‹ Histoire de Belgique (volume 2)Chapitre 26 sur 218 · LE JANSÉNISME · texte numérisé non relu

LE JANSÉNISME

pays de Liège. La nomination du Père jésuite Sabran à la direction du séminaire (1699), provoquait une véritable tempête : pamphlets, appels à Rome, pétitionnement de curés (1). Bref le jansénisme adoptait vis-à-vis de l'ultramontanisme la même attitude par laquelle celui-ci devait, un siècle plus tard, répondre aux réformes de Joseph II. Et, pour achever la ressemblance, les corps constitués ainsi que la bourgeoisie des villes se prononçaient pour lui. A en juger par les apparences, aux environs de 1700, son triomphe semblait assuré (2). C'est qu'à la différence de ce qui se passait en France, le gouvernement n'osait prendre parti. Il se sentait trop faible pour entamer la lutte, et les velléités d'énergie qu'il manifestait çà et là sous la pression du nonce de Madrid, de l'internonce de Bruxelles ou de l'archevêque, ne faisaient illusion à personne. Les jansénistes savaient trop bien que Charles II était aussi incapable de rivaliser en politique ecclésiastique avec Louis XIV, qu'il l'était dans tout le reste. Quant à l'opinion publique, elle se complaisait à une résistance dans laquelle lui apparaissaient la preuve et la garantie de l'autonomie nationale, et peut-être plus d'un se consolait-il des victoires de la France en songeant que le Grand Roi ne parviendrait pas du moins à triompher dans les Pays-Bas du parti dont la ruine lui tenait si fort à cœur...

(1) Daris, Histoire du diocèse et de la principauté de Liège pendant le XVII' siècle, t. II, p. 365 et suiv. (Liège, 1877).

(2) Vers 1695, Précipiano constate que « quasi la plus grande partie du clergé séculier dans les Pays-Bas est corrompue des nouveautés du jansénisme ; plusieurs ordres séculiers en sont aussi infestés. L'Université de Louvain l'est aussi au point que nous le voyons, et les jansénistes y sont les plus forts et prédominants et y corrompent la jeunesse qui y estudie. C'est la conscience du Roy qui est la plus chargée de ces désordres, puisque luy seul y peut remédier et ne le fait pas ». Gachard, Histoire de la Belgique au commencement du XVIII'' siècle, p. 99. A l'Université de Louvain, le Collège du Faucon se distinguait par son jansénisme. Paquot, Mémoires littéraires, t. XIII, p. 300; cf ibid., t. VIII, p. 447. Sur les jansénistes de Louvain et de Douai à la fin du XYIl^ siècle, voy. encore Question curieuse, etc., p. 137. Pour apprécier l'âpreté des polémiques, cf. l'article Gilles De Witte dans M. Goethals, Histoire des lettres, des sciences et des arts en Belgique, t. I, p. 260 et suiv. (Bruxelles, 1840).

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