bernard, que l'on trouve désigné dans un diplôme de LouLs d'Outre-mer sous le nom de Bemardus Belvacemium cornes, appartenait à la famille de cet Herbert, et était en même temps comte de Senlis. Il mourut sans enfant; comme il était cousin du comte de Vermandois, son héritage passa à Herbert II. Celui-ci attribua le comté de Beauvais comme dot à sa fille Leutgarde, qui épousa en premières noces Guillaume 1*', duc de Normandie, et en secondes noces Thibaut I", dit rcle Tricheur t», comte de Blois, mort vers 990. Le fils de Thibaut, Eudes 1^, fut comte de Blois et de Beauvais et mourut en 996. Ses fils, Thibaut II (mort en 1 10&) et Eudes II, recueillirent son héritage et furent comtes de Blois et de Beauvais.
Cette théorie, comme toutes les autres qui ont été imaginées ^^\ a le tort d'être fantaisiste dans presque toutes ses parties. Je ne crois pas que Ton puisse ainsi dresser le tableau généalogique des comtes de Beauvais : d'abord, personne ne sait à quelle époque ont commencé les comtes héréditaires; ensuite, très peu de leurs noms nous ont été conservés dans les documents contemporains.
La première mention de l'existence d'un comte à Beauvais se rapporte
(>} Caffitul. Ludov. Pii, ann, 8û3, cap, aS, Baluie, Ct^tuL, 1. 1, col. 6&0 et 7 63.
'*> FoL 10 etsuiv.
^} L'opinion de D. Grenier était admise par VAri i$ vAiJkr le$ datée, 3' édit., t. 11 (1784), p. 619, par le P. Anselme, Eût, géM., t. II, p. 835, 836, par YHtsL de Momlmor, , p. 63 et 6h , etc. — 11 y a encore Topinion qui veut que Bérenger, comte du Veiin, ait été en même temps comte de Beau* vais, et que ce comté ait passé à sa fille, épouse de Guillaume Longue-Épée, duc de
Normandie. (Rapportée par D. Grenier, €oliect,, t. ia, p. 807.) — Un autre fait de ce Bérenger un comte de Bayeux et le beau-père dn femeux RoUon, duc de Normandie, etc.
{CoUecU Grenier, t. 169, fol. 10). — Il n'y a pas jusqu'à l'historien des seigneurs de Mornay, qui ue revendique pour la famille dont il écrit la biographie, l'honneur d'avoir possédé autrefois le comté de Beauvais. (René de Mornay de la Villelertre, Vie de pbuieare a$^eien9 teigneurs de la maieon de Mema^, Paris, Goignard, 1689, in-A% p. 5.)
à la première moitié du ix* siècle environ. Dans Thistoire de la translation de Saint- Waast, on raconte que le démon parlant par la bouche dun possédé se vanta d'avoir semé la discorde entre les gens du comte et ceux de Tévêque ^^\
Le premier nom connu est justement ce Bernard cames Behacensium , que le savant historien de la Picardie a fait aussi à tort comte de Senlis^^^ Comme son erreur est une légende entièrement accréditée, je crois bon de m'arréter même un peu longuement sur ce sujet, pour tâcher de démêler le vrai du faux. Le Bernard, qui fut comte de Beauvais, ne porte ce titre qu'une seule fois dans les actes que nous possédons : c'est dans un diplôme ^^^ par lequel Louis d'Outre-mer, à la prière de ce comte et du duc de France, Hugues le Grand, fait plusieurs donations à l'église Saint- Nazaire d'Autun (q5 juillet 936). Ce seul texte suffi t à indiquer que le comte de Beauvais jouissait d'un certain crédit auprès du roi. Or le comte de Senlis, qui existait à cette époque et portait aussi le nom de Bernard, n'aurait pas eu ce crédit, car il fut toujours un ennemi acharné des Carolingiens, comme on va le voir plus loin. C'est pour cela que je suis tout disposé à croire que le Bemardus Jidelis noster injldelîtate nosira multum tdàmus y dont par le Louis d'Outre-mer ^*^ le a 5 décembregSG ^^\ désigne aussi plutôt le comte de Beauvais que le comte de Senlis.
En effet, en 9^3 , Charles le Simple, pressé par ses ennemis, s'enfuit derrière la Meuse, pendant qu'à Saint-Médard de Soissons, Raoul était sacré roi. Herbert II de Vermandois employa alors son cousin Bernard de Senlis à tromper le malheureux prince et h l'amener à Saint-Quentin, dans le château de son redoutable ennemi (^). Prender fait qui ne devait pas mettre ce comte fort en faveur à la cour du fils de sa victime. Loin de chercher à se faire pardonner cette trahison , Bernard de Senlis s'attacha, au contraire, à susciter des difficultés à Louis d'Outre-mer, surtout lors dés affaires de Normandie. Le i8 décembre 9&â, Guillaume I"", duc de Normandie, neveu du même Bernard^''), fut traîtreusement assassiné parle comte de Flandre, Arnould. Pour reprendre le duché, le roi de France
(0 Eccê m prato Ctio inier tuoi et eomitis homine» magnam discordiam ammam, {Acta êaneiorumfebruarii, 1. 1, p. Si o.)
(') « Nous ne savons pas où Louvet ( édit. de Rouen, p. a3) a trouvé un Ratboduê commis au comté de Beauvais du temps de Charlemagne.» Danse, Borei et Bucquet, UUioire du Beanio.i p. i6i.
(») HiêUnieHi de France, t. IX, p. 58/î.
<*) Hiêtorienê de France, t IX, p. 585.
