LA BELGIQUE EN I9I
l'Université de Gand en université de langue flamande avait soulevé au sein des Chambres une tempête d'indignation.
La virulence des luttes intérieures n'est fatale qu'aux nations épuisées. Chez les peuples robustes, elle n'est souvent qu'une manifestation de vitalité. Que de fois, au cours de son histoire, la Belgique n'en avait-elle pas fourni la preuve ! Que de fois, au XIV^ siècle par exemple et durant la première moitié du XVI*, les troubles civils ou les différends confessionnels n'y avaient-ils pas coïncidé avec la pleine expansion de toutes ses énergies. Ce qui s'était passé alors se reproduisait au début du XX* siècle. Aujourd'hui comme alors, ce pays si agité par des conflits politiques, sociaux et linguistiques si violents qu'il paraissait au bord de la révolution, se trouvait pourtant, si l'on peut ainsi dire, traverser une crise de prospérité telle qu'il n'en avait connu de semblable en aucun temps. Jamais son essor économique ne l'avait porté aussi haut qu'en 1914, et à sa prospérité matérielle correspondait son expansion intellectuelle et artistique. Il suffit de rappeler ici que l'époque de l'apogée du port d'Anvers, de la mise en valeur du Congo, des progrès surprenants de l'exportation industrielle est en même temps celle qu'ont illustrée des artistes comme Meunier, des inventeurs comme Gramme etSolvay, des écrivains comme Verhaeren et Maeterlinck, des savants comme Van Beneden ou Waxweiler. Sur ce sol si travaillé, si labouré par les générations précédentes, s'épanouissait la fleur d'une civilisation complète et originale. La Belgique n'était pas seulement un marché et une fabrique. Elle jouait son rôle dans le monde de la pensée.
Plus que jamais, les influences du dehors se répercutaient sur elle et contribuaient à lui donner une physionomie nouvelle. Celle de l'Allemagne tout d'abord s'y affirmait avec la puissance grandissante que le jeune empire prétendait imposer au monde. Anvers redevenait, plus encore qu'aux beaux temps de la Hanse, un port germanique. Partout des ingénieurs, des
hommes d'affaires, des commis allemands, recommandés par la supériorité de leur dressage technique et de leur activité disciplinée, s'introduisaient dans les usines et dans les banques. Les capitaux allemands cherchaient et trouvaient des débouchés dans les entreprises industrielles et financières de la Belgique. Le Times, en 1905, allait jusqu'à prévoir le « vasselage économique » du pays à l'égard de sa redoutable voisine. Et l'emprise intellectuelle coïncidait bientôt avec l'emprise matérielle. Au prestige de la musique v^ragnérienne s'ajoutait celui de. la science. Les universités d'Outre-Rhin attiraient plus largement d'année en année les jeunes docteurs. On leur demandait des professeurs, on imitait leurs « séminaires », on s'inspirait de leurs méthodes.
L'engouement n'était pas moins grand dans le monde politique. Les catholiques révéraient les hommes du « centre » comme les initiateurs des réformes sociales inspirées par l'esprit chrétien, tandis que les socialistes étaient pleins d'admiration et de respect pour le pays de Karl Marx et de la Sozial-democratie. En 1910, la visite de Guillaume II à Bruxelles avait provoqué un moment l'enthousiasme. Les outrecuidances des pangermanistes excitaient bien çà et là quelque inquiétude, mais trop rares étaient les gens avertis, et au surplus les déclarations que prodiguaient les ministres du Reich ne trouvaient que trop d'audience au sein d'un peuple qui ne demandait qu'à être rassuré sur le voisinage profitable de la grande et riche Allemagne. Le dernier traité de commerce qu'elle avait conclu avec la Belgique, commençait même à faire surgir l'idée d'une accession possible du pays au Zollverein (l).
Malgré tout cependant, l'action de la France demeurait prépondérante. Favorisée par une tradition plusieurs fois
(1) En 1904, Léopold II déclarait au chancelier de l'Empire, le prince de, Bfllow, que « Les Belges ont plus de confiance dans l'Allemagne que dans 11 France >. La proposition que Guillaume II lui fit le lendemain de s'allier à l'Aile- ' magne au mépris de la neutralité, dut lui montrer combien cette confiance était fallacieuse. Mais elle n'en continua pas moins à subsister en général parmi le public et les conservateurs jusqu'à la veille de la guerre. Voy. les Mémoires de Biilow, t. II, p. 108 et suiv. delà trad. française. Cf. plus haut, pp. 334, 376.
