VIII AVANT-PROPOS
passion qui ne fût pas celle de la vérité. Les calomnies que l'ennemi déversait alors sur notre peuple me la rendaient plus chère et plus auguste. Elle se confondait dans mon esprit et dans mon respect avec le droit et la justice qui ennoblissaient notre cause. Au sein de cette prison collective que Gand était devenu sous le joug allemand, je me suis confiné dans mon labeur; j'ai vécu dans l'intimité du passé ; j'ai voulu écrire et j'espère avoir écrit sine ira et studio^ sans colère et sans prévention.
Le sujet que j'avais à traiter est le plus ingrat que comporte notre histoire. De la paix de Munster à la fin du régime autrichien, la Belgique a été presque sans interruption le souffre-douleur de l'Europe. Ravagée par les guerres, morcelée par les conquêtes de Louis XIV, elle est encore ruinée par l'impitoyable fermeture de l'Escaut, et, victime de la faiblesse de souverains indifférents à son sort, humiliée ou, pour mieux dire, avilie par l'odieux traité de la Barrière. Pourtant, au milieu de tant de malheurs et de tant d'opprobres, elle ne désespère pas de l'avenir; rien n'est touchant comme de la voir, dès que les conflits internationaux dont elle est la victime s'interrompent un moment, panser ses blessures et se remettre au travail. Son relèvement, durant la seconde moitié du XVIIF siècle, est une attestation vraiment émouvante de l'optimisme et de l'énergie de sa population. On la croyait morte : elle revit. Et plus surprenante encore que sa renaissance économique, apparaît sa renaissance nationale. Afin de la paralyser, les puissances avaient eu soin de garantir à ses provinces un particularisme qui, les isolant les unes des autres, devait les rendre incapables de toute action commune. Et voilà