(^) Donc cinq mois seulement après le diplôme cité plus haut.
<*) Heriberltu comeê Bemardum cùnêobrinum iuutn cum aliia legatiê* . . ad Karoktm dirigit, {Chrome. Frodoardi, ann, gsS, HisUh riern de France, t. VIII, p. 179.)
^ Dudon de Saint-Quentin . liv. III , ch. 6 5 (édit. Lair, p. 189).
crut devoir profiter du bas âge de rhéritier de Guillaume, nommé Richard, et il ne trouva rien de mieux que de l'enlever pour le faire élever à sa cour^^l II Teomiena à Laon; mais Osmond, précepteur du jeune prince, le fit évader en le cachant dans une botte de foin et le conduisit à Goucy, dont son grand-oncle, Bernard, possédait le château. Celui-ci, averti par Osmond, dépécha aussitôt à Hugues le Grand et alla chercher Richard pour l'amener à Senlis. Louis IV, de son côté, s'aboucha avec le comte de Flandre, qui lui conseilla de rendre la Normandie au duc et de ne garder que Rouen; puis il se tourna vers Hugues le Grand. Celui-ci avait précédemment refusé au roi d'enlever à son vassal Bernard, Senlis, Goucy, Thoury-sous-Clermont et Creil^^^; mais, sur l'offre que Lom's d'Oulre-mer lui fit de ravager le Bocage, il abandonna le comte de Senlis. L'habile Bernard déjoua encore les efforts du roi, qu'il fit venir à Rouen sous l'apparence de soumission des Normands. Là, Bernard le Danois ,|[tuteur de Richard, suivant les avis du remuant comte de Senlis, obtint d'abord de lui d'interdire à Hugues le ravage de la Normandie, et enfin Bernard de Senlis appela les Normands du roi Âigrold , qui , sous prétexe d'entrevue, attira Louis d'Outre-mer dans une embuscade oh. il lui tua tous ses soldats et le fit prisonnier ^^). Ces événements se passaient en 9&5.
Bernard de Senlis profita de la captivité du roi pour unir les troupes de son comté avec celles d'Herbert III de Vermandois et de Thibaut le Tricheur, comte de Biois, s'emparer du château de Montigny et forcer les portes de Compiègne ^^\ Aussitôt qu'il fut libre, Louis IV arriva à Laon et marcha contre les rebelles; non seulement il avait à venger son échec de Normandie, mais il était encore irrité de l'usurpation de l'archevêché de Reims sur Artaud par Hugues, fils d'Herbert II. Il réunit donc une armée où entrèrent les fugitifs de Reims, l'archevêque Artaud et enfin les comtes Bernard et Thierry, l'oncle et le neveu ; puis il vînt mettre le siège devant Reims ^^\
Ce dernier Bernard n'est assurément pas le comte de Senlis ^^\ Serait>il téméraire de croire que c'est le comte de Beauvais^^^? J'ai déjà montré ce
(') Gaillaume de Jumièges, liv. IV. (Hûfon'tffM de France, t. VIII, p. a63.)
(*) Dadon de Saini-Quenlin, édit. Lair, p. a 33. — C'est dans le château de Greil que Bernard de Senlis fit transporter en gâA les reliques de saint Evremond. (D' Boursier, Hiitoire de Creil, p. à h'],)
('} Gaillaume de Jumi^es, loc. cit.
(*) Chrome. Frodoardi, ami. gù5.
W Ibid.
(*) Pour en finir avec ce Bernard, notons qu'en gSg.il souscrivait comme témoin, dans un diplôme d'Hugues le Grand, en faveur de Saint-Julien de Tours. {Hietoriem de France, t. IX, p. 733.)
^) Aubry des Trois Fontaines rapporte le siège de Reims à Tannée 9/16 : Rex Ludovicuê et Artoldut et comeê de Reteet Bemardiu et ThéodericuM, nepoe ejtu, civitaiem Remeneem o6mdemnt {ibid,, p. 66). Mais quelle confiance
dernier personnage auprès du roi le â5 juillet 986; et si l'expression de in fideUtaie nastra mtdtum ultimus peut s'appliquer à lui, comme on est en droit de le supposer, le a 5 décembre de la même année, il aurait encore demandé au roi de rendre à Saint-Corneille de Gompiègne les biens usurpés par Rotad, évéque de Meaux. Cependant, en Tabsence d'indications précises, je dois rester dans une certaine réserve, tout en étant porté à croire à l'identité du comte de Beauvais avec le comte Bernard du siège de Reims.
Ce Bernard du siège de Reims était encore auprès du roi à Autun , avec le comte Thierry, l'archevêque Artaud, les évêques Gosselin et Achard, le
10 novembre 9/19^^^.
Le comte Thierry est lui aussi peu connu. S*il faut en croire l'appendice à la chronique de Fontenelle, un certain comte Thierry, très puissant, valde potens, aurait enlevé au monastère de Saint-Pierre de Gand le domaine de Rivecourt^^) et aurait eu une fin malheureuse, pour avoir frappé un moine de ce monastère qui venait lui réclamer ce domaine ^^K
11 ne serait donc pas impossible que ce Thierry, possédant des biens voisins du comté de Beauvais, fût le neveu du possesseur de ce même comté ^^^
En tout cas, il est bien certain que le Bernard de Senlis n'a pas été comte de Beauvais : jamais on ne lui voit porter ce titre; du reste, les raisons que j'ai données plus haut suffisent pour l'écarter d'une intimité avec le roi, que le Bernard de Beauvais parait avoir eue. Ainsi la théorie de D. Grenier, qui fait passer par héritage le comté de Beauvais dans la maison de Vermandois, tombe du coup et n'est plus justifiée.
