‹ Histoire de Belgique (volume 3)Chapitre 48 sur 128 · PRESTIGE DE LA BELGIQUE EN · texte numérisé non relu

PRESTIGE DE LA BELGIQUE EN

l'éloge des institutions belges est dans toutes les bouches ; on parle de les adopter comme modèle pour la future constitution de l'État, et les membres de la Diète se procurent partout où ils peuvent les trouver, les ouvrages publiés sur la révolution et le droit public de la Belgique (l). Le projet se fait jour à l'Assemblée de Francfort de proposer à Léopold P*" le sceptre de l'Allemagne, qui s'unirait à la Belgique dans une Confédération pangermanique et constitutionnelle (2). Pour le libéral Mevissen, le principe de la constitution belge : tous les pouvoirs émanent de la Nation, « est aujourd'hui le principe de l'Allemagne » (3). Le ministre autrichien, Woyna, chantant la palinodie, constate qu'il « est incontestable que la Belgique a acquis dans ces derniers temps une très grande importance morale par sa résistance aux dangereuses influences qui menaçaient sa nationalité, et qu'elle est devenue pour les autres pays constitutionnels de l'Europe une source féconde des plus utiles enseignements » (4). De son côté, Ernest de Cobourg écrit au roi que son peuple a donné la preuve que la monarchie peut subsister avec des institutions libérales (5). Il n'est pas jusqu'au ministre russe Nesselrode qui ne joigne sa voix à ce concert de louanges et ne reconnaisse que le pays « au milieu d'une crise qui menaçait l'ordre social, s'est montré digne de l'admiration de l'Europe » (6).

Quant aux représentants de la France à Bruxelles, il est curieux de les entendre affirmer que la Belgique « jouit de toutes les libertés d'une république, de toutes celles pour la conquête desquelles la France s'est armée le 24 février... Le peuple belge contemple avec admiration mais sans enthousiasme, sans entraînement, le spectacle grandiose de la révo-

(1) A. De Ridder, op. cit., t. I, p. 353.

(2) Ibid., t. II, p. 90.

(3) J. Hansen, Gustav von Mevissen, t. II, p. 391 (Berlin, 1906).

(4) A. De Ridder, Un diplomate autrichien à Bruxelles {Bulletin de la Commission royale d'Histoire, t. LXXXIX, 1925, p. 205).

(5) Ernst von Sachsen-Coburg, op. cit., 1. 1, p. 251 : « Unser einziger moralischer Hait ist Belgien, indem es den Beweis liefert dass die Monarchie auch mit liberalen Institutionen bestehen kann >.

(6) De Lichtervelde, Léopold l'', p. 253.

lution française. Fier de nous avoir précédé dans la conquête pacifique des libertés dont il est en possession et qui sont assises sur des bases larges et une expérience pratique, il n'envie rien à ses voisins et croit devoir plutôt servir de modèle que se pliera être imitateur » (l). Était-il possible de mieux justifier le mot de Delfosse lorsque, le 1" mars, il s'était écrié à la Chambre, au milieu d'acclamations délirantes, que « la liberté, pour faire le tour du monde, n'avait pas besoin de passer par la Belgique! » (2).

L'éclat avec lequel les fêtes nationales furent célébrées au mois de septembre augmenta encore la considération dont jouissait un pays « assez sûr de lui-même pour se livrer à la joie tandis qu'ailleurs les inquiétudes et les incertitudes de^ l'avenir préoccupent tous les esprits » (3).

Bref, la nation jusqu'alors dédaignée s'impose tout à coup" à l'estime et à la reconnaissance de l'Europe, et l'on peut comparer le prestige qui l'entoure à celui qu'elle devait recevoir en 1914 de sa réponse à l'ultimatum allemand. Comme alors, sa nationalité, où l'étranger ne voulait voir que l'éphémère résultat d'une révolution de hasard tolérée par les Puissances en vertu de considérations internationales, atteste la force inconsciente qu'elle devait à la tradition d'un long passé historique, à la communauté séculaire des souvenirs, des souffrances, des institutions et des intérêts qui, d'une agrégation de provinces, avait fini par former une patrie. Le même sentiment d'indépendance qui au XVP siècle avait uni les Belges dans leur révolution contre Philippe II, à la fin du XVIIP dans leur révolution contre Joseph II, en 1830 dans leur révolution contre Guillaume l", les unit en 1848 dans une même volonté de sauvegarder leur autonomie à peine reconquise. Devant le péril qui les menaçait également, les

(1) Archives du Ministère des Affaires Étrangères à Paris, loc. cit., n° 219 (Lettres du 17 mars et du 22 avril 1848).

(2) L'enthousiasme provoqué par ces paroles fut tel que, dit le Moniteur, < la Cliambre en proie à une vive émotion se sépare sans aborder son ordre du jour ».

(3) A. De Ridder, La crise de 1848, t. II, p. 273.

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