LES PAIX D UTRECHT ET DE RASTADT
à leur cession à l'empereur « pour en jouir lui, ses héritiers et successeurs désormais et à toujours, pleinement et paisiblement selon l'ordre de succession établi dans la maison d'Autriche, sauf les conventions que l'empereur fera avec les États-Généraux touchant leurs barrières ». L'article 28, dont les conséquences ne devaient apparaître que plus tard en pleine lumière, soumettait encore à une autre restriction la souveraineté autrichienne. Il garantissait aux habitants des Pays-Bas la libre jouissance de tous les privilèges, prérogatives, coutumes, exemptions, droits, etc., existant sous Charles H, à la réserve des territoires restitués par la France oïl ils subsisteraient tels qu'ils s'étaient trouvés sous la domination du roi très-chrétien.
Restait à Charles VI, pour entrer en possession, à s'entendre avec les deux puissances maritimes! L'Angleterre paraissait de bonne composition. Le 28 août, ses dernières troupes d'occupation s'étaient embarquées à Ostende. Mais les garnisons hollandaises ne partaient pas et ne devaient pas partir. Les Provinces-Unies attendaient, leur gage en main, que l'empereur entamât la discussion sur la barrière. Elles continuaient, avec les ministres britanniques, à administrer le pays par la Conférence. Par précaution, elles avaient, au mois de juillet 1713, de commun accord avec eux, imposé à la Belgique un nouveau système douanier qui avait visiblement pour objet d'y soumettre l'Autriche à leur domination économique aussi bien qu'à leur suprématie militaire. Ainsi l'empereur allait devoir manœuvrer sur un terrain miné à l'avance. On se flattait d'ailleurs à La Haye que, dans sa hâte d'en finir, il ne ferait pas une longue résistance.
Il se débattit pourtant pendant un an, et ce ne fut pas sans succès. Le 4 octobre s'ouvraient à Anvers des conférences entre le représentant de Charles VI, Lothaire comte de Kônigsegg, et les plénipotentiaires de l'Angleterre et de la République (1). Kônigsegg y avait fait venir des députés des
(1) Gachard, Histoire de la Belgique au commencement du XVIII" siècle, p. 236 et suiv. ; von Srbik, op. cit., p. 443 et suiv.
128 LA GUERRE DE LA SUCCESSION d'eSPAGNE
provinces chargés de l'aider à « prendre des mesures convenables pour le service de l'empereur et pour le bien et l'intérêt de leur patrie ». Il savait combien la barrière leur était odieuse, était sûr qu'iîs allaient protester et comptait bien, en bon diplomate viennois, obtenir pour son maître quelque avantage supplémentaire en se donnant l'air de sacrifier leurs réclamations ou en les mettant à prix. 11 fallait s'attendre à des négociations ardues. Excitées sous main par la France, heureuse de faire pièce à l'Autriche, les Provinces-Unies laissaient voir que « sous le prétexte d'une barrière, elles voulaient étendre leur domination sur une partie des Pays-Bas et tenir le reste dans une entière dépendance ». Elles réclamaient toute la partie de la Gueldre non cédée à la Prusse, une extension considérable de leur frontière au sud de l'Escaut, des subsides perpétuels à fournir par la Flandre et le Brabant pour l'entretien des garnisons et enfin la liberté de conscience pour les habitants des Pays-Bas. Kônigsegg commença par tout rejeter afin de se faire accorder des concessions. En réalité, il n'était inébranlable que sur la question religieuse, l'empereur préférant, déclarait-il, renoncer aux provinces plutôt que de porter quelque atteinte à la religion catholique romaine. Pour le reste, il chicanait de son mieux, laissant voir que, moyennant des concessions territoriales, il céderait sur le point des subsides, qui aussi bien n'affectait que le pays et les privilèges.
Grâce à lord Cadogan, ce barguignage d'argent, de terres et de point d'honneur fut enfin conclu, après cinquante-deux séances, le 15 novembre 1715 (1). L'empereur cédait aux Provinces-Unies dans le haut quartier de Gueldre : Venlo, le fort Saint-Michel, Stevensweert et l'ammanie de Monfort; en Flandre, le territoire situé au nord d'une ligne partant d'entre Blankenberghe et Heyst et passant par Saint-Donat, Doel et Kettenisse. L'armée d'occupation des Pays-Bas compterait 30 à 35,000 hommes, dont l'Autriche fournirait les trois cinquièmes. La République aurait droit de garnison « priva-
(1) von Srbik, op. cit., p. 476.