Il est impossible de savoir dans quelles mains ce comté passa ; à peine les obituaires nous donnent-ils quelques noms de comités ^^\ mais il n'est
doii-on accorder pour le x* siècle À un tuteur du XIII* siècle que doiis surprendrons plus d*une fois en flagrant délit d^erreur?
<*) HigUniens de France, t. IX, p. 606.
W Département de l'Oise, arrondissement de Gompiègne, canton d'Estrëes-Saint-Denis.
(') Append» ad chnmie. PontanêU, De miracuL S. Vulfratmi ponûf, , cap, IIL {Spiciieg,, U II, p. 985.)
(*) Le Theodoricue comee qui souscrit une charte du comte Wicmannue en date de 96a , donnant à Saint-Pierre de Gand viUam Theela (coUect. Ducheme, t. aa, fol. 365), serait-il le même que notre Thierry ?
(*) Je serais pourtant porté à croire que les mentions du Marî'ifrologiutn Belvacente (Bibl.
de Trouflsures) qui remonte h la première moitié du xii* siècle, et dont les obituaires concernent généralement des personnages du Beauvaisis, s'appliquent i des comtes de la localité. Ce sont les mentions suivantes :
m kl. mort. Oportei volfii agere memO" riam Madelgaudi cotnitU, quia ipetuê^ dono Iradttum e$t Hildtni vUlare veeiro cenobio.
XV kl. $ept. Olnit Madelgaudu» qtU dédit nohU atpennum vcnsf m MongenuUo.
m id, eept. Item ipêo die obUt Adda cùmitieea, pro cujtu (?) anima habemue caneuetu^ dinei de Magna valle,
X kl, dec. Obiit Ricardut, veneràbili» eomee. MM. Danse, Borel et Bucquet rapportent encore {op. cit., p. 383, note G; D. Grenier
rien moins que prouvé que ces personnages aient été comtes de Beauvais. Il faut aller jusqu'au xi* siècle avec Eudes 11^ comte de Blois, de Chartres et de Beau vais, pour arriver à une indication certaine.
S 2. LES ÉVÉQUES.
A côté des comtes dans la civiuis (et par ce mot j'entends la civitas de la fin de l'empire romain et des Mérovingiens, c'est-à-<dire toute une dur** conscription), se trouvaient des honunes dont le caractère sacré devait tôt ou tard leur assurer la prépondérance politique. Les évéques, en effet, déjà sous les Mérovingiens, avaient acquis un pouvoir immense. Je ne prétends pas ici refaire le travail qu'un des plus grands érudits de ce temps a donné sur l'importance prise par les évéques sous la première race des rois francs ^^^ ; je me contenterai seulement de rapporter les résultats auxquels il est arrivé.
Les évéques étaient devenus de grands propriétaires fonciers : leurs propres libéralités, les donations des grands et des rois avaient fini en effet par constituer à leur église un domaine considérable, dont euxmêmes, pendant la durée de leur épiscopat, restaient les seuls mattres, et des revenus duquel ils disposaient à leur gré ^^K Ces propriétés étaient précieuses surtout à cause des serfs et colons qui y étaient attachés et passaient sous la sujétion des évéques ^^^ De plus, les clercs, les pauvres nourris avec les biens de l'église, certaines classes d'affranchis, et même des personnes libres qui s'étaient mises sous leur protection, étaient placés sous leur autorité et leur juridiction. Une grande partie des terres leur appartenait donc; aussi ne doit-on pas s'étonner si, dès le vu* siècle.
les donne aussi au t, 1 1 de sa CoUêet., a* paq., n*3) plusieurs mentions tirées du nécrologe de Saint-Lucien de Beau vais : i kl.fibr, TeU hMuê eomei (ce Tetboldtu ne doit pas être Thibaut le Tricheur, comme on pourrait le supposer, car celui-ci est mort le 17 des calendes de février). — j W. juL Herfridtu eoMM. — XII M. ottg. Gût/ridttê eomei. — li kL fMW. Ricardus cornât.
Le Madêîgauduê cité plus haut se retrouve encore dans le Vettu Mcrol. eccL Belvac.
(Bibl. de Tronasures), p. & : Madêgaldtu pro quo kabemtu ùo t. a eapitulo ean.
VÀdda eomitiua rapportée au 3 des ides de septembre du Mortyro/oymm pourrait fort bien être Adèle, Glle de Robert de Vermandois,
comte de Troyes, et femme de Geoffroy Grisegonelle, comte d* Anjou. Cette comtesse, morte en 975, avait des possessions dans le Beaovaisis : on la voit en effet , le 1 a mars 976, donner au monastère de Saint-Aubin d'Angers sa terre d^Hondainville en Beauvaisis.
(SKêtoriem de France, t. IX > p* 97 ; Chronique det ^haee d'Anjou, édit Soc. kitt, de France, p. 90.)
(') Fnstel de Goulanges, Hietoire dee tnêtitutionê poHtiqueM de l*ancienne France. La MonardUe Jranque. (Paris, Hachette, i888« 1 in-8*.) Ch. XV. Rapporte dee roie avec VÉgliee, p. 507-698.
