INVASIONS DES NORMANDS
Les Mérovingiens n'avaient dans Beauvais qu'une cité de peu d'importance, eu égard à la faibleélend ue de terrain qu'entouraient ses murailles; ils ne paraissent guère l'avoir considérablement augmentée. Cependant ce fut à cette époque que les faubourgs commencèrent à se grouper autour des fortifications et que le suburbium se forma. En même temps, des mo'^
(') Euai iur le$ source» hagiographique»
de la vie de Maint Lucien, apôtre, évéque et patron du diocèse de Beauvais, Senlis, impr.
E. Payen, 1878, în-8". (Extrait des Mémoires du Comité archéologique de Senlis. )
(') Histoire de la monarchie française , t. II, col. 9& (liv. Il, ch. 37).
t^) Voici par quel raisonnement ces auteurs arrivent à cette conclusion. D. Ruinart, dans la préface de son édition de Grégoire de Tours (s. &, c. 139), dit avoir employé deux manuscrits presque contemporains, Tun de Téglise de Beauvais, Tautre de Tabbaye de Corbie. Ces deux manuscrits datent la bataille de Veuille de la quinrième année du' règne de Clovis : anno quinto decimo Clodovechi.
Mais D. Ruinart observe que la défaite
d^Alaric eut lieu non la quinxième année, mais la vingt-siiième année du règne de Clovis. Pour expliquer cette différence, on ne peut alléguer trd^autre raison, dit Fabbé Dubos, si ce n^est que, dans le diocèse de Beauvais et dans celui d'Amiens, on comptait encore la quinzième année du règne de Clovis en 507, parce qu'on n*y avait compté la première année de son règue que lorsque le pays avait été soumis à sa domination, ce qui n'est arrivé qu'à la fin de Û93 ou plutôt au commencement de l'année suivante».
— Ce raisonnement semble assez spécieux; malheureusement, il ne repose que sur un fondement on ne peut plus faible. En réalité, il n'y a là qu'une erreur de copiste, dont on ne peut, en bonne critique, rien inférer.
nastères s'établirent à peu de distance de la ville , et l'abbaye de Saint- Lucien fut fondée par Childebert I*.
Quelles furent alors les institutions municipales de la ville? Sous les Romains, elle avait été, comme toutes les villes de la Gaule, soumise au régime universel de l'administration des conquérants, caractérisée par la curie avec ses duumvirs, ses édiles, ses questeurs, etc. ^^^ Certes, le sort des curiales était loin d'être enviable, puisque c'était sur eux que retombait toute la responsabilité de la gestion financière : certains citoyens étaient même si peu ambitieux de cette charge, qu'ils aimaient mieux s'enfuir ou abandonner leur fortune que d'être curiales. Aussi comprend-on que les institutions romaines durent changer sous les Mérovingiens et recevoir bien des modifications; cependant elles résistèrent beaucoup plus qu'on ne le croit généralement à l'action du temps et des hommes ^^^ En effet, si les duumvirs, en Gaule et en Espagne, avaient disparu après la chute de l'empire d'Occident, ils avaient été remplacés par le defensar cimtalis et par le curator reipubUcae, qui étaient bien des créations des empereurs romains.
Mais le rôle du defensor, qu'une certaine école a longtemps prétendu attribuer à l'évéque ^^\ se réduisait , en somme , à peu de chose. Dans la Gaule franque, sous Glovis par exemple, il avait perdu ses pouvoirs judiciaires et jusqu'à ses pouvoirs de police : il n'avait plus que la direction des gesta municipaux et la présidence de la curie. Le seul acte de juridiction qui lui appartint était de la juridiction gracieuse : c'était la capacité de recevoir les déclarations d'adoption ^^\ Parfois encore , il avait quelques attributions spéciales, comme la datio tutùris^^\ En somme, quoique peu important, ce personnage a cependant subsisté jusqu'au milieu du ix' siècle au moins ^^\ A cette époque, son pouvoir fut absorbé «par les comtes ^''^ dont le pouvoir devenait, aux approches de la féodab'té, plus envahissant que jamais».
Le curator reipublicae ^^\ qu'on retrouve encore à Angers en 8 o 4 , disparut aussi. Ce personnage avait pourtant conservé une importance bien autrement grande que le defensor, car il avait accaparé une partie des attributions des duumvirs et toutes celles des édiles et des questeurs. Ainsi
<>> Gf. Fustel de Goulanges, HUtoire dm iI]-8^ Paris, Joubert, (. II (i846), p. 3o6
in«(iltflûm« ^Unitpm de la France ^ a* éd. iii-8% et 3o7 ; t. III (i 859-1 853 ), p. 996-996. —
Paris, Hachette, 1. 1 (1877), p. 1 Sa et suiv. Voir Texamen de ce système par Em. GbénoD,
(') Cf. Emile Ghénon, Etude hùtorique sur op. du, p. 89-96. h ftdrfenêor cmtatiên. Paris , L. Larose et For- (*) Ém. Ghénon , of. eit, , p. 68.
cel, 1889, in- 8*. (Extrait de la Nouioelle revue (^) Id., Und., p. 80.
kittorique de droit françaie et étranger, mai- (*> Id., ibid., p. 70.
juin et juilictnBOÛt 1 889. ) <^) * Id. , ibid. , p. 71..
('' Laferrière. Hùtoire du droit françaie , <*> Id., i6tU, p. 83.