‹ Histoire de Belgique (volume 3)Chapitre 39 sur 128 · PROGRÈS DU LIBERALISME ANTICLERICAL IO · texte numérisé non relu

PROGRÈS DU LIBERALISME ANTICLERICAL IO

C'était cependant, sinon un « défi », tout au moins un « anachronisme » et en tout cas une contradiction que de confier le salut de l'unionisme à un seul parti. Fait comme il était, le ministère ne pouvait prétendre qu'à occuper le pouvoir sans posséder les moyens de l'exercer. La majorité dont il disposait était infime et tout indiquait que le moment était proche où elle s'effondrerait sous lui.

Depuis 1839, le libéralisme n'avait cessé de grandir au sein du corps électoral. Le régime censitaire favorisait ses progrès. Car si le cens était plus bas dans les campagnes que dans les villes, le développement de l'industrie avait d'autre part pour conséquence l'augmentation rapide de la population urbaine avec laquelle croissait le nombre des censitaires libéraux. Ajoutez à cela que les catholiques n'avaient pas, à proprement parler, de programme politique. Satisfaits de la liberté que la constitution garantissait à l'Église, ils ne demandaient rien d'autre que la continuation d'un régime qui permettait à celle-ci de soumettre peu à peu la vie sociale à son influence. Ils ne contestaient pas l'indépendance du pouvoir civil pourvu qu'elle se confinât dans « le cercle de ses attributions réelles ». S'ils étaient attachés à l'unionisme, c'est qu'ils le considéraient comme un moyen d'empêcher leurs adversaires de sortir de ce cercle.

Ainsi compris, l'unionisme conduisait fatalement à une politique d'abstention et d'immobilité incompatible avec les principes dont les libéraux se réclamaient. Pour eux, la liberté devait être l'instrument du progrès dans tous les domaines. Se considérant comme les héritiers et les continuateurs des révolutionnaires de 1789, ils se proposaient de pousser plus loin dans la voie qu'ils avaient ouverte. Leur idéal était l'affranchissement complet de l'individu tant à l'égard de l'État qu'à celui de l'Église. Et comme cette dernière seule était dangereuse, c'est à elle qu'ils s'en prenaient nécessairement. Leur anticléricalisme n'était en réalité qu'une face de leur libéralisme, mais dans les conditions actuelles c'en était la seule visible en même temps que le seul principe d'action. La « politique nouvelle » dont ils parlaient se confondait avec

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une politique dirigée non sans doute contre la religion, mais contre T « influence occulte » qui, d'après eux, corrompait l'unionisme gouvernemental. Décidés à en secouer le joug, ils faisaient preuve d'une activité combative qui manquait totalement aux catholiques et qui les déconcertait. Ils avaient le prestige et les avantages de l'offensive.

Leur presse, à laquelle répliquaient pauvrement les rares journaux de la partie adverse, dénonçait les périls, que la politique cléricale faisait courir à la liberté. Les lois « réactionnaires » de 1842 n'avaient-elles pas pour but d'énerver la résistance des grandes communes aux empiétements de l'Église? La loi scolaire ne devait-elle pas livrer l'école à l'inquisition du prêtre? Et le prêtre n'avait-il pas toujours été le soutien du despotisme et de l'aristocratie? N'avait-on pas vu en 1841, le catéchisme du diocèse de Namur faire du payement de la dîme un devoir des fidèles? Le projet des évêques de donner à l'Université de Louvain la personnification civile, ne trahissait-il pas visiblement l'intention de reconstituer la main morte? Le pape d'ailleurs n'avait-il pas condamné les libertés modernes? Sans doute les catholiques n'attaquaient pas encore la constitution, mais qu'on les laissât faire, et elle serait bientôt en danger. L'arrogance épiscopale ne tenait aucun compte de la liberté des citoyens. N'avait-elle pas dénoncé les loges maçonniques à la réprobation publique? Sur qui s'appuyait d'ailleurs le parti qu'elle inspirait si ce n'est sur les électeurs ignorants et fanatiques des campagnes, si bien que son triomphe serait fatalement celui du fanatisme et de l'ignorance? Dans l'ardeur de la lutte on s'emportait jusqu'à mettre en doute l'infaillibilité du Congrès et à se demander si un excès de générosité ne lui avait pas fait mesurer trop largement la part de liberté donnée à cette Église qui menaçait toutes les libertés.

En se ralliant au libéralisme aux environs de 1840, les Orangistes avaient encore renforcé ses tendances anticléricales en même temps qu'ils avaient augmenté son influence sur la grande industrie. Rogier constatait en 1845 que les plus riches des électeurs censitaires appartenaient à l'opinion libérale, qui

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