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ils agissaient dëjà comme des souverains temporels et trouvaient le moyra de supprimer tout intermédiaire entre eux et la royauté. De même que les comtes royaux, ils rendaient ]a justice ^^^^ et, dans la cité, ils s'emparaient des attributions municipales que les agents du roi n'avaient pas encore enlevées aux anciens magistrats ^^\
Telle était la puissance des évéques sous les Mérovingiens. Cette puissance alla toujours s'accroissant sous Gharlemagne et ses successeurs. Les donations de domaines continuèrent à être aussi nombreuses; cependant il faut dire que Tévéque ne conserva pas toujours pour lui seul la propriété des terres données & son église. Du vni* au xf siècle, les clercs groupés autour de lui pour le service de sa cathédrale formèrent des chapitres, auxquels il attribua en propre une partie des biens de l'église; en d'autres termes, la mense canoniale fut séparée de la mense épiscopale.
Mais, d'un autre côté , les possessions de l'évéque jouirent d'un privilège important : l'inmiunilé. Les rois mérovingiens l'avaient déjà accordée à plusieurs églises et monastères par des diplômes; mais, sous les Carolingiens, la majeure partie des établissements ecclésiastiques eu obtinrent également. L'immunité avait plusieurs effets; le principal était toujours d'enlever au roi et à ses agents toute influence au point de vue judiciaire. L'évéque restait donc mattre chez lui , et ses droits de juridiction étaient parfaitement reconnus.
Mais était-il nécessaire que l'immunité fût accordée pour qu'un évêque fût seul mattre dans les domaines de son église au point de vue judiciaire? et toutes les églises obtinrent-elles ce privilège? Le nombre relativement restreint des diplômes carolingiens conservés ne permet pas de l'affirmer. Mais on sait que l'évéque de Beauvais fut tout aussi indépendant dans ses domaines que n'importe quel évêque du royaume; et pourtant on ne possède aucun diplôme d'immunité relatif aux possessions de son église. Ce diplôme a-t-il existé? Personne, je crois, ne pourrait le dire en toute certitude.
Non contents de devenir les plus grands propriétaires fonciers et d'acquérir l'indépendance sur leurs terres, les évêques jouèrent un rôle assez marqué dans l'administration et dans la justice de l'ancienne eivitas, même en dehors de leurs propres domaines. Sous les Mérovingiens, nous le savons déjà, ils avaient commencé à siéger aux tribunaux aussi souvent que les comtes royaux (^). Les capitulaires consacrèrent ce pouvoir des évêques et même parurent l'élever au-dessus de celui que possédaient les
(0 Fustel de Goulan^, op, ciL, p. 596. ^'^ Cf. les textes donnés par Fastel de Gou-
(*) Page 598. langes, op, ciL, p. 696, noie 5.
comtes. Uq capitulaire de Gharlemagne de Tan 79 & est très explicite sur ce point ^^^ : «Il a été décidé, dit-il, par le seigneur roi et le saint synode que les évéques exerceront la justice dans leurs diocèses. Si quelqu'un, soit abbé, soit prêtre, diacre, sous-diacre, moine, clerc ou même une autre personne du diocèse, ne veut obéir à son évêque, on s'adressera au métropolitain qui jugera la cause avec ses suffragants. Nos comtes euxmêmes viendront au jugement des évêques ^'^\ » Si le métropolitain ne peut vider le différend, l'affaire sera portée devant le roi. Toute la procédure est donc ici nettement établie, en même temps que la subordination en quelque sorte des comtes aux évêques en matière judiciaire.
Il ne faut pas croire que ce fut là une disposition transitoire qui fut vite oubliée. Gharlemagne lui-même, qui avait si fortement consolidé Tinstitution des comtes, prit soin d'y revenir dans un autre capitulaire daté de 8i3, et là il indiqua très bien sa volonté de soumettre judiciairement les comtes aux évêques ^'^ Assurément, cette subordination, même dans la pensée du législateur, ne devait pas être bien grande; il est certain que les rapports du comte et de Tévêque étaient plutôt des rapports d'aide et de secours mutuel. C'est ce qui ressort évidemment des dispositions des capitulaires de 801 et de 806, oii il est dit que les évêques et les comtes devront s'aider à remplir leurs charges ^*^. C'était cependant un grand point que les capitulaires traitassent sur un pied d'égalité les évêques et les comtes, et qu'ils indiquassent même la tendance des rois à élever les évêques au-dessus de leurs propres agents.
Cette tendance est encore marquée par les fonctions de mssi domi" nici données par Charlemagne». Louis le Pieux et Charles le Chauve à des évêques. Pour nous en tenir au seul comté de Beauvais, on a déjà remarqué que l'archevêque de Reims, Ebbon, fut envoyé en 898 comme missiu dans les six comtés de Reims, Châlons, Soissons, Senlis, Beauvais et
(*) Balaze, CapiiuL, t. I, col. a6â.
(') Comitêê quoque nostri vmUant ad judi-^ eium tpitcoporum.
0) Ut comitei êtjudiceê «0U rdiqutu popului ohediente» $int epitcopo et intficem conaentiant ad juitiHaê faciendoê, et munera pro judicio non acàpianty nec faUoê teete», (Baluze, CapituL, 1. 1, col. 5o3.)
(*) Capitulaire do 801 : Volumuê ut epiêcopi et comitet amcordiam et dUectionem inter M habeant ad Dei et sanctae Eeclesiae pertractatum peragendum, et ut epiecopuê suo comiti, ubi ei neceentoê popoicerit, adjutor et exhor-
Bbadtais.
totor exUtat, quaUter «uiim minigterium explere possit. SimiKter et cùtnee faciat contra fttum epiecopum, ut in omnilm» illi adjutor »it, qualiter intra $uam parrochiam eanonicwn pouit expUre ministerium, (Baluze, Capitul,, t. I,col. 35&.)
Capitulaire de 806 : EpUcopi cum eonUtibue tient et comitee cum epi$copi$, ut uterque pieniter »uum miniêterium peragere po$nt (Ibid., col. â5o.)
