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LA REVOLTE DE BRUGES EN

intérêts. Bien qu'en sa qualité de comte de Namur, il fût devenu depuis longtemps déjà étranger à la Flandre, il y conservait des domaines trop importants et y était apparenté de trop près à la maison régnante pour ne pas entretenir avec elle des rapports fréquents. S'il se garda d'intervenir dans la longue querelle de Philippe le Bel et de Robert de Béthune, il rendit à celui-ci un service signalé en ménageant une trêve, en 13 12, entre lui et le comte de Hainaut, et en se portant garant de son exécution. Ce fut peut-être pour le récompenser de ses bons offices, peut-être aussi pour assurer à l'avance son appui à Louis de Nevers, que le vieux comte lui assigna, peu de temps avant de mourir, une rente annuelle de looo livres apercevoir sur la ville de Bruges. Mais les Brugeois n'avaient pas moins complètement oublié Jean de Namur que Jean luimême n'avait renoncé à ses allures démocratiques d'antan. Entre lui et la ville, des difficultés avaient surgi tout de suite, puis une rupture déclarée, et vers le moment où Louis de Nevers succéda à Robert de Béthune, il était tombé aux mains des Brugeois qui le retenaient en captivité dans leur halle (i). Remis en liberté, probablement lors de la joyeuse entrée du comte, il devint, comme le plus âgé des membres de sa famille, son conseiller le plus influent, et il utilisa son crédit pour se faire octroyer, au commencement de l'année 1 3 2 3 , la seigneurie de l'Écluse.

Par cette donation Louis de Nevers trahissait son ignorance profonde de la puissance et des intérêts de la plus riche des communes flamandes. En accordant satisfaction au comte de Namur, il portait à Bruges un coup terrible. Rien n'était plus aisé, en effet, que de profiter de la situation de l'Écluse, bâtie aux bouches du Zwin, pour empêcher les navires de remonter jusqu'à la grande ville ou du moins pour susciter à celle-ci une concurrence désastreuse. C'était là pour les Brugeois une crainte de tous les instants. Depuis longtemps ils n'épargnaient aucun effort en vue d'entraver le développement d'un port qui pouvait devenir si dangereux pour leur trafic. Ils y avaient réussi jusqu'alors, mais ne fallait-il pas s'attendre

(1) Saint-Génois, Inventaire des chartes du comte de Flandre, p. 403.

désormais à voir l'Ecluse, enhardie par l'appui que ne pouvait manquer de lui prêter son nouveau seigneur, secouer le joug qui lui était imposé et cesser de respecter les règlements qui interdisaient aux bâtiments de mer d'y décharger leur cargaison ? Devant un péril aussi pressant, toute la population également menacée s'unit en un commun sentiment de résistance. On ne délibéra pas : on courut aux armes. La soudaineté du mouvement prit le comte et son oncle au dépourvu. Jean de Namur n'eut que le temps de se jeter dans l'Écluse avec quelques chevaliers, pendant que Louis accourait à Bruges, espérant calmer l'exaspération du peuple. Il eût pu s'épargner cette humiliante démarche. La bourgeoisie demeura inébranlable, et le comte fut réduit à suivre impuissant et lamentable les bandes d'artisans et àe poorters qui marchaient contre l'Écluse. Après un sanglant combat la petite ville fut emportée de vive force puis impitoyablement livrée aux flammes, tandis que Jean de Namur était fait prisonnier et enfermé dans le Steen de Bruges.

Ces événements, dont le comte n'osa point d'ailleurs tirer vengeance, furent le prélude d'un des plus terribles soulèvements dont fasse mention l'histoire du xiv^ siècle. Par une rencontre unique dans les annales des Pays-Bas, ce soulèvement ne mit pas seulement aux prises les divers partis entre lesquels se divisaient les bourgeoisies, il s'étendit encore aux populations rurales de la côte et affecta, pendant quelques années, les allures d'une véritable révolution sociale.

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