LA BEI.GJOUE EN I9I4 SSq
séculaire, par l'analogie des mœurs, par la communauté de la langue, par le voisinage de Paris que les trains rapides mettaient à quatre heures de Bruxelles, elle dominait incontestablement dans la vie sociale. Les journaux parisiens de la nuit distribués dès le matin dans toutes les villes y faisaient concurrence à la presse nationale. Le théâtre ne jouait que des pièces françaises ; on ne lisait que des romans français ; les conférenciers parisiens faisaient salle comble dans tous les cercles littéraires. Les lois anticléricales de la République avaient fait refluer sur le sol belge, qui avait été sous tous les régimes l'asile des réfugiés de France, quantité de couvents et d'établissements d'enseignement. Lourdes attirait chaque année des milliers de pèlerins. Parmi les socialistes, Jaurès contrebalançait par l'éclat de son éloquence et la générosité de son humanitarisme la supériorité doctrinale des marxistes allemands. Les artistes comme les écrivains braquaient les yeux vers Paris, cette cosmopolis dont la vie exubérante s'épanche si largement qu'elle déborde les limites du sentiment national. C'est là que vivaient Maeterlinck et Verhaeren, de là que partaient les propagandistes de l'alliance française. Mais c'est là aussi que travaillaient les banques et les sociétés financières avec qui collaboraient dans tant d'entreprises des capitalistes belges. En dépit du protectionnisme grandissant de la France, du petit nombre de la colonie française en Belgique, du recul assez sensible des échanges industriels entre les deux pays, la Belgique était baignée d'une atmosphère française et, à première vue, l'étranger pressé de conclure, la considérait souvent comme une contrefaçon de la France.
A cette prépondérance n'échappaient qu'un nombre, il est vrai croissant, de flamingants, les uns entichés de pangermanisme, les autres cherchant à opposer la Hollande à la France et les congrès néerlandais à ceux de l'alliance française.
Et pourtant, le rayonnement de la France sur la Belgique, si éclatant qu'il fût, ne l'éblouissait pas. Le temps n'était plus où l'on suivait docilement et passivement les directions de la grande voisine. Ce qu'on lui empruntait était surtout affaire de mode, de bon ton et de bon goût ; c'est par son truchement
390 A LA VEll.LE DE LA GUERRE
qu'on correspondait avec la civilisation de l'Europe et le sport luimême n'arrivait d'Angleterre que par l'intermédiaire de Paris. Mais dans la réalité profonde des choses, la vie française ne s'imposait pas à la vie belge, et l'on pouvait même observer que l'existence nationale suivait de plus en plus sa direction propre. Quantité de caractéristiques de l'existence française — je cite pêle-mêle les maisons à appartements, la mise en nourrice des enfants, le pensionnat pour les écoliers, les mariages arrangés par les familles — demeuraient étrangères aux mœurs belges. L'organisation des partis, les traditions politiques, les méthodes de l'enseignement, les intérêts économiques allaient divergeant ici et là. Chacun des deux peuples accentuait plutôt, en vertu de sa structure sociale, ses différences à l'égard de l'autre. Rien de plus opposé que le cours de la démocratie, celui du socialisme, celui du catholicisme dans les deux pays. La législation, jadis si souvent calquée sur la législation française, suivait maintenant la voie que lui imposaient les nécessités sociales, économiques et linguistiques si bien que la Belgique apparaissait à la France une « terre d'expériences ». On ne raillait plus à Paris une nation si active et qui au milieu de tant de problèmes qui la sollicitaient, parvenait à trouver des solutions. wM
Nul doute que, malgré les apparences, la cohésion n'augmentât de cette communauté belge si contrastée et si secouée de querelles. Son existence même, cette obligation qui s'imposait à elle d'exporter pour vivre, lui imposait l'association et la collaboration de tous. Elle formait de plus en plus un bloc dont toutes les parties demeuraient solidaires. Anvers ne pouvait se dispenser, pour fournir ses frets, de la métallurgie des bassins de Liège et du Hainaut, qui eux-mêmes possédaient dans ce grand port l'exutoire indispensable de leurs produits. Vers Bruxelles gravitait comme vers son centre naturel, toute l'activité économique. Là étaient ses organes régulateurs, banques, sièges des grandes sociétés anonymes, à côté du palais du roi et du palais de la Nation. Capitale indispensable et incontestée d'un pays surpeuplé et surchauffé, elle grandissait à mesure qu'il s'efforçait davantage, débordant de toutes
[.A COHÉSION NATIONALE 3gi
parts sous l'afflux des habitants nouveaux qu'elle attirait pêlemêle de Flandre et de Wallonie. Il y avait relativement plus de Belges à Bruxelles que de Français à Paris, et cette grosse agglomération centrale, faite de la substance des deux parties de la nation, et si bien placée qu'on eût dit son site choisi au compas juste au milieu du territoire, tenait ensemble comme une puissante agrafe toute la Belgique. Et comme autour d'elle les grandes villes étaient trop nombreuses, la population trop active, l'esprit régionaliste trop puissant, les autonomies locales trop invétérées pour qu'elle parvînt à s'y imposer et à les entraîner à sa remorque, elle jouait en somme le rôle d'un centre commun d'attraction autour duquel tout le reste gravitait sans s'y absorber.