Le même sens est encore donné par les capitulaires de 809 {ibid., col. 366) et de 8a3(t6tV/.,col 636).
MPlimui RATIOVALI.
LaoD ^^\ Charles le Chauve fit mieux : ce fut Févéque de Beauvais luîinôme, Hermenfroi ^^^ qui fut chargé, en qualité de mmus, de surveiller le comte de cette circonscription ^^\
On comprend donc quelle importance devaient avoir les évéques à la fia de la dynastie carolingienne. Notons encore <}ue,pour beaucoup , l'immunité avait eu pour effet de les affranchir de toute contribution finandère. Aussi Ton conçoit très bien qu'à cette époque, certains évéques, comme celui de Beauvais , fussent tout préparés à supplanter entièrement le comte laïque et à prendre pour eux-mêmes le reste des pouvoirs que ce comte laïque avait pu conserver.
Ces principes généraux étant posés, il est nécessaire de se demander quelle futia situation politique de l'évéque de Beauvais, en particulier, à la fin du x'' siècle. Malheureusement, c'est là un de ces points délicats sur lesquels on n'a conservé que peu de renseignements. Aucun diplôme des rois carolingiens ne nous est parvenu, de même aucun acte de donation à l'église de Beauvais par des particuliers. On ne connaît seulement que des libéralités faites par les évéques eux-mêmes à leur église. Ces donations sont signalées dans un obituaire du chapitre de la cathédrale, le MartynH logium Belvacente; aussi se présente-t-il une difficulté. Les biens ainsi donnés appartenaient-ils à l'évéque en tant que biens patrimoniaux ? ou bien la mense canoniale était-elle, au moment de ces libéralités, séparée de la mense épiscopale, et les biens donnés à l'élise sont-ils détachés de la mense épiscopale pour être affectés aux chanoines? Ce point est assez obscur. Il est vrai qu'on ^^^ a prétendu qu'en 875, les chanoines avaient leur mense particulière. Cela est possible, mais la charte sur laquelle on s'appuie est une charte fausse, au moins quant à la forme.
Voici en quoi elle consiste : le chapitre de Saint-Pierre de Beauvais demandait à l'évéque Eudes de faire confirmer les biens qui lui avaient été donnés par ses prédécesseurs. Eudes prit avis de son métropolitain, l'archevêque Hincmar, et des autres évéques de la province, puis il se rendit auprès du roi Charies le Chauve. Celui-ci, acquiesçant à ses prières, consacra par un diplôme toutes les dispositions qu'il avait prises en faveur de son chapitre. Aussi Févêque assigna-t-il pour les besoins de ses chanoines les domaines suivants, sis dans le Beauvaisis, avec tous leurs
(0 Baiuze, (k^iluL, t.I,col.6âoet7/i3. charte de Tévâque Eudes comme authentique.
(*) Mort en 861. Mabillon lui-même, dans une lettre adrewée
(») Baiuxe, ibid., t. II, col. 69. à M. de Nully le 95 février i6g3 (Danse,
W On représente ici tons ou presque tous Borei et Bucquet, p. ceux) et dans ses Ann.
les historiens de Beauvais et t<As les éditeurs Bened. (liv. 38, chap. 69, t. III, p. a 3o), la
des actes des conciles « qui ont considéré la prend pour telle.
iiaibitants : ^nrsines, Puiseox, Velennes, Laversines, Frocourt, Heille^ Cambrotefie ; à Bailleval, quatre bonniers de vigne et un arpent; dans le faubonrg de la cité de Beauvais, deux moulins, deux brasseries , deux jar-dins, etc. Il décida en outre que le nombre des chanofînes ne dépasserait pas cinquante et ne serait jamais inférieur à ce chiffre ^^\
Cette fameuse charte porte pour date : c( Donné le jour des calendes de mars dans la cité de Soissons devant l'autel des saints martyrs Gervais et Protais, Tan 35 du règne du glorieux roi Charles, qui de son autorité royale a confirmé ce privilège; indiction 8. » Les auteurs de YHistotre manuscrite au Bemmtmis ^^^ font remar^Cfer que telle n'est pas la date donnée par le cartulaire du chapitre, et qu'il faut dire l'an 5 dn règne de Charles le Chaave, indi<;tîofi 9. De phis, cette charte porte comme souscriptions les noms de dix archevêques ou évéques, doni huit étaient morts en 876, quelques-uns même avant que Eudes fât sacré évêque de Beauvais ^'^. Sirmond^^) et Labbe^^^ donnent cette charte comme ayant été faite par Eudes dans le concile de Soissons, où l'auraient souscrite ces archevêques et évéques; mais LaU>e lui-m^e rapporte une charte, authentique telle-ci, oenfirmative des biens du monastère de Toumus, rédigée dans ie même concile et souscrite par les titulaires des mêmes évêchés ^^\ Or ces titulaires, pour la plupart, portent des noms différents de ceux qui sont au bas de f acte île l'évêque Eudes !
De plus, la diplomatique a beau n'être pas très assurée en ce qui concerne les actes des évéques du ix* siècle, cependant elle ne souffre certainement pas danii des documents de cette époque des expressions d'un goût très douteux, comme celles-ci ijuxia cmfinia sir^uhtrum [rerum)^ — tnJens eax^àere hujugmùdi n^txtm êùhmmodo dijfftnitioniê vires, — ovilia dominici
CO Uorigiiud de cette charte n^a jamais été yu par les bistoriens de fieauvaîs. Au i vu* siède s cet eriginal, s^il a jamais existé» ne se trouvait jto dans les archives du chapitre; on n*en avait qu'iine copie dans mi carlutaire de k cathédrale. (Hermant, Mv. III, cb. 17.) — Cf. Pièce j«sl.,n*XU.
