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LES FRÈRES DE LA VIE COMMUNE

Frères s'occupent de travaux littéraires et pédagogiques. Groote considérait l'ignorance comme la plaie du clergé de son temps, et en fait, l'instruction jadis si florissante dans les chapitres et les monastères était tombée alors dans une profonde décadence. Des célèbres écoles de Liège, il ne restait plus depuis longtemps que le souvenir. En 1333, Pétrarque, passant par cette ville, se plaignait, avec quelque exagération sans doute, de n'avoir pu se procurer qu'à grand'peine un peu d'encre de mauvaise qualité in tain bona civitate barbarica (i). En dehors des clercs qui allaient suivre les. cours des universités de Paris et de Cologne, personne ne se livrait plus aux hautes études, et il n'était pas rare de rencontrer des chanoines ignorant complètement le latin. Déjà, au milieu du xiv® siècle, Jacques de Guyse accusait ses compatriotes de n'avoir de goût que pour les sciencias grossas atqiie palpabiles (2). Les écoles urbaines, purement pratiques par destination, ne servaient qu'à initier les enfants de la bourgeoisie à la lecture et à l'écriture.

L'initiative de Groote et de ses disciples amena, en quelques années, un revirement complet. Florent Radewijn organise, dans les couvents des Frères, des cours et des répétitions pour les clercs, désœuvrés pendant les vacances. Un autre ami du réformateur, Jean Celé, devient recteur de l'école de Zwolle et en fait bientôt un établissement modèle. Sous sa direction, elle rompt avec la routine scolastique et se transforme en un ardent foyer de culture intellectuelle. Les trois classes dont elle s'était composée jusqu'alors sont divisées en huit classes, réparties à leur tour en groupes de huit à dix élèves, occupant des locaux différents. Des maîtres excellents sont recrutés jusque dans l'université de Paris. Désormais, grâce à une pédagogie plus rationnelle et à un esprit plus vivant, les études se raniment. Au xv* siècle, les Frères fondent partout dans les Pays-Bas des écoles nouvelles. Ils sont à Gand avant 1432, à Bruxelles en 1422, et rayonnent bientôt en Allemagne, où ils préparent l'époque des Wimpheling, des Hégius et des

(i) Wattenbach, Das Schriftwesen im Mittelatter, p. 200 (Leipzig, iSyS). (2) Voy. le tome I de cet ouvrage (2» édit.), p. 33o.

Dringenberg, les grands pédagogues de la Germanie (i). Fidèles à [leurs tendances vulgarisatrices, ils pratiquent, les premiers dans les Pays-Bas l'art nouveau de l'imprimerie. Le proto typographe belge, Thierry Maertens, est un de leurs élèves. Dès avant la mort de Charles le Téméraire, l'imprimerie se répand partout où ils pénètrent, à Alost, à Bruges, à Bruxelles, à Déventer, à Gouda, à Louvain et à Utrecht.

La génération qu'ils forment dans leurs écoles va devenir dans le Nord un des instruments les plus actifs de la Renaissance. Et, pendant qu'elle grandit, la fondation de l'université de Louvain, en 1426, donne aux Pays-Bas le centre intellectuel dont ils avaient été privés jusqu'alors. Ainsi leur indépendance est désormais réalisée dans tous les domaines, et, au moment où s'ouvre l'époque moderne, il ne leur manque plus aucun des attributs de la vie nationale.

(i) M. Schoengen, Die Schule von Zwolle (Fribourg,

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