‹ Histoire de Belgique (volume 3)Chapitre 110 sur 128 · ASPECT NOUV^EAU DE LA QUESTION FLAMANDE · texte numérisé non relu

ASPECT NOUV^EAU DE LA QUESTION FLAMANDE

princes, professé la même foi, obéi aux mêmes intérêts économiques, possédé des institutions semblables et joui de libertés analogues, les Belges, qu'ils fussent thiois ou romans d'origine, formaient à ce point une communauté historique qu'il eût été impossible d'écrire l'histoire de ceux-ci indépendamment de celle de ceux-là.

Les flamingants s'abstenaient soigneusement d'ailleurs de toute intervention chez leurs compatriotes de Wallonie. Pas la moindre velléité chez eux d'en revenir à la politique de compression linguistique du roi Guillaume. Ils s'en tenaient scrupuleusement à leur principe : In Vlaanderen vlaamsch. Ce qu'ils voulaient, c'était abolir le bilinguisme traditionnel de la Flandre et point du tout imposer leur langue à toute la Belgique. Mais ainsi posé, le problème n'en demeurait pas moins d'une solution singulièrement malaisée. En réalité, il mettait en question l'organisation même de l'État.

La conquête française de la fin du XVllP siècle avait en effet substitué au caractère fédératif de la Belgique de l'Ancien Régime, le régime moderne de la centralisation gouvernementale et administrative. Le roi des Pays-Bas s'était bien gardé de modifier le système, et la révolution de 1830 l'avait naturellement conservé. L'unité de la langue en favorisait d'une manière si évidente le bon fonctionnement que durant longtemps il avait paru absurde de réclamer contre elle. La francisation administrative était plus encore une conséquence de l'organisation de l'État que le résultat du prestige exercé par la France. Il n'empêche qu'il favorisait les Wallons au détriment de leurs compatriotes et que, quand les plaintes de ceux-ci s'imposèrent à la législature, les privilégiés, comme il arrive toujours, crièrent à l'injustice.

Les fonctionnaires wallons que l'obligation de savoir le flamand entravait dans leur carrière se croyaient d'autant plus en droit de protester que, suivant le préjugé courant, le flamand n'était pas une langue mais un ensemble hétérogène de dialectes locaux, et que, même eût-il été une langue, encore ne pouvait-on sans ridicule exiger qu'on lui reconnût l'égalité avec le français, organe d'une civilisation « mondiale »

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contre laquelle ne pouvaient protester que des ignorants ou des fanatiques. Le malentendu s'aggravait du fait qu'en Flandre même, les « fransquillons » faisaient chorus avec les Wallons et justifiaient leurs critiques. En dépit de ses progrès, le flamingantisme était encore bien loin de rallier à sa cause tous ceux dont le flamand était la langue maternelle. Les questions de parti continuaient, quoique dans une moindre mesure qu'auparavant, à entraver sa marche. Il ne comptait qu'un nombre restreint d'adeptes chez les libéraux, recrutés surtout parmi les populations wallonnes et à Bruxelles. Par internationalisme, les socialistes ne l'envisageaient, pour la plupart, que comme une question secondaire. Il n'était vraiment puissant que chez les catholiques, élus en grande majorité dans la partie flamande du pays et obligés de compter avec le clergé. Quant au gouvernement, il se laissait plutôt pousser qu'il ne proposait des solutions. La prudence le retenait de s'engager dans ce guêpier. Il n'envisageait pas sans appréhension la portée croissante des exigences flamandes et l'agacement que le ton avec lequel elles étaient formulées provoquait peu à peu chez les Wallons. Un sénateur de Liège n'avait-il pas crié dans un mouvement d'impatience : « Vive la séparation administrative ! », et une lettre ouverte adressée au roi par un député de Charleroi ne commençait-elle pas par ces mots : « Sire, il n'yil a pas de Belges »?

En opposition avec le flamingantisme, il se fondait, en 1897 à Liège, une ligue pour la protection du droit des Wallons. Une certaine aigreur, que des échauffés se hâtaient d'exploiter, se manifestait de part et d'autre. On se reprochait sans aménité les imprudences inévitables dont s'accompagnaient ici les congrès néerlandais, là, les assemblées de l'alliance française. Quelques outranciers prenaient comme mot d'ordre « la Flandre aux Flamands, la Wallonie aux Wallons et Bruxelles à la Belgique ». Néanmoins, les mesures allaient se multipliant en faveur de l'emploi du flamand tant dans l'enseignement que dans l'administration des provinces flamandes. Mais l'idéal des flamingants paraissait d'une réalisation bien lointaine encore. En 1913, une proposition de loi tendant à transformer

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