<*> Pa(^ 965.
<*) Eudes, qiB avant d'être évéque de Beau- ¥ttB avait été abbé de Gorbie , succéda à Hermanfroi, massacré par les Normands en 86 1 .
Or !a prétendue charte de 876 est souscrite par Hincmar, archevêque de Reims, mort en B89; Auségise, ansbevéque do Sens» mort en 883 ; Wefiilen ^ archevêque de Rouen , mort en 871; Rotad, évêqne de Soissons, mort en
869 ; Immon , évêque de Noyon , massacré par ^es Normands en 861 ; Loup, évêque de CbÂ- Ions, mort en 867; Folcoin, évéqne de Thérouane, mort en 855; Thierry, évêque de Cambrai, mort en 863; Ragenaire, évêque d^Amiens, mort en 871, et Herpnin de Senlis, mort aussi en 871. Donc les archevêques Hincmar et Anségise, seuls, auraient pu souscrire cet acte en 875. De plus, Loup de Chà* Ions, Folcuin de Thérouane et probaUement Immon de Noyon n*ont jamais connu Eudes comme titulaire du siège épiscopai de Beauvais.
<*) CûneiLy f. III, p. 599.
<») Ibid,,i. IX, col. 978.
W Hnd,, col. 975»
régis tyranmea irrumpentur infesiatione, etc. ^^\ Tout cela trahit plutôt l'influence d'une époque de mauvais goût, comme le fut, par exemple Ja fin du x^ ou le début du xf siècle. D'ailleurs, on sait que cette époque fut fertile en confection de chartes fausses : les établissements ecclésiastiques qui, pour une raison ou pour une autre, avaient perdu leurs titres de propriété, ou même qui voulaient donner une antiquité plus reculée à leurs possessions, n'hésitaient pas à fabriquer de toutes pièces des documents, qu'ils produisaient plus tard dans les procès et qu'ils transcrivaient dans leurs cartulaires.
Je serais donc fort porté à croire que cette charte attribuée à l'évéque Eudes est du xi* siècle seulement quant à la forme ^^K II est évident qu'à cette époque, les biens dont on fait mention dans cet acte appartenaient au chapitre. Lui appartenaient-ils depuis 876, ou bien lui étaient-ils venus postérieurement? Je ne sais; toujours est-il qu'on ne peut rien tirer de là pour prouver, au ix"* siècle, la séparation de la mense canoniale de la mense épiscopale.
Malgré tout, j'incline fortement à penser que les donations des évéques signalées dans les obituaires de la cathédrale ont été faites à la mense particulière des chanoines; en effet, ceux-ci, une fois constitués en congrégation vivant à côté de l'évéque, ont. tenu leurs registres spéciaux, ont eu leurs archives propres, et c'est ainsi qu'au xf ou au xii* siècle, ils ont pu , dans leurs obituaires , rappeler les libéralités qui leur avaient été faites à eux-mêmes en particulier, et non à toute l'église. Car il faut se rappeler que pour les biens donnés à toute l'église, c'était l'évéque seul qui en jouissait et qui disposait des revenus. Les chanoines auraient donc été constitués en chapitre et auraient eu leur mense particulière au moins dès l'épiscopat d'Hildeman (mort le 11 décembre SU à), puisque celui-ci leur donna ^'^
(*} Que dire aussi de cette manière de racoDler toutes les péripéties de Taffaire, toutes les démarches faites par Tévéque pour obtenir !a confinnation royale? Ce n^est pas là assurément rhabitude d^une chancellerie du ix* siècle. Remarquer encore les différents sens du mot cknUUy dans lesquels semble se perdre le rédacteur de cette charte : tantôt âviUu signifie la ville entourée de murailles, tantôt ce mot signifie le diocèse.
(') Je ne sais pas trop si le fonds lui-même peut être accepté. Aucun obitnaire de la cathédrale ( et le Martyrohgtum BelvaceMe signale les libéralités des évéqnes depuis Hildeman, mort en 8 A /i ) ne fait mention des biens qu*au-
raitpu donner Tévéque Eudes ni de la confirmation qu^en aurait faite Charles le Chauve.
(^) ftMartyroL Bellot, veL îii id, déctmhr.n — Mabillon a dit par erreur (AcU Bwêd., $aec» à, par» 1', p. 698, art. 5) que cette mention appartenait à un obituaire de Téglise collégiale de Beauvais. — «C'est une autre erreur dans les Annales {Ann, Bened,, t. II, p. 679, art. /i7) et dans le nouveau GalUa chrûtiana (t. IX, col. 697 E) d^assigner la mort d'Hildeman au vi des ides ou 8 de décembre d'après le Martyrologe de Téglise de Beauvais. Elle y est certainement en marge du m des ides ou 11 de décembre.» — Danse, Borel et Bucquet, p. 17&, n. A.
