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LE TRAITÉ DE LA BARRIERE

tive » à Namur, Tournai, Menin, Furnes, Warneton, Ypres et le fort de Knocque, la garnison de Termonde devant être commune aux deux contractants. Cinq cent mille écus (1 million 200,000 florins de Hollande) hypothéqués sur les revenus des Pays-Bas seraient affectés annuellement à l'entretien des troupes. Le catholicisme demeurait la seule religion tolérée en Belgique, sauf pour les garnisons hollandaises. Quant aux intérêts économiques, la fermeture de l'Escaut était naturellement ratifiée : les droits d'entrée et de sortie resteraient provisoirement immuables, mais il était entendu qu'on conclurait le plus tôt possible un traité de commerce entre l'empereur, l'Angleterre et les Provinces-Unies. Enfin, les capitulations des villes ainsi que les décisions prises par le gouvernement provisoire depuis Ramillies étaient confirmées. Tel fut le troisième traité de la Barrière, moyennant lequel Charles VI obtenait enfin des États-Généraux « toutes les provinces et villes des Pays-Bas, tant celles qui ont été possédées par Charles II, que celles qui viennent d'être cédées par la France, pour ne former désormais qu'un seul, indivisible, inaltérable et incommutable domaine, inséparable des États de la maison d'Autriche en Allemagne ». L'empereur n'atteignait d'ailleurs à son but qu'en sacrifiant les intérêts les plus chers et les plus essentiels de ses nouveaux sujets. Il violait leurs privilèges, dont il avait promis le respect à Rastadt, en grevant les provinces, sans leur assentiment, d'un impôt perpétuel, et les abandonnait à l'exploitation économique des puissances maritimes. Kônigsegg avait consenti en faveur de l'Angleterre à un abaissement des droits sur les draps et en faveur de la Hollande à la même mesure touchant les eaux-devie (1). Pour la gloire d'ajouter un nouvel État à la bigarrure de ses domaines, Charles VI acceptait d'apposer sa signature à un acte qui en consacrait la détresse et l'abaissement. Le traité, comme disait le comte de Mérode, était « l'huile qui devait servir à l'extrême-onction des Pays-Bas » (2).

(1) von Srbik, op. cit., p. 463.

(2) J. P. de Mérode- Westerloo, Mémoires, t. II, p. 121 (Bruxelles, 1840).

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l30 LA GUERRE DE LA SUCCESSION D'eSPAGI^JE

Et par la plus curieuse des ironies de l'histoire, cette barrière qu'il élevait sur leurs ruines n'était plus, dans la situation nouvelle de l'Europe, qu'un absurde archaïsme. L'Autriche avait à elle seule assez de force pour défendre à l'avenir la Belgique contre une France vaincue et affaiblie. L'occupation hollandaise dont elle acceptait l'humiliation se comprenait à l'époque des grandes conquêtes de Louis XIV. En 1715, elle n'avait plus de raison d'être et l'avenir devait le montrer à suffisance. La décadence des Provinces-Unies commence d'ailleurs à la date même où elles remportent ce dernier succès diplomatique. De plus en plus « faibles et corrompues », elles n'inspirent plus de craintes à personne. Les garnisons de la barrière ne servirent en rien à la défense de la République; elles ne firent que prouver par leur indiscipline et leur mollesse le déclin de sa puissance guerrière. Elle s'obstina pourtant jusqu'au bout à les maintenir, moins sans doute parce qu'elle les considérait comme une survivance de son glorieux passé que parce qu'elle y voyait une occasion de subsides et un prétexte à combattre tout essai de renaissance économique dans les provinces belges.

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