‹ Histoire de Beauvais et de ses institutions communales jusqu'au commencementChapitre 8 sur 47 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

c est à lui qu'appartenaient la gestion des finances et la surveillance des monuments publics; c'était lui qui tenait le premier rang dans la hiérarchie municipale, et jamais le defensor civitaiia ne put le lui enlever ^^^ Cependant il dut aussi courber la tête devant le comte, cet officier si considérable dans l'administration royale du ix* et du x' siècle. Son importance décrut peu à peu, et cette institution fut ruinée comme la plupart des institutions romaines restées debout jusqu'alors.

Tels avaient été les chefs de l'administration municipale jusqu'aux Carolingiens. Ce régime a-t-il duré aussi longtemps à Beauvais? Les textes manquent absolument pour répondre à cette question.

Aucun fait important pour l'histoire de notre ville n'est à signaler avant l'invasion des Normands. Notons toutefois qu'en 8^5, dix évéques des provinces de Reims et de Sens se réunirent à Beauvais avec le roi Charles le Chauve, et nommèrent Hincmar à l'archevêché de Reims ^'^^.

Simon ^'^ dit, d'après Louvet^*\ qu'en 887 et 84o, les monastères de Saint-Germer et de l'Isle furent détruits par Hasting et ses Normands. Cette aflirmation provient d'une erreur de Louvet^^^, et il faut reporter à l'année 85 1 la date des premiers désastres éprouvés par Beauvais et le Beauvaisis

<^) £m. Ghënoii, op, cit,, p. 86.

<«) Labbe, Concî/., t. vu, col. 1811, 1896; Sirmond, QmcU, antiq, GalL, t. HT, p. 93; Hardouin, ConciL, t. IV, col. 1&73; Danse, Borel et Bucquet, Hûtoire nu. du Beauv., p. 1 83-1 85; Varin, Archives admtniêlrativet de la ville de Reimt, t. I , p. 34 , etc.

<^) Àdditioni à Vhiitoire du Beauv,, p. i3.

(*) Antiquitei du Beauv,, t. I, p. 636 et /i37.

(^) Une antre erreur consiste è faire venir les Normands à Beauvais en 866. Voici la source de cette erreur : «DaDs Tlndex du tome II des Conciles du P. Hardouin, au mot Nermannia, il est dit que les Normands vinrent i Paris et à Beauvais, et Ton renvoie au tome IV, col. 1679 D. £n effet, à fendroit cité, qui fait partie de la préface du concile de Meaux, dressée à Paris en 866, on lit :

aed inde Belvacum dvitatem venieniee ; et comme dans la phrase précédente ii y a : Normannoê, qui mque Paritioê venientes, Tauteur de Tlndez a conclu trop précipitamment que ces deux venienteê se rapportent aux Barbares; d*où il résulterait qu^ils ont pillé Beauvais avant 866; mais par tout ce qui précède il est évident que le second venientn de la préface doit s^appli-

quer aux évéques.» ( Danse, Borel et Bucquet, op, cit., p. 189, note A.) — Le passage en question est en effet celui-ci : Inde vero . . . dédit Dominus ab Aquilone, undejuxta Pro^ phetam pandetur omne malum, dignoe meritie nostris apoêtoloe, crudeUe êciUcet et tmmantfs»mof ehriatianitaiie perêecutftree , Northmannoe; qui uêque Paritioa venienteê , quod juseit Domi' nui, denunutravemnt : quorum actue Domùû eacer dotée, ut praevenerant ex ore Domini, eertnofitf êwit etiam eubeeeuti. Sed et inde Beha^ cvm veniente», quae ex Domini volwUale cognowrant, et verbo et ecripio nuUatenue iUuerunL (Hardouin, QmciL, t. IV, col. 1679 D.)

La chronique d*Adémar (Labbe, Biblioth,, t. Il, p. 161; Uietoriene de France, t. VII, p. 996) met un incendie de Beauvais et de plusieurs autres villes avec des événements accomplis en 866. Ce n*est rien moins que sûr.