un bien in Frismonle^^K Hermanfroi (mort en 861) ajouta à leurs possessions Namberiacum^^K Bovon (9^1 à 933) réserva ses faveurs pour Tabbaye de Saint-Lucien ('), mais son successeur Hildegaire (933 à 977 environ) leur donna Précy-sur-Oise ^^^ Celui qui remplaça Hildegaire sur le siège épiscopal de Beauvais, Hugues, ajouta un MagntmlUs aux propriétés du chapitrerai Entin Févêque Hervée (mort le 8 avril 998) les
(*) (T D. Mabillon ( Act. Bened, , tbid, , et Ann. Bên,, ibid.) et le nouveau Gaïlia chriitiana (Qnd.) entendent FriêmorUe de Tabbaye de Froidmont. M. Uennant {ms,) doute que ce soit nn même lieu, parce qu^il ignore que cette abbaye est appelée Fremont dans les titres primordiaux (Ducauroy, mê.; Louvet, édit de Rouen, p. 669), et qu*il ne la connaît qoe sous la dénomination Frigidu» mon» qu^elle a aussi vers le même temps. (Louvet, t. I, p. 998; Gallia christ,, t.» IX, col. 83o, 83i.) Le chapitre de Beauvais n^a aujourd'hui aucun bien dans les environs que la Rue-Saint- Pierre, dont on connaît Tongine qui est moderne, et nous ne trouvons point Froidmont ou Fremont parmi ses biens dans la charte d'Odon I*' [c'est la charte que nous avons reconnue fausse] et dans les bulles de Nicolas r de Tan 863 [Jaffé, n** 9716] et d'Urbain III en 1 186 [tél., n" i56s8] qui en font le dénombrement. En conséquence d'arrangements pris par la suite entre les évêqnes et le chapitre de Beauvais , il pourrait se faire que ee terram m Friâmontê fût une partie des biens que l'évéqne possède maintenant aux environs de Froidmont, Ces environs, à son nord-ouest, ont porté le nom de Frwumt avant le lieu où est actuellement l'abbaye qui s'est appelée Tris dans l'origine (Louvet, édit. de Rouen, p. 564 ; Gailia ehritt., t. IX, col. 83 o B), et c'est d*eux que Trie et l'abbaye l'ont reçu. En 11 36, le partage était fait entre l'évéque et le chapitre. Alors des ermites qui habitaient Fresmont {ibid, , C , et t. X , col. 953 , D) , Frismontem (Louvet, édit. de Rouen, p. 567 et t. I, p. 577) rendirent, reddiderunt, à Odon II, évéque de Beauvais, toutes leurs possessions qu'il réunit à celles des moines de Trie. Ceux-ci , étant venus s'établir à Fremont peu après, y prirent le nom de moines de Fretmont qu'ils reportèrent dans la suite à leur premier établissement.?) — Danse, Borel et Bncquet, p. 17/1, n. B.
(*) vn kal. jul, , obiit Hermenfridtu epiicopu$, qui dédit nobi» Namberiacwn. {Martyr.
Belvac. )
(') Die ixi V maii , obiit Bovo epiecopu» Bello» vacentie, qui dédit S. Luciano eedetiam tancti Juëii des Marests, decimam et villam euh S, Maxiano Fulgentia» nomine (Fouquenies).
Obit. de Saînt«Lucien, fol. 60, rapporté par Louvet, t. U, p. 171, et Danse, Borel et Bncquet, p. 3 16.
^*) F non, maa. Sic obiit Hildegariu» épiecopus, qui dédit nobis Prietiacum. (Martyr, Belvac, )
Danse, Borel et Bucquet (p. Zki) font remarquer que le second «martyrologe ou né-' crologe ajoute 90 sous aux chanoines», v non, nutii. Sic obUt, etc. «Au-dessus est d'une écriture et d'une encre plus récentes : Lect. mu .et canonicie 11 ». dantur. En marge du nécrologe, on a mis après coup apud E»»uile. Cette addition a été faite apparenmient d'après l'obituaire de i393 appelé obituarium magnum, où ces mots, canonici» 11 eoUdi dantur, sont suivis de ceuxrci : qui »umuntur apud E»»uile, IX lectione» fiant. Celui de 1 55/i s'exprime ainsi : Pro eervitio inventioni» »anete cruci» ad II lectione» fiendo, ex fundatione DD. Hildegara epieeopi, habemu» viginti »olido» canonici» di»tribuendo».'n
W II id. april,
Idibiu hi», animam Hugo preeul reddidit ahnam. Cm Pétri precibu» tu miaerere , Dew , «
Quia dédit nobie MagnivaUem,
{Mwtyr. BWmo.)
Il est difficile de savoir quel est ce Magnivnlli». Je ne connais guère que Magneval qui puisse répondre à ce nom; mais la seule localité voisine qui porte le nom de Magneval (commune de Séry-Magneval, arrondissement de Senlb, canton de Crépy-en- Valois) n'a jamais fait partie du comté ou de l'évéché de Beauvais*
enrichit de treize manses dans le faubourg de Beauvais et de deux moulins ^^^ il leur fit encore donation de douze hôtes dans le même faubourg, avec toute la justice qu'il pouvait avoir sur ces hôtes, excepté pourtant les droits de voirie, de forage et de tonlieu^^^.
Cette dernière mention est intéressante : elle indique que si Tévéque de Beauvais avait des possessions dans toutes les parties du comté, il avait aussi des droits de justice sur au m'oins quelques-unes de ces possessions. Est*K;e à dire que les droits de voirie, de forage et de tonlieu lui appartinssent dès lors? L'auteur du Supplément à l'histoire du Beaumisis^^^ le croit» et je suis très porté à partager son opinion.
Ainsi donc, à la fin du x* siècle, le chapitre jouissait d'un certain nombre de domaines qpi lui venaient de la libéralité des évéques^^); bien plus, il possédait même des droits de justice. Il est donc très raisonnable de supposer quel'évéque lui-même, en pouvoir de faire de telles donations, devait être très riche en propriétés foncières et rivaliser de puissance avec le comte laïque.
