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RELATIONS DES « TROIS VILLES » ENTRE ELLES

le droit de cité, jusqu'alors attaché à la résidence soit dans l'enceinte même des communes, soit dans leur banlieue, sollicité de toute part par les gens de l'extérieur, devient un privilège personnel, indépendant du domicile et que l'on peut acquérir par le payement d'un simple droit d'inscription sur les registres aux bourgeois. Les villes se gardèrent bien de s'en montrer avares. Leur puissance grandissait avec le nombre des bourgeois forains (haghe- ou buitenpoorters) qui, soumis à la juridiction exclusive de leur échevinage et échappant ainsi à toute autorité étrangère, leur constituait dans les châtellenies une clientèle dévouée et travaillaient activement à maintenir et à renforcer leur prépondérance. Vers 1322, ces nouveaux citoyens étaient déjà tellement répandus dans les environs de Gand, que l'abbé de Saint-Pierre se plaignait de ne plus trouver dans ses terres assez de vassaux pour constituer son échevinage (i), et l'on peut se faire une idée approximative du chiffre auquel ils devaient atteindre au xiv^ siècle dans le quartier d'Ypres, lorsque l'on constate qu'en 1465, époque où l'institution de la bourgeoisie foraine était en pleine décadence, la ville comptait encore 1465 haghepoorters éparpillés dans 157 localités (2).

C'en était fait sans doute, dès le xiv^ siècle, de la souveraineté du comte, si les « trois villes » s'étaient unies entre elles et s'étaient senties solidaires les unes des autres. Mais leur hostilité mutuelle la sauva. Cette hostilité d'ailleurs était inévitable, car elle découlait naturellement de l'état de choses que l'on vient d'esquisser. Les chances de conflit devenaient plus nombreuses, en effets entre les grandes communes à mesure que croissait leur pouvoir et que s'étendait leur sphère d'influence. Sans doute, elles eurent parfois conscience, en certaines heures de crise, de la communauté de leurs intérêts. Mais leur politique, fondée sur le monopole et le privilège, ne s'éleva guère au-dessus d'un particularisme étroit, et c'est le

(1) Van Lokeren, Chartes et documents de V abbaye de Saint-Pierre à Gand, t. II, p. 7 (Gand, 1871). La texte est sans date mais peu postérieur à la mort de Robert de Bethune arrivée en \3i2.

(2) h. De Sagher, Notice sicr les archives communales d'Ypres, p. 160 (Ypres, 1898).

'jd LE SOULÈVEMENT DE LA FLANDRE MARITIME

plus souvent la défiance et la jalousie qui inspirèrent leurs rapports. Chacune d'elles vécut pour soi, sans se préoccuper de ses voisines, et si elles connurent un ardent patriotisme local, les traces d'un véritable sentiment national ne se rencontrent que bien rarement dans leur histoire.

On s'en aperçoit clairement après la conclusion de la paix d'Athis. Bruges, qui avait donné le signal de la révolte et dirigé la guerre contre la France, se vit abandonnée dès qu'il fallut accomplir les conditions du traité. Ypres et Gand cherchèrent à rejeter sur elle, avec la responsabilité des événements, la plus grande partie des amendes imposées au pays, et refusèrent sans scrupules d'intervenir dans le payement de la somme stipulée pour le rachat des trois mille Brugeois condamnés, en amende honorable au roi, à partir en pèlerinage (i). Cette attitude exaspéra naturellement le mécontement déjà très vif que les stipulations du traité d'Athis avaient semé au sein de la bourgeoisie brugeoise. Depuis l'année 13 13, la part qui incombait à celle-ci dans les amendes frappées sur la Flandre cessa d'être versée, et c'est sans doute aussi à la résistance de la ville, qu'il faut attribuer le retard mis à la constitution de la rente ou « transport » de 10,000 livres, créée au profit du comte en dédommagement de la cession faite au roi, de Lille, de Douai et de Béthune. Louis de Nevers qui, à peine monté sur le trône, exigea tout à la fois la perception des amendes et la liquidation des sommes qui lui étaient dues, ne- pouvait manquer de provoquer un conflit. Sa maladresse en hâta l'explosion.

Le grand-oncle de Louis, ce Jean de Namur qui avait en 1302 dirigé la résistance contre Philippe le Bel et su, par l'habileté de sa conduite, attacher les artisans à la cause comtale, avait repris, la guerre terminée et les Dampierre rentrés en possession de leur héritage, les sentiments et les allures d'un prince féodal. L'enthousiasme qui l'avait soutenu pendant la lutte, avait cessé avec elle. Réconcilié avec le roi de France (2), il ne songeait plus désormais qu'au soin de ses

(1) Van Duyse et De Busscher, o^. cit., p. 87; Diegerick, op. cit., t. I, p. aSy.

(2) En i3o8 il avait épousé la fille du comte de Clermont, oncle du roi. Annales Gandenses, éd. Funck-Brentano, p. gS (Paris, iggS).

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