D. Bouquet ( Uietoriene de France , ibid. , note a) fait remarquer qu^ici Adémar réunit des bits arrivés en divers temps. Duchesne, dans les extraita qu'il a donnai de cette chronique \Hiêt, Normann. Script., p. 19 C), met ces incendies entre les années 836 et 876. L^incendie de Beauvais de 866 pourrait donc bien élre le même que celui de 85i.

du fait des Normands. Je ne crois pas pouvoir mieux faire que de citer à cette occasion ï Histoire manuscrite du Beauvaisis de MM. Danse , Borel et Bucquet^^^ : «Le même Oscheri, qui avait brûle Rouen en 8â i, reparut dans la Seine le i3 octobre 85o; ses pirates mirent le feu à l'abbaye de Fontenelle^^^ De là, répandus de tous côtés, ils eurent la hardiesse de venir par terre jusqu'à Beauvais, qu'ils brûlèrent ^^^; le monastère de Saint-Germer éprouva le même sort^*^ mais, à leur retour, ils furent défaits à Vardes^'^^: on en tua un grand nombre, et le reste trouva le moyen de regagner ses barques à la faveur des bois, la nuit du 5 juin 85 1, après avoir séjourné près de huit mois sur les bords de la Seine, n

Les Normands reparurent dix années après. Le jour de Pâques de 86 1^*^, ils brûlèrent Paris, et, le 9 5 juin de cette même année, ils étaient vraisemblablement dans le Beauvaisis, car ils massacrèrent ce jour-là l'évéque de Beauvais, Hermanfroi ^"'^ L'évéque de Noyon, Immon, fut aussi leur victime ^*^

Une autre invasion des Normands valut à la cité de Beauvais la possession du corps de saint Waast. Chassés par eux, les moines de l'abbaye de Saint-Waast d'Arras transportèrent en effet à Beauvais, en janvier 88 1, les reliques de leur patron ^^^ L'évéque Eudes 1", célèbre à plus d'un titre dans

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<*) Chronic. FontanelL, Duchesoe, Scriptem, t lUp- 389 B-C; Hiêtoriem de France, L VU, p. 43 A-B.

^') VgnienUêqiiê urbem Rotomum, uique ad Bêîvaeum pedeêtri gradu perveniunt : Ann. S.

Bertin,, an. 85 1. {Hiêtonens de France, ibid., p. 68 G ; édition de Tabbé Dehaisnes dans la collection de la Société de l'hiitoire de France, p. 77.) — Chronic, FontaneU,, Duchesoe, ibid. , G ; Hietoriene de France, ibid, , p. A 3 B. — La chronique de Fontenelle dit : BeHoaeuê cremarunt, et les annales de Saint-Bertin :

qua ineenea, Cependant la ville ne dot pas élre entièrement détruite : trente ans après, elle servait d^asile contre les Normands, comme on le verra plus loin; de plus, la ville fut encore incendiée en 886.

t*) Chrome. FontanelL, ibid.

<*) Loco nmncupanîe Wardera. D. Boaquet, dans rindex géographique du tome Vil , au mot Wardera, et dans sa chronologie, p. lxix, an. 85a , traduit ce nom de lieu par Ouarde. G*e0t Vardes dans la Seine-Inférieure, commune de Neuf-Marché, arrondissement de Neufchâtel-en-Bray, canton de Gournay.

(*) De mhac. S. Germ., liv. II, ch. x. Duchesne, Scriptoree, t. II, p. 658 G; Historienê de France, t. VII, p. 35i D.

t^> ht quadam villa inteîfecerwU, D. Rivet {Histoire littéraire, t. V, p. 53 1) se trompe donc en disant qu^Hermaofroi fut tué au siège de Beauvais. — Je n^ai pas pu retrouver le «Martyrologe » diaprés lequel les auteurs de YHiêtoire mt. du Beauv, donnent celte citation (p. 906).

(") Les annales de Saint-Berlin mettent ces deux massacres en 859. (Bietoriem de France, t. VII, p. 75 B-G; édition Dehaisnes, p. 99.) De même tous ceux qui les ont copiées, par exemple : Duchesoe, Script, t. II, p. 596 A ; Hiet. Norm., p. 3 A; Historienê de France, t. Vil , p. 1 56 A ; Fleury, Hiet , t. X , p. 656 ; Histoire littéraire, t. V. p. 53 1 et 707 ; Lefranc, Histoire de la ville de Noyon, p. 16 et 1 5, etc. Il faut seulement faire remarquer que ces deux évéques ont souscrit au mois d^octobre 860 aux actes du concile de Tousy (Mabillon, Ann. bened., I. 35, n* 5o); leur mort, par conséquent, doit être postérieure.

(*) Annal. Vedast., ann. S8i,éà\t Dehaisnes, p. 3 06. — Brève ehronic. Tornac. S, Mfktini, Historieti* de France, t. VIII, p. 985.

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