Dans cet ensemble complexe se manifestaient les deux tendances contradictoires qui caractérisaient la civilisation européenne du moment : le nationalisme et l'internationalisme. L'agitation flamingante et la réaction wallonne qui en était le contre-coup découlent en effet, si l'on envisage leur cause profonde, de la persistance de traditions et de souvenirs dont la langue n'est que le moyen d'expression. Leur but, conscient chez quelques-uns, inconscient chez la plupart, est le retour à l'autonomie régionale, grâce à laquelle le groupe national pourra se reconstituer dans la pleine originalité qu'il se pique naïvement de lui avoir jadis appartenu. «Mijn land is mij niet te klein », disait fièrement J.-F. Willems, et à cette parole s'oppose r « Amon nos autes » des wallonisants. Il y a là incontestablement une protestation contre le présent, disons mieux, contre l'évolution tout entière des temps modernes qui a si impitoyablement écrasé sous son cosmopolitisme niveleur, les particularités, les singularités, les libertés provinciales, les caractères ethniques de l'Ancien Régime.
A cet égard, tout nationalisme est conservateur ou même réactionnaire en son principe, en ce sens qu'il s'élève contre ce qui est au nom de ce qui a été. Son énergie dépend par conséquent de l'écart plus ou moins grand de ce qui a été et de ce qui est. Or, cet écart, on l'a déjà dit à suffisance, n'étant pas très grand dans la communauté belge, il en résulte que
l'action centrifuge du nationalisme n'y peut franchir les bornes que lui assigne l'histoire et que le passé qu'il prétend restaurer n'est pas si éloigné du présent. En d'autres termes, le nationalisme n'y est pas incompatible avec le maintien de la civilisation commune à laquelle il a participé à toutes les époques. Et cette civilisation-là, c'est proprement la civilisation belge. Internationale en son fond, elle n'est que l'expression ou si l'on veut la combinaison des influences auxquelles le pays est soumis en ce point sensible de l'Europe qu'il occupe. Les idées y arrivent de toutes parts comme les marchandises et circulent avec elles sur les voies ferrées. Il est aussi libreéchangiste dans le domaine intellectuel que dans le domaine matériel, et l'on pourrait encore dire de lui, comme au XVF siècle, qu'il est une « terre commune à toutes les nations». Trop ouvert sur le monde, trop traversé par trop de gens divers, il les accueille pêle-mêle, sans préjugés et aussi sans grand choix. Il prend de toutes parts ce qui lui semble bon. Son armée est organisée sur le modèle français et ses universités sur le plan allemand ; à l'Angleterre, il a emprunté ses méthodes industrielles. Depuis toujours il a été, et depuis la reconquête de son indépendance il est devenu de plus en plus un asile pour les réfugiés politiques de toutes les patries : républicains de France, carbonari d'Italie, révolutionnaires de Pologne, libéraux et socialistes d'Allemagne. Il laisse à sa presse une liberté de critique, même contre ses propres institutions, qui correspond à cet individualisme invétéré qui, lui aussi et même lui surtout, favorise l'internationalisme en permettant à chacun de choisir et de défendre les principes qui lui plaisent. Jamais il n'a sévi contre les idées. La censure lui est aussi inconnue qu'à sa douane les tarifs prohibitifs et il a laissé passer, tour à tour ou tout ensemble, le catholicisme de Lamennais, celui de Veuillot et celui de Windhorst, comme le socialisme de Louis Blanc, de Fourier, de Considérant, de Karl Marx. Ses professeurs ont joui à toutes les époques d'une indépendance de parole dont aucun autre pays ne fournit l'exemple. Aussi nulle capitale ne s'approprie-t-elle mieux que Bruxelles à .la tenue des congrès internationaux. Ils s'y succèdent sans interruption
LA CIVILISATION BELGE SqS
et parfois même y établissent leurs bureaux permanents. C'est en Belgique qu'a été fondé l'Institut de droit international et que l'Internationale socialiste a placé son secrétariat. Le goût pour les expositions universelles est encore un indice curieux de cet état d'esprit. Depuis 1880, elles se suivent à courts intervalles : à Bruxelles, à Anvers, à Liège, à Charleroi, à Gand. Les universités du pays regorgent d'étrangers. Celle de Louvain, où Mgr. Mercier fonde en 1889 l'Institut de philosophie thomiste, est la grande école de la catholicité. L'aspect extérieur des villes avec leurs constructions de tous les styles témoigne de son côté de la réceptivité du pays. Bref, le milieu belge est tellement un synchrétisme des civilisations les plus diverses qu'on a pu le comparer à la Syrie de l'antiquité, placée comme lui au point de contact de grands empires et, comme lui, en rapports constants avec eux par son commerce et son industrie.