Il est même un point sur lequel l'évêque avait fini, au début de la race capétienne, par supplanter le comte; du moins les documents assez rares que l'on a permettent de le penser. L'évoque de Beauvais, en effet, à la fin du X* siècle, était mattre de la monnaie. Cette affirmation demande quelques développements.
Les capitulaires ne mentionnent pas Beauvais au nombre de» villes où étaient établis des ateliers monétaires carolingiens, et cependant Ton possède des monnaies portant le nom et le monogramme de Charles le Gros, Charles le Simple et Raoul, et qui y ont été frappées ^^^
<*) VI id, april. Eodêmdie, obiitHm'veuê ep^ êcopvMt qm dédit no&û mamot xui m tvbwrbio noMtrf ctvttotff et duo moleridina. {Martyr. Bel" vac.) — Les deux GalUa {Sammarth,, t. II, col. 377; Gall, ckriit,, t. IX, col. 706 A) trompés par Louvet (Nomenclature, a/tril.
die 8, et Antiquitez, t. II, p. 176) ajoutent : ad cofutructionem novi operitu «Aucun martyrologe ni obiiuaire n^a celte addition.» ( Danse , Borel et Bucquet, p. 363, n. 3.)
(') Charte de Tévéque Ansel du i5 février 1100 : Louvet, t. I, p. 990. — Bulle du pape Urbain III confirmative des biens du chapitre, 11 juin 1 186 ; Jailé, n* i56a8..
^') Simon, p. 79 et 80.
^*) A la rigueur, on pourrait soutenir que les biens énoncés dans la charte fausse que
ron,d46 de 876 appartenaient au chapitre à la fia du x" siècle. En effet, si. Ton admet que cette charte a été faite dans le courant du XI* siècle, il faut croire que le chapitre possédait déjà depuis une ou deux générations au moins les biens susdits, autrement on aurait facilement reconnu la supercherie, et celte charte n^aurait été d aucune utilité. Une ou deux générations reporteraient au x* siècle. (*) Cf. Gariel, Lee monnayée reyalee de France eoue la race carolingienne, L II , p. a 1 5 , 971, 990 et 3ao; Poey d'Avant, Monnaiêe féodake de France, t. III, p. 33o et suiv., n*" 6Uhb à 6/i5â. Ce dernier auteur a utilisé les travaux faits sur la monnaie de Beauvais par le D' Voillemier : Société académique d'archéologie, eciencee et arte de VOiee, t. III,
Mais les espèces que l'on possède de cette époque n'appartiennent pas toutes aux rois ou à leurs reprësetltants, les comtes. M. Poey d'Avant, qui a spécialement étudié ces types de monnaies dans son beau traité des Monnaieê féodales de France, et dont la compétence fait loi en cette matière, attribue aux rois eux-mêmes les rares deniers portant le monogramme carolin complet, avec la légende Carolus rex Fr. ^^^ et Carolus rex^^K Quant aux comtes, il leur donne les monnaies qui ont pour légende Carolus rex Fran, et sur lesquelles le monogramme a déjà dégénéré. Le monnayage des comtes cessa au plus tard, dit-il, au commencement du xi* siècle ^^^ Cependant on ne trouve plus trace de leurs monnaies après Charles le Gros^^).
Mais à côté de l'atelier monétaire du roi ou du comte, existait à Beauvais, peut-être dès la fin du ix"* siècle, mais à coup sûr dans le premier quart du x% un autre atelier, appartenant à l'évêque lui-même. Les espèces qui y étaient frappées présentèrent, sous Charles le Simple, le monogramme carolin d'abord bien formé, puis quelque peu altéré, avec la légende Graiia Dei rex^^K Sous Raoul, il est certain que les pièces qui offrirent la même légende, entourant le monogramme de ce roi^^^ sortirent du même atelier.
A la fin du x* siècle, les monnaies épiscopales sont caractéristiques. Elles ont pour légende les noms du roi et de l'évêque : Hugo rex. Herveus^'^\ Plus tard, au xu* siècle (on ne possède pas d'espèces monétaires particulières au XI* siècle), les monnaies épiscopales présenteront le nom seul de l'évêque î«î.
De tout ceci, il ressort clairement que, dès le commencement du x* siècle au moins 9 les évêques de- Beauvais possédaient des droits monétaires, tandis que, depuis cette époque, les comtes semblent avoir perdu ceux qu'ils avaient à l'origine.
Ainsi, non content d'être un important seigneur foncier, le titulaire de
P* 399; par M. Anatole de Barthélémy :
Bévue numismatique française , années i85i et i858, et par M. Ponthieu : Société académique de l'Oise, t. UI, p. 5â3, et t. IV,
0) N' 6/145, de M. Poey d'Avant.
^') Parce que les comtes laïques de Beauvais disparurent au commencement du xi* siècle; mais il n\ aucune raison pour que leur monnayage n'ait pas cessé plus tôt.
t*J N"' 64/i7-6û5o de M. Pœy d'Avant.
— . Gariel, t. II, p. ai5 (pi. XXVII, n' A9) et p. 971 (pi. XLII, n"* Â9).
W Poey d'Avant, n- 6fi5i-6453; Gariel, ibid., p. 91 5 (pi. XXVII, n* 5o) et p. 990 (pl.XLlX, n*8).
W Poey d'Avant, n» 6454; Gariel, tlnd., p. 3oo (pi. LUI, n" 3).
<') Poey d'Avant, n~ 6455-6458.
^*> Monnaies de l'évêque Henri de France, 1149-1169 {ibid., n*** 6463-6467); de Barthélémy de Montcomct, 1 1 69-1 195 ; de Philippe de Dreux , 1 1 75-1 9 1 7 ; etc.