Incontestablement, la Belgique reçoit beaucoup plus qu'elle ne rend, et sa culture est beaucop plus diversifiée que nourrie de tous les apports qu'elle accueille. Elle ne les reçoit d'ailleurs en grande partie que par l'intermédiaire de la France, dont la langue ne la fait correspondre avec le monde qu'en passant par Paris. Mais cela suffit pour lui constituer, au milieu des nations qui l'entourent, une originalité qui provient de son cosmopolitisme. Sa pensée, faite de tant d'éléments divers, reste accueillante, tolérante et humaine. Elle ne s'oppose pas hargneusement à l'étranger. Chez les meilleurs de ses interprètes, elle s'efforce à être européenne.
Et en cela elle correspond bien à cet amour de la paix qui est en même temps pour le peuple belge un besoin, une manière d'être et un idéal. Un besoin parce que la paix est la première condition de sa prospérité, une manière d'être, parce que depuis quatre-vingts ans il n'a plus connu la guerre, un idéal, parce que son cosmopolitisme la lui fait apparaître comme identique à la civilisation elle-même. Il y tient par toutes ses fibres, par un ensemble heurté des motifs les plus bas et les plus élevés, depuis l'horreur instinctive de la caserne jusqu'à l'aspiration à la fraternité universelle du genre humain.
A la veille de la guerre mondiale, les signes avant-coureurs
3q4 a la veille de la guerre
de la catastrophe avaient beau se multiplier, on ne voulait pas ou on n'osait pas les voir. La réforme militaire votée en 1913 semblait au surplus devoir écarter des frontières un fléau dont on s'était désaccoutumé depuis trop longtemps. Au milieu de l'illusion générale, le roi, qui depuis sa récente visite à Guillaume II savait le choc inévitable, devait garder le silence(l). Le meurtre de Serajevo, l'ultimatum de l'Autriche à la Serbie n'avaient pas suffi à dessiller les yeux. Les catholiques ne pouvaient se résigner à soupçonner l'Allemagne, et les socialistes, qui venaient de conférer à Bruxelles avec des socialistes français et des délégués de la Sozial-democratie, n'étaient pas moins confiants. En quittant Emile Vandervelde, Jaurès lui donnait rendez-vous à Vienne dans quinze jours. Personne ne pouvait supposer que, le 30 juillet, le ministre d'Allemagne à Bruxelles avait reçu la fatale enveloppe d'où devait sortir la catastrophe.
Pourtant la situation devenait si grave que le V^ août le roi lançait l'ordre de mobilisation générale. L'opinion presque tout entière n'y vit qu'une mesure de précaution. La présence des troupes aux frontières suffirait sans doute, comme en 1870, à écarter l'ennemi. Les soldats partaient pleins de confiance dans le retour. La déclaration de guerre de l'Allemagne à la Russie était trop attendue pour effrayer. Le parti pris était si tenace que l'envahissement même du grand-duché de Luxembourg ne parvint pas à le dissiper.
Brusquement, au matin du 3 août, les journaux annonçaient la remise dans la nuit de la demande faite au gouvernement de laisser passer l'armée allemande et la réponse qu'elle avait reçue. Ainsi l'inconcevable se réalisait. Ce peuple qui, depuis bientôt un siècle, s'était complu à considérer sa neutralité comme sa sauvegarde et qui avait si scrupuleusement veillé sur elle, se voyait sommé de la violer au profit d'une des Puissances qui l'avaient garantie. Pas un instant personne ne songea à la possibilité même de discuter. Le refus si net du gouvernement fut, dans toute la force du terme, celui du pays.
(1) Sur cette visite (6 nov. 1913), voy. l'intéressant article de E. Beyens danS la Revue des Deux Mondes, du 15 juin 1930.
l'ultimatum du 2 AOUT I9I4 SçS
Chacun ressentait presque comme une injure personnelle, la honte de la proposition. Puisqu'il le fallait, on acceptait cette chose monstrueuse, la guerre. Le peuple faisait bloc dans la volonté de défendre la « commune patrie » contre la violence et l'outrage. De toutes les fenêtres sortait le drapeau national qui n'avait depuis bientôt un siècle été arboré qu'en temps de fête.
Le 4 août, au moment où l'ennemi franchissait déjà la frontière, les Chambres convoquées par dépêche en séance extraordinaire se réunissaient à la hâte dans ce Palais de la Nation où quatre-vingt-quatre ans auparavant le Congrès avait proclamé et constitué l'indépendance de la Belgique. Plusieurs députés, appelés sous les drapeaux, siégeaient dans leur uniforme de soldat. Les acclamations arrivées de la rue annonçaient l'approche du roi. Il parut, sa grande taille serrée dans la tenue de campagne de généralissime, prêt à monter à cheval, incarnation émouvante, dans sa simplicité coutumière, de la patrie en danger. De tous les points de l'assemblée, dressée en un mouvement unanime d'enthousiasme, les acclamations montaient vers lui. Ce fut comme une communion du pays avec celui à qui la guerre confiait ses destinées, comme une consécration suprême du pacte conclu jadis entre la nation et Léopold I".
Et l'unanimité des cœurs et des volontés qui s'affirma alors était si profonde et si sincère qu'elle devait persister durant les quatre années les plus terribles et les plus merveilleuses de l'histoire nationale.
La Belgique fournit au monde étonné, jusqu'au bout de la cruelle épreuve, l'exemple de ce que peut, contre l'abus de la force, un peuple conscient de sa liberté et décidé à tout souffrir pour rester digne d'elle. Toutes les souffrances matérielles, elle les supporta. Occupée presque en entier par l'ennemi, son gouvernement réfugié au Havre, sa presse muette, ses usines fermées, son peuple, le plus indiscipliné qui fût, soumis à l'état de siège et le plus libre, réduit à l'esclavage, ses meilleurs citoyens emprisonnés, ses ouvriers déportés de force, trahie finalement par un groupe de fanatiques et d'aventuriers, elle ne s'abandonna pas. Elle eut ses martyrs et ses héros, depuis
SgÔ A LA VEILLE DE LA GUERRE
le chef de son Église et le bourgmestre de sa capitale, jusqu'aux admirables « espionnes » qui tombèrent sous les balles des pelotons d'exécution. De son sein sortirent par milliers les hommes qui se consacrèrent à son ravitaillement, et les jeunes gens qui, se glissant sous les fils électrisés tendus le long de ses frontières, allaient rejoindre ses troupes. Le massacre de ses populations désarmées, les calomnies propagées par son vainqueur momentané, le recul de son armée repoussée de Liège et de Namur, débusquée d'Anvers, refoulée jusqu'à l'extrême limite du territoire, ne purent venir à bout de sa confiance dans la victoire. Elle savait bien que le drapeau national continuait à flotter sur l'Yser et le vent d'Ouest qui lui apportait le bruit lointain de la canonnade lui était comme un messager permanent de son roi et de ses soldats. On eût dit qu'elle avait recouvré la longue patience de ses ancêtres durant les siècles où elle avait été le champ de bataille de l'Europe (l). Elle vivait comme eux dans « l'espérance de la paix » , mais cette fois, elle prenait part elle-même à la lutte dont elle était l'enjeu. Car le conflit gigantesque oij elle avait été entraînée devait en même temps que de son sort, décider du sort de l'Europe et par delà du sort du monde. Elle ne luttait pas seulement pour l'existence, elle combattait encore pour le respect des traités, pour le droit et la justice, pour empêcher enfin l'établissement de l'hégémonie que sa conquête eût assurée à l'Allemagne. Son indépendance qu'elle avait proclamée jadis en dépit des Puissances et que les Puissances n'avaient tolérée que par crainte d'une guerre générale, la guerre générale la rendait aujourd'hui aussi précieuse à l'Europe qu'elle était chère aux Belges eux-mêmes. Jamais le caractère international du pays ne s'était plus hautement affirmé que dans la grande crise d'où il devait sortir meurtri, mais glorieux, pour aborder une nou velle période de son histoire.
(1) Voy. Histoire de Belgique, t. V, p. 5.
INDEX ALPHABETIQUE
Adair (Sir Robert), 62 n.
Agadir, 375.
Aix-la-Chapelle, 92.
Albert I", roi des Belges, 330, 370, 371, 375, 377, 394, 395, 396.
Albert (l'archiduc), 77, 101.
Albert, duc de Saxe-Cobourg, 88.
Albert, membre du Gouvernement provisoire de Paris, 136.
Alexandre l^^, empereur de Russie, 48.
Algéciras, 332, 374.
Alost, 337, 345.
Altenberg (le prince d'), 88 n.
Altmeyer (J. J.), 261.
Amélie (princesse de Bavière), 14 n.
Amiel(H.F.), 259, 261.
Anethan (le baron d'), 218, 221, 279.
Ans, 95.
Anseele (Edouard), 289, 291, 322, 330,
Anvers, 16, 24, 32, 35 n., 39, 41, 59, 63, 77, 80, 83, 92, 158, 159, 163, 169, 192, 193, 209, 220, 221, 230, 244, 248, 251, 260, 275, 278, 288, 291, 313, 318, 334, 342, 349, 363, 370, 373, 387, 390, 393,
Arconati (le comte), 120.
Arlon, 35, 83.
Arndt (Maurice), 42, 275.
Arnim (von), ministre prussien, 42.
Arrivabene (le comte), 120.
Ath, 40, 95.
Athus, 83.
Auousta de Reuss, mère de Léopold P"",
Bancel, homme politique français, 260,
Banning (Emile). 354, 355, 358, 359.
Bara (Jules), 288.
Barnardiston (le colonel), 375.
Barot (Odilon), 111.
Barrot, ministre de France à Bruxelles, 156, 157, 186.
Bartels(A.), 42, 56, 63, 119.
Bassano (le duc de), 14 n.
Bastiat (Frédéric), 165, 296,
Baudelaire (Charles), 261.
Baudouin (le prince), neveu de Léopold II, 370.
Bautersem, arr. de Louvain, 33.
Bauwens (Liévin), 245.
Beaucaire (la foire de), 21 .
Beaufort (le duc de), 44.
Beauharnais (Eugène de), 14 n,, 18.
Beernaert (Aug.), 211 n.,302. 307, 312, 313, 316, 317 n., 321, 325, 328. 350, 355, 358, 361, 379,
Belliard (le général), 21, 25.
Beneden (J.-B. et Ed.), 269, 387,
Benedetti, diplomate français, 210, 218.
Benoit (Peter), 258,
BÉRiOT (de), 257.
Berlin, 85, 308, 354.
Bertrand (Louis), 290 n.
Beveren (Victor Van), 289.
Biolley (R.), 124, 245,
Bismarck (le prince de), 161, 196, 208, 209, 210, 218, 224, 372, 373,
Blanc (Louis), 392.
Blommaert (Ph.), 274.
INDEX ALPHABETIQUE
BoiSLECOMTE, ministre français à Bruxelles, 44 n., 54 n.
BoMA (Congo), 358.
Bonn, 275.
Bordas-Dumoulin, 121.
Braekeleer (H. de), 254.
Brazza (Savorgnan de), 353.
Bresson, agent français à Bruxelles, 18, 19n., 21.
Brialmont (le général H.), 159, 160, 204, 332, 350, 372, 373.
Brialmont (le général M.), 181 n.
Briavoinne (N.), 78, 118.
Broqueville (le comte de), 379, 381.
Brouckère (Charles de), 22.
Brouckère (Henri de), 155, 171 , 181 , 182,
Bruges, 129, 310, 373.
Bruxelles, 16, 23, 24, 33, 42, 43, 56, 57, 60. 62, 63, 68, 103, 111, 115. 118, 130, 152, 165, 168, 191, 206, 217, 221, 227, 241, 252, 256, 257, 260, 261, 267, 277, 279, 285, 287, 289, 300, 301, 311, 313, 326, 336, 338, 351, 352, 357, 360, 363, 380,390, 391, 392, 393.
Bruyne (le sergent de), 356.
BiJLOw (le comte de), ministre prussien,
Bulwer(H.-L.), 71.